Toute demande d'inscription doit être envoyée par mail à cette adresse : forum@maman-blues.fr, en précisant le pseudonyme sous lequel vous désirez être identifiée sur le forum (afin de protéger votre anonymat).
Bien à vous.

Compagnon et futur père : Je n'arrive plus à l'aider

Répondre
Esteban
Messages : 28
Enregistré le : 28 févr. 2018, 11:34

Compagnon et futur père : Je n'arrive plus à l'aider

Message par Esteban » 28 févr. 2018, 16:54

Bonjour,
Merci d’avoir validé ma demande d’inscription et merci pour ce forum.

Je suis en couple depuis 8 ans avec ma compagne. Nous avons démarré un parcours PMA il y a 4 ans car je suis stérile. Nous avons donc recours à un don. Depuis, notre vie tourne autour de cela. Après plusieurs échecs, une grossesse extra-utérine et une fausse couche, ma compagne est enceinte suite à une FIV. Elle est à 14SA.

Cette grossesse n’a pas démarrée sereinement. Comme ma compagne a des antécédents et que les taux d’HCG ne grimpaient pas bien, notre gynéco a préféré qu’elle passe une écho aux urgences. Nous attendions de savoir si c’était encore extra-utérin ou une autre fausse couche. Lors de l’écho, j’attendais derrière le paravent, les yeux fermés, tendu, avec ce qui me restait d’espoir. Surprise, un embryon, avec un petit cœur qui bat.
La gynéco m’invite à les rejoindre, elle me montre, m’explique, me rassure, je suis tellement ému, heureux. Je cherche ma compagne des yeux, je cherche sa main, quelque chose, pour vivre cela ensemble… Rien. Elle regarde l’écran sans émotion, vide.
En sortant, je la serre dans mes bras, elle reste molle. En rentrant chez nous, je voulais lui proposer une soirée spéciale, un resto, ou autre chose pour fêter cela. Elle m’annonce qu’elle part voir des amies et s’en va. Elle est rentrée à 3h du matin.

Durant les semaines qui ont suivi, c’est avec une personne différente que j’ai partagé ma vie. Elle ne parlait quasiment plus. Et quand elle parlait, parce que je la questionne (prudemment), elle me dit douter de son amour pour moi et de sa volonté de garder le bébé. Qu’on n’a pas de point en commun, que je l’aime trop fort par rapport à elle. Elle parle même de vendre la maison. Se plaint de notre vie routinière et de nos petits conflits passés. Nous sommes pourtant très proches, on communique beaucoup, il y a beaucoup d'amour.
Elle ne mange plus beaucoup, perd du poids, pleure sans arrêt, dort mal, m’évite. Elle vit pour elle, je ne fais plus parti de son environnement. Elle marche au radar, oublie son code de carte bleue, ne sait pas qu’elle jour on est, laisse tout traîner. Elle va tellement mal. J’assure la logistique de la maison et ne lui fait aucune reproche, mais ça n'a pas l'air d'être assez. Je me prends des petites réflexions tout de même.

Elle s’est mise à rentrer tard, à tarder à rentrer du travail, passait son temps sur son téléphone, même la nuit. Je lui ai demandé si elle voyait quelqu’un d’autre, réponse, un non catégorique et les yeux au ciel. Quelques jours plus tard, n’y tenant plus j’ai fouillé son téléphone, et j’ai trouvé l’autre…
J’avais envie de mourir, toute ma vie s’est effondrée. Elle m’a dit qu’elle allait mettre un terme à cette relation. Cela a pris des jours, durant lesquels l’autre lui manquait, l’appelait, lui écrivait… Ils ont été très vite et très loin tous les deux. Beaucoup de projets, de déclarations d’amour, etc. J’ai fini par appeler cet homme, non pas pour faire le coq, mais pour lui exprimer mon malheur et lui souligner que cet enfant était le mien, car j’ai appris qu’il souhaitait le reconnaitre (j’ai signé une reconnaissance anticipé dans un tribunal avant de pouvoir disposer du don de gamètes). Je me suis senti dépossédé de tout ce qui faisait que me vie avait un sens.

