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Re: C'est l'histoire d'une petite fille...

Messagepar ritalea » 29 Aoû 2017, 08:21

Santonella a écrit:Quelque chose en toi doit peut-être mourir, je veux dire partir en paix pour donner naissance à cette maman qui sommeille en toi.
Cette phrase me parle. L'idée que quelque chose doit mourir, partir.
Quand je me suis mariée, cela ne correspondait pas à où j'en étais. Non pas que je n'aime pas mon mari ni que ce n'était pas la bonne personne. Au contraire. Nous avons décidé ça ensemble, de manière spontané, tous les deux au resto du genre "viens on le fait"! Comme un défi. On avait 22 ans, en couple depuis 5 ans, on s'entendait bien, bref cela n'avait rien d'irresponsable ou inconscient. Mais c'est plutot qu'au fond je voulais comme faire un truc peu fou en couple et non pas vivre un mariage comme nous l'avons fait c'est à dire traditionnel, 90 personnes et tout le tralala. Je me sens tellement pas à ma place, j'ai même fait une crise d'angoisse en fin de soirée. Quand je suis arrivée à l'église, je suis allée vers ma grand mère paternelle, j'ai pleuré comme une petite fille dans ses bras. C'était comme si je devais aller dans cette église, me marier, avancer, grandir mais que moi je disais "non j'ai pas envie, je veux pas y aller, je veux pas partir, grandir, vous quitter, je ne suis pas prête, j'ai besoin de vous".

Pour moi grandir et en l’occurrence devenir mère c'est avoir uniquement des responsabilités, porter les choses et ne plus pouvoir (ne plus avoir le droit) de prendre soin de soi, d'avoir des besoins aussi. Et cela me fait très peu car moi je ne peux pas être ça.

Santonella a écrit:Tu seras toujours aussi une petite fille dans le coeur de tes parents. Arriverais-tu à leur exprimer ce besoin de rester parfois dans ce statut quand tu es auprès d'eux ?
Alors bizarrement ce n'est pas forcément de cet ordre là. J'entends par là que je sens bien que mon père est avec moi comme "avant", qu'il me considère comme sa fille etc. C'est plutôt moi qui ne parvient plus à régresser, à me sentir en sécurité depuis la naissance de ma fille. Je suis toujours dans la peur. Même en présence de gens qui habituellement avant pouvaient me sécuriser. C'est plutôt comme si cette petite fille en moi, moi quoi, je ne pouvais plus exister.

Je cherche, je cherche par tous les moyens à ressentir des choses de maman envers ma fille. Pas qu'elle vienne consoler la petite fille en moi, pas qu'elle soit ma concurrente, pas que je fonctionne qu'a l'intellectuel...mais rien ne vient. C'est horrible. Je me sens incapable d'être maman, de me sentir mère.
Quand elle m'appelle "maman" cela sonne tellement faux, j'en suis incapable. Et puis j'aurais moi aussi envie d'appeler ma maman.

J'imagine qu'on le sent quand ça vient toucher notre cœur de maman? J'imagine qu'on le sent quand on se sent maman?
Et puis je voulais savoir comment c'est venu pour toi? D'un coup? en déclic? ou plutôt doucement? avec parfois sur des laps de temps très courts tu pouvais te dire "si pourquoi pas" et le reste du temps redevenir petite fille?

Moi ce qui me tue c'est que malgré le temps qui passe, je ne reconnais pas ma fille, tout comme je ne me reconnais pas maman. J'ai tout le temps peur. Elle me fait peur. J'ai peur pour moi.
ritalea
 
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Re: C'est l'histoire d'une petite fille...

