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DELASSUS Jean-Marie à propos de son livre : "Le génie du foetus" (Dunod Magazine)

Penser le foetus comme un être humain à part entière

Pour beaucoup de scientifiques, le foetus est un objet d'étude comme un autre.

Pour Jean-Marie Delassus, le foetus est, au contraire, un être humain à part entière, doté de capacités sensorielles, qui grandit dans un univers homogène et total, et auquel la naissance l'arrache. À l'occasion de la sortie de son livre, Le Génie du foetus, Jean-Marie Delassus nous livre ses réflexions.

Votre livre paraît autant, sinon plus, celui d'un philosophe que celui d'un médecin. Pourquoi avez-vous adopté ce point de vue ?

C'est en fait le sujet lui-même qui impose d'en parler ainsi. Trop souvent, mais heureusement cela est de moins en moins le cas, le foetus n'est vu et considéré que sous l'angle de la comparaison avec l'animal ou l'adulte, mais pas en soi. En effet, l'Homme doit être pensé dans sa provenance et celle-ci n'est pas que génétique : il y a une vie intra-utérine humaine spécifique.

Le foetus est donc un sujet médical au sens de la médecine mais également un sujet anthropologique : il nous permet de mieux savoir ce qu'est l'Homme.

C'est pour cela que votre livre critique une certaine vision qui fait du foetus plus un objet d'étude qu'un être qui vit dans le corps d'une femme ?

Un être qui vit dans le corps de la femme et qui va vivre dans notre corps à nous. Nous sommes, pour toute notre vie, constitués de l'intérieur, et pas seulement de l'extérieur : c'est ce que j'appelle « la mémoire du corps ». C'est un des points fondamentaux de ma réflexion, et donc de mon livre, que d'insister sur le fait que les adultes que nous sommes sont des prolongements des foetus que nous avons étés, lesquels ont une vie spéciale.

Dès que nos capacités sensorielles apparaissent, dès la grossesse de la mère, nous nous mettons à exister selon une vie très particulière, homogène, totale, que - fait spécifiquement humain - nous allons enregistrer et qui, plus que tout fonds génétique, va faire notre fonds psychologique.

C'est une vision peu orthodoxe...

Je le crois [NDR : blanc de plusieurs secondes].

Ce livre est très important pour moi, chaque mot, chaque idée, tout ce qui le compose a été pesé, réfléchi, vu et revu : c'est l'aboutissement de plusieurs années de travail. Ce que je voulais, c'est poser et présenter la vie d'une autre manière, en fonction de sa provenance, de sa formation pendant la vie intra-utérine. C'est un changement de paradigme, en quelque sorte.

Je crois qu'il était nécessaire de dépasser un mode de pensée parfois trop centré sur la technique et le médical purs. Il faut, pour le foetus, une approche large, pluridisciplinaire, rigoureuse et scientifique sans exclure la dimension humaine. Sinon c'est le foetus desséché, le foetus médical, le foetus sur lequel on va prélever des tissus pour faire des greffes, le foetus de la procréation médicale, le foetus transplanté, le foetus vendu, commercial : or, le foetus qui importe véritablement est ce foetus humain que nous avons tous été, et avec lequel on n'en finit pas en naissant car il aura formé notre dimension humaine et pas seulement notre corps.

Alors, l'Homme est humain dès la vie foetale ?

Oui, car sans la vie foetale, nous serions des animaux comme les autres ! Ce ne sont pas l'intelligence ou la raison qui nous font Homme, mais l'expérience de la « totalité » foetale : nous sommes ainsi des animaux exilés de l'animalité en quelque sorte.

Pour analyser cette expérience de la totalité vécue par le foetus, vous développez une phénoménologie du foetus, et non une psychologie du foetus. Pourquoi ?

On ne peut parler de psychiatrie ni d'ailleurs de psychologie au niveau du foetus. Il n'est pas un sujet mais un être dans un état de totale participation à son milieu, à son environnement ; cet état global définit un état mais en aucun cas un sujet.

Aussi, je prends une position rigoureuse, celle qui me paraît la plus adaptée à cette recherche, à savoir celle de la phénoménologie. J'observe des phénomènes, ni plus ni moins, et je tente de les analyser, d'en tirer des enseignements.

Vous dites que l'être humain dispose d'immenses Territoires Corticaux Libres, de neurones qui vont enregistrer tout ce qui est ressenti par le foetus : est-ce à dire que le foetus vit dans un univers complet, intime, où il devient humain ?

Oui, mais en fait, ce qu'il faut bien comprendre c'est que, quand la grossesse se passe bien, notre esprit est structuré par ce vécu foetal qui est d'une homogénéité stable et constante. Aussi, au lieu d'hériter seulement de mécanismes phylogénétiques d'adaptation au monde, se rajoute ce vécu de la totalité originelle, enregistré, mémorisé.