Ma compagne exprimait une liste interminable de reproches à mon égard, manque d’attention, de surprise, routine... Elle me reprochait de ne pas être cet homme. Comment rivaliser avec la nouveauté d’un amour naissant quand au bout de 8 ans de vie commune on s’est laissé bouffer par une PMA catastrophique ? Je me suis senti responsable de son infidélité. J’ai pris sur mes épaules tous ces reproches.
Après quelques jours d’hésitation elle a décidé de rester vivre avec moi. La situation ne s’est pas arrangée. Son infidélité que je pensais responsable de son état (culpabilité, doutes, etc.) n’a finalement fait que cacher le véritable problème. Elle ne désire pas cet enfant, elle souhaite avorter. Elle dit se sentir prise au piège. Elle dit qu’elle m’aime, mais qu’elle n’a plus de désir pour moi. Elle voit les choses de façon fataliste, comme si elles aller rester figées. Sa vision de la mère est terrifiante : une femme moche, abimée par la grossesse, devenue ennuyeuse et encroutée dans un quotidien répétitif. Elle a eu une enfance assez triste : parents peu sociabilisés, ambiance tristounette, pas d’activités en famille, beaucoup de solitude, pas d’extérieur. Peut-être qu’elle a peur de proposé la même chose à cet enfant.

La première échographie officielle a eu lieu il y a quelques jours. Le petit va bien, quel moment intense de le voir bouger. Mais je n’ai pas profité, j’avais peur que ma compagne souffre de ces images, j’étais très inquiet pour elle. C’est dur de ne pouvoir exprimer de la joie, ou juste en parler ou poser ma main sur son ventre. Je vis dans la retenue et la crainte qu’elle avorte (il reste deux semaines de délai légal). La gynéco lui a proposé, elle a répondu qu’elle voulait le garder, elle a peur de regretter l’IVG plus tard.

Cela fait une semaine que je craque, je n’arrive plus à tout porter tout seul. J’ai commencé à être en colère, à lui en vouloir de nous gâcher ce moment si important. Je sais, ce n’est pas légitime, je sais qu’elle souffre, mais je n’arrive pas à être aidant. Je me sens mal-aimé, volé, renié, moche et inintéressant. Je n’ai plus la force de la surprendre comme son amant et j’ai peur de ne pas en faire assez. Je l’aime comme un fou, la trouve divine, nous avons une belle maison, du travail, des projets. Pourquoi cette catastrophe ? Notre rêve s'est réalisé, et notre vie s’effondre.

Je suis désolé c’est un gros pavé. Elle voit une psychologue depuis plusieurs mois et devant la situation j’en vois une également. Je cherche de la force pour apprendre à me battre avec elle plutôt que contre elle. Je voudrais sauver notre amour en lequel je crois très fort. Je voudrais accueillir cet enfant dans de bonnes conditions, mais en rassurant ma compagne sur sa place de femme, et non comme elle l’imagine sur son unique place de mère. J'aimerai tellement qu'elle accepte cette grossesse pour que nous puissions la savourer ensemble.

Merci de m’avoir lu.

Esteban

ritalea
Messages : 488
Enregistré le : 20 avr. 2016, 16:43

Re: Compagnon et futur père : Je n'arrive plus à l'aider

Message par ritalea » 28 févr. 2018, 20:51

Bonsoir Esteban et bienvenur sur le forum.

N'hésite pas à venir déverser ici le trop plein, je "j'en peux plus", cet espace est fait pour ça. J'espère que nous pourrons t'aider à soutenir ta compagne et à tenter de la comprendre à travers tes mots.

Je lis bien ta détresse et le fait que tu arrives au bout de quelque chose malgré tout ce que tu as entrepris depuis l'annonce de la grossesse: écoute, bienveillance, gestion logistique, psychologue, tentative de communication... Déjà je tiens à te dire chapeau pour ces choses entreprises et chapeau pour être sur ce forum aujourd'hui. On lit bien l'amour que tu portes à ta femme.

De ce que tu écris, il semblerait que la confirmation de cette grossesse a été un véritable choc pour ta compagne, qui tu l'écris, dès la salle des urgences a semblé assez indifférente. Tu sais, l'enfant à beau être désiré, parfois quand cela se concrétise vraiment, on se sent au pied du mur et confronté à des choses, des sentiments que l'on avait mis de coté avant. Peut être que ta compagne est "juste" terrorisée à l'idée de devenir mère. Peut être que cela vient remettre en question, et c'est souvent le cas de manière passagère, son choix de vie, de couple, le sens de sa vie.