Messagepar weshallovercome » 30 Aoû 2017, 11:32

"La maternité renvoie ainsi les mères à un état primaire où leur bébé peut devenir "le théâtre des manques et des peurs de leur propre enfance" (Véronique Boureau Louvet). Elles sont prises alors dans des états de confusion et de perturbation considérables où la grossesse et surtout la naissance menacent à chaque instant de faire remonter avec violence leur propre détresse natale d'alors, leurs propres états de dépendance avec leur mère. L'enfant devient malgré lui le "persécuteur" : celui qui, de par sa présence vulnérable, ses cris et ses pleurs, et sa demande insatiable, va venir réveiller chez sa mère des expériences archaïques et traumatiques d'abandon, de négligence et de solitude." (Texte du site MB)
"une maman qui te ressemblerait" William Sheller
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Re: C'est l'histoire d'une petite fille...

Messagepar Santonella » 13 Sep 2017, 08:49

Bonjour Ritalea,

Tu écris :
"Pour moi grandir et en l’occurrence devenir mère c'est avoir uniquement des responsabilités, porter les choses et ne plus pouvoir (ne plus avoir le droit) de prendre soin de soi, d'avoir des besoins aussi. Et cela me fait très peu car moi je ne peux pas être ça".

Devenir mère c'est incontestablement avoir des responsabilités et ça c'est juste vertigineux! C'est aussi pour cela que je me sentais psychiquement incapable de devenir mère moi aussi. Comment allais-je faire pour élever cet enfant alors que j'avais encore l'impression le sentiment d'être encore élevée par ma propre mère? Celle qui avait tout sacrifié pour moi. Je ne pouvais pas... Devenir mère c'est s'autoriser à devenir une mère différente de la sienne. Accepter que nous ne sommes pas que des mères, que nous sommes aussi des femmes qui avons besoin de temps pour nous-même. Je ne culpabilise pas de cela aujourd'hui. Je ne pourrai pas être une bonne maman si je ne m'accordai pas du temps pour moi. Mon fils le sait. Il est heureux et détendu s'il sait que je le suis moi aussi, quand je pars en virée shopping avec les copines, au sport, ou quand il va au centre de loisirs car j'ai besoin de me reposer à la maison. Je pense que nous faisons un cadeau à nos enfants en nous occupant de nous. C'est bien ce qui m'a manqué enfant, des parents heureux, qui pouvaient vivre en dehors de leurs enfants.

Quand Sacha était petit, je dirai qu'il attendrissait plutôt mon cœur de petite fille. La phrase qui me vient en tête c'est : "Oh il est trop mignon". Je ne me suis pas réveillée un matin avec le sentiment d'être devenu mère, pas du tout. Les choses se sont faites progressivement, par a coup parfois, comme une remontée d'une plongée sous-marine, par sas de décompression. Des moments où la vie est supportable, où on se dit ce n'est pas parfait mais je souffre moins et d'autres où les jours nous semblent interminables, où la souffrance nous brûle la peau où ca ne va pas et que l'on se dit que l'on ne s'en sortira jamais. J'ai passé cette étape, il y a très peu de temps, je pense avoir vécu ces hauts et ces bas jusqu'aux 5 ans de mon fils environ. Mais, il y a déjà quelque temps que je ne les vivais pas de la même façon que lorsqu'il était très petit. J'ai compris qu'il fallait avoir la foi dans les moments de mal-être que ca allait passer, qu'il fallait s'accrocher et que cela n'allait durer que quelques jours. C'était dur, très dur, surtout quand les idées noires étaient présentes mais elles sont toujours reparties :)

Aujourd'hui, l'amour que je porte à mon fils et celui qu'il me porte est quelque chose de très puissant, d'inexplicable, c'est très très fort. Cela ne se cherche pas, cela vient toujours quand on ne s'y attend pas, tous les deux.

Tu écris :
"Je cherche, je cherche par tous les moyens à ressentir des choses de maman envers ma fille."
Alors, ne cherches plus, ne contrôle plus, lâche...ce n'est pas grave, tu n'en es pas pour autant une mauvaise mère. Cela viendra quand cela viendra. C'est comme ça.