Dès lors, nous sommes structurés par un état de la vie qui se suffisait à elle-même et qui était la totalité. Et c'est avec cela que l'on arrive au monde !

En ce cas, n'y a-t-il pas un véritable problème de la prise en charge de ce passage de la vie f'tale à la vie post-natale ?

Évidemment. Et c'est cela que l'on ne voit pas quand on réduit la naissance au seul fait de l'accouchement. On veut croire qu'il y a une continuité entre la vie prénatale et la vie post-natale et certains s'appuient d'ailleurs sur une citation tronquée de Freud pour appuyer ce propos. Cependant, Freud parle seulement d'une continuité dans les soins maternels : continuité entre la femme enceinte et la mère qui nourrit et élève son enfant.

En fait, on n'arrive pas à imaginer l'immense césure qu'est la naissance ! Quand il vient au monde, l'Homme n'y était pas destiné. Que peut-il faire alors ? Il cherche l'univers de totalité connu jusqu'ici. Et le bébé ne va trouver cette totalité que chez une seule personne, chez sa mère ou celle qui en fera fonction. S'il trouve cela - qui a été rendu sensible par le vécu de la grossesse ou de l'accouchement (ou, en cas d'adoption, par l'attente) - alors, par cette écoute, ce regard, cet échange, l'enfant retrouve la totalité, mais passée du biologique foetal au psychologique relationnel.

Peut-on dire que grossesse et naissance représentent, pour la mère et son enfant, deux moments parallèles de bonheur et de douleur ?

C'est effectivement un parallèle que l'on peut faire.

Pendant la grossesse, la mère, qui est un ancien foetus dont le corps conserve la mémoire de son expérience, voit remonter cette mémoire, ce vécu de la totalité foetale et le revit dans et par son corps. À l'accouchement, il y aura pour elle une rupture de ce vécu.

De même, la naissance est, pour le foetus, une chute libre : c'est d'ailleurs pour cela qu'il crie, ce que ne fait aucun animal. Dans les manuels de médecine, on enseigne que le foetus crie pour déplisser son poumon : le chat, le chien ou l'éléphant qui ont aussi un poumon ne poussent aucun cri ! Le cri, c'est en fait l'expression de cette douleur psychique qu'est la naissance.

Mais, pour l'enfant comme pour la mère, il y a dépassement de cette situation de crise natale.

La mère va trouver au-dehors ce qu'elle avait au-dedans : elle perd son foetus, et le gagne en même temps. Là où il y a perte, elle trouve désormais un être relationnel.

Si la mère fait ce mouvement, ce transfert originel, la jonction s'opère pour le bébé : il passe d'une vie de type foeto-biologique, quand bien même l'esprit s'y développe, à une vie de type relationnel et psychologique.

Le foetus, dans cette homogénéité et cette totalité vécues in utero, connaît-il une longue période de plaisir, de bien-être, qui se poursuit par la suite avec le développement de la libido ?

In utero, il n'est pas question de bien-être : c'est un mot insuffisant. Le mot de totalité, bien qu'ambigu, dit mieux et davantage.

Le foetus est en fait immergé dans la non-différence absolue. Ainsi, il sera amené à investir non seulement les équivalents psychologiques de la totalité (par exemple, le visage, le regard, la parole de l'autre) mais aussi tout retour corporel à l'homogénéité. Donc, la satisfaction des besoins sera la satisfaction par voie physique de son besoin de totalité. C'est là l'émergence de l'énergie libidinale.

Pour conclure : vous indiquez comme titre de votre ouvrage
Le Génie du foetus : en quoi est-il génial, ce foetus ?

C'est très simple. On parle du génie génétique : c'est le résultat du travail des gènes. On a là un agencement qui nous dépasse, qui paraît génial.

Cependant, pour la vie foetale, il y a aussi un autre aspect du génie : il tient au fait de cette mémoire neuronale qui va constituer l'émergence d'un nouveau sens, le sens de la totalité. Le foetus a le génie de la totalité et il nous le transmet.

Finalement, ce livre est un livre d'anthropologie fondamentale, qui nous permet de penser la vie d'un point de vue laïc, de penser au sens de l'Esprit, de tirer des enseignements du génie du foetus, du génie humain. L'étude du foetus nous apprend que l'on ne peut pas ou que l'on ne devrait pas vivre sans tenir compte de cette histoire qui nous parcourt, qu'on le veuille ou non. Il y a l'histoire de cette dimension de totalité qui constitue vraisemblablement la nature la plus profonde de notre inconscient. De même que nous avons le sens de la vision, du goût, de l'équilibre, nous avons, enfoui et inconscient, le sens de la totalité. Hors des dérives totalitaires, qu'en faisons-nous ?

© DUNOD EDITEUR, 1er Mai 2001

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