Concernant cette relation avec son amant comme tu l'écris, est-ce qu'elle durait depuis longtemps? Car je trouve les choses bien engagées pour qu'il aille jusqu'à souhaiter reconnaitre le futur bébé.

Est-ce qu'un dialogue posé est possible avec ta compagne sur tout ça? Est-ce que ta compagne a de la famille a qui elle peut parler de tout ça?

Tu dis qu'elle voit une psychologue depuis plusieurs mois, sais tu pourquoi elle avait débuté ce suivi?

Désolée de mes questions mais cela permet de mieux cerner votre histoire.
Esteban a écrit :Elle ne désire pas cet enfant, elle souhaite avorter. Elle dit se sentir prise au piège. Elle dit qu’elle m’aime, mais qu’elle n’a plus de désir pour moi. Elle voit les choses de façon fataliste, comme si elles aller rester figées. Sa vision de la mère est terrifiante : une femme moche, abimée par la grossesse, devenue ennuyeuse et encroutée dans un quotidien répétitif. Elle a eu une enfance assez triste : parents peu sociabilisés, ambiance tristounette, pas d’activités en famille, beaucoup de solitude, pas d’extérieur. Peut-être qu’elle a peur de proposé la même chose à cet enfant.
Comme je te l'écrivais plus haut, l'annonce de la grossesse peut nous confronter à des peurs que l'on ne voulait pas voir. Le suivi avec un(e) thérapeute est primordial pour ne pas rester seule face à ce que vient révéler la maternité.
Esteban a écrit :J’ai commencé à être en colère, à lui en vouloir de nous gâcher ce moment si important. Je sais, ce n’est pas légitime, je sais qu’elle souffre, mais je n’arrive pas à être aidant.
Ta colère est légitime Esteban. Cela ne remet pas en cause l'amour que tu portes à ta compagne. C'est un moment important dans ta vie d'homme, d'individu, tu as le droit de te sentir blessé.
Esteban a écrit :Je voudrais sauver notre amour en lequel je crois très fort. Je voudrais accueillir cet enfant dans de bonnes conditions, mais en rassurant ma compagne sur sa place de femme, et non comme elle l’imagine sur son unique place de mère. J'aimerai tellement qu'elle accepte cette grossesse pour que nous puissions la savourer ensemble.
Tu le fais déjà crois moi. Tu es là. Présent. Tu t'accroches. Tu la soutiens. Même si elle ne te le montre pas en ce moment parce qu'elle est certainement trop mal, elle le voit. Le soutien sans faille de nos compagnons nous a, pour beaucoup ici, aidé. C'est très usant pour toi c'est sur. Ca va demander du temps ça certainement. Et l'issue n'est pas garantie mais tu fais du mieux que tu peux.

A bientot,

Ritalea

Esteban
Messages : 28
Enregistré le : 28 févr. 2018, 11:34

Re: Compagnon et futur père : Je n'arrive plus à l'aider

Message par Esteban » 28 févr. 2018, 22:26

Bonsoir Ritalea,

Merci pour ce message qui fait du bien.

Pour répondre à tes questions, la relation de ma compagne avec cet autre homme n'a durée que 2 à 3 semaines, mais c'est un homme plus âgé, avec un désir d'enfant si j'ai tout compris, peut-être a-t-il vu dans leur histoire une super opportunité et s'est lancé tête la première dedans en embarquant ma compagne qui ne semblait pas vraiment maîtriser la situation, mais plutôt appréciait d'être embarquée.

Elle parle beaucoup avec sa mère de tout cela et je sens que ça l'aide beaucoup. Elle a commencé à voir une psychologue car elle n'arrivait plus à encaisser les nombreux échecs successifs de la PMA.

Ce qui me perturbe, c'est la soudaineté de la situation. 5 minutes avant que l'urgentiste nous annonce la grossesse, elle était elle, nous étions nous. Je n'ai pas eu la sensation d'une situation qui glisse. C'est arrivé abruptement, je n'ai rien vu arrivé et n'ai pas compris. C'est pour ça que je n'arrive pas a réparer notre amour, car il allait bien, aussi bien qu'on puisse aller quand on souffre de ne pas réussir a être parents. Nous étions préoccupés, concentrés.