Merci Wesh pour cette citation, c'est tellement juste.
Je n'ai pas connaissance de tout ce qui a pu se passer dans mon enfance pour que mon tremblement de mère soit aussi fort. Mais le souvenir d'un sentiment de solitude reste le plus fort, ensemble avec mes parents mais terriblement seule. Seule, piégée, terrorisée...emprisonnée.

Pensées Ritalea :coeur:
Enfin libre d'être mère.
Santonella
 
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Re: C'est l'histoire d'une petite fille...

Messagepar ritalea » 20 Sep 2017, 19:17

Santonella a écrit:Devenir mère c'est s'autoriser à devenir une mère différente de la sienne.
Encore récemment je discutais avec ma mère qui me décrivait comment elle avait vécu le quotidien avec nous. Elle parle "d'abnégation de soi", de "2ème journée après sa journée de boulot où il faut garder le sourire ..;" et c'est là que je me suis dit "mais ça j'ai essayé et j'essaye encore mais sur le long terme je peux pas, je peux pas tenir comme ça, me mettre de coté, ou faire genre ça va alors que je rentre d'une journée de boulot fatiguée et que je voudrais juste me poser". Seulement dans le fond, j'en suis loin. C'est inconscient, je n'ai pas de maitrise direct dessus, mais en premier lieu c'est l'attitude de ma mère que je reporte.

Santonella a écrit:Accepter que nous ne sommes pas que des mères, que nous sommes aussi des femmes qui avons besoin de temps pour nous-même.
Je culpabilise beaucoup de cela pour le moment..

Santonella a écrit:J'ai compris qu'il fallait avoir la foi dans les moments de mal-être que ca allait passer, qu'il fallait s'accrocher et que cela n'allait durer que quelques jours.
Moi aussi je raisonne ainsi depuis peu. "si je dois ressentir ça et bien c'est que c'est nécessaire dans mon cheminement" mais ça n'en reste pas moins effrayant car on ne sait pas où on va et on croit devenir folle, en tout cas pour ma part.

Le plus dur dans tout ça, c'est que tout ce chemin je ne le fais pas par choix, par envie. Je me sens forcée, je suis dans le "j'ai pas le choix". Je parle de grandir, de faire le deuil de certaines choses, de bouger de place. Tout ça j'en ai pas envie. Devenir mère avec toutes les responsabilités, penser à quelqu'un d'autre qu'a soi et avant soi j'en avais pas envie. Alors c'est dur. C'est comme si il y avait ce rôle de mère à tenir et de l'autre côté moi et ma (vraie) vie avec ce qui m'intéresse, ce dans quoi je me sens moi même.

Santonella a écrit:Aujourd'hui, l'amour que je porte à mon fils et celui qu'il me porte est quelque chose de très puissant, d'inexplicable, c'est très très fort. Cela ne se cherche pas, cela vient toujours quand on ne s'y attend pas, tous les deux.
C'est beau ce que tu écris là :coeur: Est-ce que ta DM a impacté ton fils quand il était petit? Et aujourd'hui encore dans votre relation? Penses-tu avoir réussi à le "protéger"?

Pour ma part, quand ça va je me dis que oui je la protège et quand ça va pas je me dis que sa gaieté et sa bonne humeur ne sont qu'une façade derrière une anxiété masquée qu'elle ne veut pas me montrer car elle sait que je ne vais pas bien (non je ne fais pas de projection sur ma fille ^^).

C'est tellement violent pour moi d'essayer d'y arriver. Je le sens que ça m'oblige, que c'est contraire à mon rythme, que je suis complètement sorti de ma zone de confort c'est terrible. Quand je suis seule à la maison comme la nuit dernière, que je me réveille tranquillement dans mon lit, que je ne peux penser qu'a moi, ça me rassure, je me sens cocoonée, protégée. Quand ma fille est là, je dois tellement faire "la grande" c'est violent pour moi.
ritalea
 
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