Je n'explique pas un tel rejet du bébé après avoir donner autant d'elle pour l'avoir : toutes ces échographies intra-vaginales, ces prises de sang, ces montagnes de comprimés, les injections jusqu’à avoir le ventre bleui d’hématomes. Son corps a été objetisé, elle se sent "ventre". J'ai pris garde durant la PMA à ce qu'elle ne ressente pas cela, j'ai échoué. Bien sûr j'entends la peur, les doutes et j'aime que nous en parlions ensemble, car j'en ai aussi. Nous arrivons un peu a en parler depuis quelques jours, mais le lendemain tout s'écroule de nouveau et je disparais de son intérêt. Je trouve sa réaction face à l'enfant extrême, c'est pour ça que je suis là, j'ai besoin de comprendre pour l'accompagner.

Bonne soirée et encore merci.

hirondelle
Messages : 6064
Enregistré le : 05 févr. 2014, 23:55

Re: Compagnon et futur père : Je n'arrive plus à l'aider

Message par hirondelle » 28 févr. 2018, 22:47

Bonsoir Esteban,

tu es le bienvenu parmi nous. J'espère qu'ici tu te sentiras soutenu dans l'épreuve que tu vis. N'hésite pas à venir y déposer tes émotions....
Merci de venir ici t'exprimer et de la confiance que tu nous portes.

Quelle épreuve ces parcours de PMA.... et toujours aussi peu d'accompagnement psychologique....
En effet, ces parcours compliqués engendrent souvent une grande souffrance avec le plus souvent la crainte, la peur de s'attacher à force de déceptions....(et à l'enfant et au conjoint)... Sans doute une forme de protection au delà de la volonté.
Là où vous avez été suivi pour la PMA, normalement, un psychologue spécialisé devrait pouvoir vous recevoir pour parler de cette situation... Ils sont très bien formés à cette prise en charge... Les entretiens ne sont pas automatiques ( et de loin) mais en principe ils sont à votre disposition. Cela pourrait permettre de la rassurer face à cette évidente détresse qu'elle exprime à sa façon.

Quels conseils te donnent ton psychologue?
Éventuellement une thérapie de couple pourrait vous permettre aussi d'y voir clair....
Esteban a écrit :Sa vision de la mère est terrifiante : une femme moche, abimée par la grossesse, devenue ennuyeuse et encroutée dans un quotidien répétitif. Elle a eu une enfance assez triste : parents peu sociabilisés, ambiance tristounette, pas d’activités en famille, beaucoup de solitude, pas d’extérieur. Peut-être qu’elle a peur de proposé la même chose à cet enfant.
En effet, je pense que le problème est là et maintenant que l'enfant se concrétise, une forme de panique s'empare d'elle.... consciemment ou inconsciemment, elle doit avoir peur de reproduire ou de ne pas être à la hauteur...

Tu n'es en aucun cas responsable de son comportement. Le responsable, à mes yeux,est le système de PMA qui a mis vos nerfs à rude épreuve...

Que pourrais tu lui proposer pour lui faire plaisir? pour sortir de la routine.... Un week end dans un endroit sympa.... J'imagine que rien ne lui fait envie...

Un accompagnement en haptonomie de la grossesse pourrait vous permettre de vous rapprocher autour de ce bébé... et aussi de l'apaiser, elle.. Par contre ce suivi commence vers le 4 éme mois de grossesse et les places sont chères.... Il faudrait qu'elle accepte et trouver l'haptothérapeute disponible. Dans ce cas, tu peux te renseigner auprès de la maternité.

Merci Ritaléa pour ton soutien précieux à Esteban.

Dans l'attente de te relire :hello:
Toutes ces pierres sur lesquelles on se hisse … Et qui font de nous un édifice
On a tous au fond du mental ...Toutes ces choses fondamentales
Qui nous poussent et qui nous font pousser
Cachées là au fond du mental ...Ce sont les choses fondamentales

gama67
Messages : 874
Enregistré le : 16 avr. 2017, 14:48

Re: Compagnon et futur père : Je n'arrive plus à l'aider

Message par gama67 » 01 mars 2018, 05:37

Bienvenue parmi nous et merci pour ta confiance,

Quel magnifique témoignage d'amour :coeur: Quelle bienveillance :coeur:

Concernant le rejet de cet enfant, peut-être que ta compagne s'était préparée à un nouvel échec comme une évidence, du coup, le fait que ça ait fonctionné, c'est un choc qu'il faut du temps pour que le cerveau enregistre et réalise.

La communication est primordiale. Courage :super:

Esteban
Messages : 28
Enregistré le : 28 févr. 2018, 11:34

Re: Compagnon et futur père : Je n'arrive plus à l'aider

Message par Esteban » 01 mars 2018, 11:08

Bonjour,

Merci pour ces réponses, elles me font vraiment du bien.

Nous avons déménagé à 600 km au moment où nous sommes arrivés en tête de liste d’attente pour le don. Du coup nous avons préféré faire la route et rester dans notre centre de PMA plutôt que de tout recommencer ici. Du coup, pas facile d'être suivi par la psy de l'équipe. Mais nous comptions la voir si cet essai n'avait pas marché.
hirondelle a écrit :En effet, ces parcours compliqués engendrent souvent une grande souffrance avec le plus souvent la crainte, la peur de s'attacher à force de déceptions....(et à l'enfant et au conjoint)... Sans doute une forme de protection au delà de la volonté.
Oui je sens bien la carapace qu'elle s'est forgée contre les échecs. Et cette réussite, ce changement de plan, a tout bouleversé.
hirondelle a écrit :Quels conseils te donnent ton psychologue?
Éventuellement une thérapie de couple pourrait vous permettre aussi d'y voir clair....
Je n'ai vu ma psy que deux fois, et au moment où c'était l’infidélité qui masquait tout. Du coup je n'ai travaillé que là dessus, pensant que c'était la vraie raison du déséquilibre. Je la vois la semaine prochaine et vais aborder plus intensément le sujet du rejet de l'enfant. Au moins j'ai géré rapidement mon acceptation de l'autre homme.
Pour la thérapie de couple, je lui ai proposé plusieurs fois, mais elle refuse. Je pense qu'elle a honte de son comportement (infidélité et mauvaise mère) et elle craint que la psy prenne parti ou la juge.
hirondelle a écrit :Que pourrais tu lui proposer pour lui faire plaisir? pour sortir de la routine.... Un week end dans un endroit sympa.... J'imagine que rien ne lui fait envie...
J'avoue ne pas avoir la force d'organiser quoique ce soit en ce moment, et je culpabilise. Je suis fatigué et angoissé. De nature déjà très timide, l'organisation de ce type d’événement est une épreuve en ce moment. Je me suis mis très en retard professionnellement durant cette période et ça me rattrape. Je fais mon maximum pour que le quotidien soit agréable. Nous sommes allé dîné dehors plusieurs fois, allé au cinéma, en ville. Je lui cuisine des choses qu'elle aime. Mais je suis à mon maximum et je fatigue contre son mur qu'elle dresse entre nous à longueur de journée. Rien n'a grâce à ses yeux.

Je me sens tellement inutile et pas à la hauteur de ses attentes. Je ne correspond tellement pas à ce qu'elle recherchait. Je suis un homme des bois, j'aime la nature, je travaille dehors, je fais pousser des légumes. Je lis toutes les étiquettes derrière les emballages, je fais attention à ce qu'on mange, à ce qu'on se met sur la peau. Je rouspète contre le système. J'aime fabriquer et cuisiné des choses que l'on peut acheter tout fait. En plus je suis stérile, pas très beau et petit. Elle rêvait d'un artiste, musicien, grand. Qui la sorte au théâtre.
Elle représente mon idéale, c'est la femme de ma vie, je suis fou d'elle, la trouve tellement belle, tellement intelligente. J'aime son odeur, sa peau, ces cheveux. En 8 ans, j'ai toujours adoré lui faire l'amour, c'est à chaque fois un moment merveilleux. Je ne me lasse pas un instant de ma vie avec elle. Je vis affreusement mal cette mise à distance.
hirondelle a écrit :Un accompagnement en haptonomie de la grossesse pourrait vous permettre de vous rapprocher autour de ce bébé... et aussi de l'apaiser, elle.. Par contre ce suivi commence vers le 4 éme mois de grossesse et les places sont chères.... Il faudrait qu'elle accepte et trouver l'haptothérapeute disponible. Dans ce cas, tu peux te renseigner auprès de la maternité.
Alors là je pense qu'il est bien trop tôt. J'aurais vraiment la sensation de violer son intimité lors de ce genre de séance, pour le moment en tout cas je ne le sens pas. Rien que dormir à coté de moi ça à l'air compliqué... Nous avons un rendez-vous pré-natal avec une sage-femme à la fin du mois, j'appréhende beaucoup. Comment parler d'accouchement, d'allaitement, de changes, de cordon, quand l'enfant n'est pas le bienvenu...

Bonne journée, merci de me lire.

ritalea
Messages : 488
Enregistré le : 20 avr. 2016, 16:43

Re: Compagnon et futur père : Je n'arrive plus à l'aider

Message par ritalea » 01 mars 2018, 20:38

Esteban a écrit :Ce qui me perturbe, c'est la soudaineté de la situation. 5 minutes avant que l'urgentiste nous annonce la grossesse, elle était elle, nous étions nous. Je n'ai pas eu la sensation d'une situation qui glisse. C'est arrivé abruptement, je n'ai rien vu arrivé et n'ai pas compris. C'est pour ça que je n'arrive pas a réparer notre amour, car il allait bien, aussi bien qu'on puisse aller quand on souffre de ne pas réussir a être parents. Nous étions préoccupés, concentrés.

Oui je crois qu'elle a ressenti un véritable choc. Il y a un avant et un après cette salle des urgences on dirait. Je rejoins Gama, elle s'était surement préparé a une réponse encore négative...
Esteban a écrit :Je n'explique pas un tel rejet du bébé après avoir donner autant d'elle pour l'avoir : toutes ces échographies intra-vaginales, ces prises de sang, ces montagnes de comprimés, les injections jusqu’à avoir le ventre bleui d’hématomes. Son corps a été objetisé, elle se sent "ventre". J'ai pris garde durant la PMA à ce qu'elle ne ressente pas cela, j'ai échoué. Bien sûr j'entends la peur, les doutes et j'aime que nous en parlions ensemble, car j'en ai aussi. Nous arrivons un peu a en parler depuis quelques jours, mais le lendemain tout s'écroule de nouveau et je disparais de son intérêt. Je trouve sa réaction face à l'enfant extrême, c'est pour ça que je suis là, j'ai besoin de comprendre pour l'accompagner.

Peut être peux tu lire le parcours d'Antonella. Elle a eu également recours à la PMA et galéré pendant 8 ans avant de pouvoir avoir son bébé. Et dès l'annonce de cette grossesse elle a sombré. Bien que désiré, bien que volontaire, bien qu'investi bien que, bien que...
Ce rejet comme tu dis ne remet pas en cause ce que ta compagne a effectivement enduré et donné pour arriver à cette grossesse. Je dirais même que ce sont deux choses différentes: on peut désirer très fortement être enceinte, avoir un bébé, devenir mère et sombrer dès la grossesse ou après la naissance. Car notre inconscient vient révéler ce que nous avions enfoui dans notre histoire. Il nous ramène à notre propre enfance, la relation à nos parents, le changement de générations, la mort enfin pleins de choses.
Non tu n'as pas échoué. Dans le parcours de PMA comme dans le parcours de la grossesse et de la maternité, le compagnon, bien que soutenant, est forcément confronté à une sorte d'impuissance parce qu'il ne s'agit pas de son corps, de son psychisme. Tu ne peux pas contrôler les ressentis de ta compagne. Cela ne remet pas en cause ce que tu as fait pour elle jusque là.

Tu souhaites comprendre pour mieux l'accompagner. Nous ne sommes pas elle, alors nous allons tenter de t'éclairer mais surtout te soutenir dans ta place à toi qui n'est pas simple face à la difficulté maternelle. Accroche toi. Continuez de parler. Peut etre qu'effectivement tu disparais de son intéret, mais c'est peut être provisoire. On est nombreuses ici a avoir ressenti le besoin de se recentrer, de s'isoler.

Courage..

hirondelle
Messages : 6064
Enregistré le : 05 févr. 2014, 23:55

Re: Compagnon et futur père : Je n'arrive plus à l'aider

Message par hirondelle » 02 mars 2018, 10:34

ce déménagement a dû compliquer les choses en effet....
Tu fais un maximum pour lui être agréable mais essaie de trouver le juste milieu pour ne pas t'épuiser.... peut être que tu peux un temps acheter un peu de tout prêt pour t'alléger la tâche... Dans son grand mal être, il n'est pas certain quelle fera la différence et tu garderas un peu d'énergie.
Esteban a écrit : Nous avons un rendez-vous pré-natal avec une sage-femme à la fin du mois, j'appréhende beaucoup. Comment parler d'accouchement, d'allaitement, de changes, de cordon, quand l'enfant n'est pas le bienvenu...
je crois qu'il faut tabler sur cette rencontre pour exprimer votre grand mal être actuel.... lui exposer que le parcours PMA vous a mis à rude épreuve. Ce RDV est prévu pour évoquer les difficultés....
Les sages-femmes sont tout à fait apte à entendre ce mal être... elles savent que la maternité et la paternité, ne sont pas que du bonheur... J'espère qu'elle aura une écoute bienveillante qui vous mettra en confiance...
Demandez lui ce qu'elle peut vous proposer comme aide (sophrologie, hypnose, acupuncture....)
La psychologue que tu rencontres semble très à l'écoute et tu vas pouvoir aborder cette situation difficile et j'espère qu'elle va pouvoir t'apaiser.
Je t'envoie plein de courage :hello:
Toutes ces pierres sur lesquelles on se hisse … Et qui font de nous un édifice
On a tous au fond du mental ...Toutes ces choses fondamentales
Qui nous poussent et qui nous font pousser
Cachées là au fond du mental ...Ce sont les choses fondamentales

Esteban
Messages : 28
Enregistré le : 28 févr. 2018, 11:34

Re: Compagnon et futur père : Je n'arrive plus à l'aider

Message par Esteban » 02 mars 2018, 13:29

Bonjour,

Je me rends compte que mon précédent message était vraiment lyrique et désespéré. J'avais vraiment besoin d'exprimer mon amour. Mes mots ne la touche pas et ne la rassure pas ; sur sa beauté par exemple, elle a besoin que ça vienne d'un autre. Elle me dit que mes compliments n'ont pas plus de valeurs que ceux d'une mère à son enfant, ils ne sont pas objectifs. Je ne sais plus ce que je peux faire ou dire.

Nous avions presque fait une croix sur une vie à trois. Ces derniers mois, voyant qu'on arrivait presque au bout du nombres de tentatives autorisées, on émettait l'hypothèse de ne vivre que nous deux. On redessinait les plans de la maison sans la chambre du petit, on réfléchissait à d'autres activités de couple non pas pour combler le vide de l'enfant, mais pour avancer autrement. Je pense qu'elle était prête à ne pas être mère.

Ces dernières 24 heures ont été très calmes, très douces. Elle m'a toléré dans son espace et même invité. Je fais attention à mes gestes, pour qu'ils ne soient ni associés au sexe, ni au bébé. Nous avons passé de bons moments, tout simples. Elle a parlé un peu du petit, je la laisse venir sans aborder le sujet. Ces mots sont tendres, je sens même de l'envie. Nous avons abordé ce qui nous a manqué enfant, pour ne pas reproduire les mêmes choses. J’espère que ça la rassure, dans sa peur de vivre une vie plombée et vide après la naissance. Nous sommes vraiment très en accord sur notre vision de la parentalité et de l’éducation.

Cette petite pause émotionnelle m'a fait un bien fou. Je me suis détendu, ainsi je peux la laisser respirer en arrêtant de chercher des marques d'affections de sa part. J'ai repris le travail, cela lui laisse la maison pour elle, c'est important car elle aime la solitude. J'ai mis du temps à comprendre ça, car comme je passe mes journées seul, j'ai toujours un plaisir immense à passer le reste de mon temps collé à elle. Bien sûr je sais que ce petit temps calme pourrait disparaître ce soir, demain ou dans 5 minutes. Il m'a redonné un peu d'espoir.

La PMA est un passage très médicalisé, plein de temps d'attente de résultats stressants, et quand les résultats sont là, ils ne sont pas francs, il faut encore attendre... J'ai été très surpris après la première écho de découvrir que la grossesse est elle aussi très médicalisée. Je pensais qu'on allait enfin souffler, et nous nous sommes pris de plein fouet la sensation de remettre le doigt dans la spirale de l'attente angoissante, des examens, des prises de sang, etc. C'est peut être un moment exaltant pour les gens qui n'ont jamais vécu cela, c'est peut être agréable et un moyen de s'investir à sa manière. Je me souviens qu'à nos début en PMA, chaque acte, administratif ou médical, était enthousiasmant et vécu avec joie. Puis avec le temps et la répétition, on traînait les pieds.
Ça n'aide pas ma compagne a bien vivre cette grossesse, cela doit lui renvoyer à tous ces épisodes de PMA. Malgré tout, elle ne souhaite pas me déléguer les choses dont je pourrais la soulager (exemple : la déclaration de grossesse) et je m'en réjouis, même si je préférerais que l'on fasse le plus de choses ensemble.

Elle est très angoissée du mal qu'elle pourrait faire au bébé. Elle est convaincu qu'elle se conduit mal et le fait souffrir, par son rejet et par le fait qu'elle s'imagine mal manger. J'essaye de la rassurer car je ne pense pas que le petit est encore les capacités cognitives de sentir que sa mère ne veut pas de lui ou qu'elle ne va pas bien. Et son alimentation est parfaite. On fait très gaffe à la toxo, malgré ça, elle est très angoissée.
Comme elle travaille dans le médical, les médecins ont tendance à ne rien nous expliquer, et comme on a la tête dedans, on ne pense pas à poser de question. C'est bête, ça permettrait surement qu'elle se rassure. Il faut que je veille à aborder tout ce qui est technique au prochain rendez-vous. Car tout est source de suspicions et d'angoisse.

J'ai pensé à quelque chose, je sais que même si elle les aime, les prénoms que nous avons choisi viennent de moi. Avec mon fort désir d'enfant, sûrement plus fort que le sien, la strate des prénoms que j'ai proposé vient s'ajouter à cela et la gomme. Elle est rentrée l'autre jour avec une nouvelle idée de prénom. Je me suis dit qu'il était peut être important qu'elle nomme cet enfant pour l'accepter, qu'elle se sente maître de cela au milieu de tout ce qui lui échappe en ce moment. En plus j'adore ce nouveau prénom :)

Je suis en train de lire Maman Blues. Je lirai La Naissance d'une mère ensuite. Et je vais aller lire le témoignage d'Antonella, merci Ritalea. Ces lectures m’apaisent et me rende plus patient.

Merci à vous, bonne journée.

Esteban
Messages : 28
Enregistré le : 28 févr. 2018, 11:34

Re: Compagnon et futur père : Je n'arrive plus à l'aider

Message par Esteban » 03 mars 2018, 10:30

Bonjour,

Je sens que le malaise n'est pas loin de revenir. Mais elle déploie des efforts immenses pour me parler, me sourire, m'embrasser et faire des choses qui lui font du bien. C'est quelqu'un de très fort. Elle a encaissé cette PMA avec une puissance incroyable, sans jamais se plaindre.
Je culpabilise d'avoir usé de son corps avec tous ces traitements et interventions. Et là encore, elle le met à ma disposition 9 mois pour que je sois père et cela continuera si elle souhaite allaiter. Je ne peux la soulager de rien et je suis responsable de la PMA. Bien sûr je ne l'ai pas forcé, mais ne s'est-elle pas senti obligée par amour ?

Je lui ai demandé ce matin de me dire si les choses n'allait pas, car elle répond toujours que ça va. Le fait que je me sois énervé la semaine dernière face à sa froideur n'aide pas à ce qu'elle se confie, je m'en veux, j'ai craqué, et j'ai eu très peur. Elle avait exprimé l'envie de mourir et d'avorter.
J'aimerai tellement savoir où elle en est et comment elle se sent. J'ai peur qu'elle fasse bonne figure devant et qu'elle me cache un mal être immense.

J'ai commencé à lire le témoignage d'Antonella, j'en suis à l'accouchement. Certains de ces dires rejoignent ceux de ma compagne, à part que le don chez elle ne pose pas de souci. J'ai peur de ne pas être à la hauteur de l'époux d'Antonella.
Quand elle m'a dit avoir envie de mourir j'ai été envahie de tout un tas de questions. Est-ce que je dois l'hospitaliser, doit-elle prendre des médicaments, va-t-elle s'en sortir, va-t-elle perdre la tête, tenter de se tuer, et si il ne se passe rien quand le bébé est là ? Et tout ça pour mon plaisir de tenir notre bébé dans les bras.

Son ventre s'arrondi un peu. J’appréhendais ce moment. Tout le temps que le bébé était invisible et qu'elle ne souffrait d'aucun symptôme de grossesse je me disais que ça pouvait encore aller. Mais il commence à se faire moins discret, que se passera-t-il le jour où elle le sentira bouger ? Je me mets à sa place, je ne supporterais pas l'idée d'être habité. J'ai peur qu'elle souffre de plus en plus à mesure de la croissance du petit.

Bonne journée.

Répondre