Maman Blues a 10 ans !

HENRY Krystelle "Maternité invisible : Le mythe de la maternité en question"

1 ¿ l'étrangeté des mères

« l'inquiétante étrangeté de ces mères qui chancellent » Dr S.Freud

De nos jours, la véritable maternité, celle qui donne naissance physiquement à un enfant, et psychiquement à une mère est ignorée par la plupart de nos contemporains.
Alors qu'à première vue, elle est inscrite dans un temps déterminé ( le temps de la grossesse, c'est à dire 9 mois ), elle est vécue le plus souvent par les femmes comme un moment intemporel, une aventure intérieure quasi-mystique, un retour aux sources, aux origines de la Vie¿
Inévitablement, les jeunes mères deviennent alors des réservoir à émotions, émotions qui parfois les submergent, les renvoient à un univers qui les dépassent¿souvent elles prennent peur, parfois elles perdent pied¿
Que sait-on de ce grand chamboulement intérieur que les femmes connaissent au moment de devenir mères ?
Tout au plus quelques proverbes populaires rendent compte de cette étrangeté des mères, de leurs comportements parfois excessifs¿ Et, alors que tout est mis en ¿uvre pour affirmer que la maternité est une étape naturelle de la condition féminine, les femmes enceintes et les jeunes mères n'arrivent pas à mettre des mots sur leurs maux , toutes accablées qu'elles sont par leur soudaine « anormalité »¿.
« depuis que j'étais devenue mère, je me résignais de plus en plus à vivre dans un état de confusion permanente¿ » jane lazarre - splendeur et misères de la maternité

2 ¿ le Mythe de « la bonne mère »

« c'est une tache extrêmement difficile de s'occuper d'un bébé, surtout pour quelqu'un qui n'est pas préparé à donner quoi que ce soit. C'est comme si on demandait à quelqu'un qui n'est pas médecin de pratiquer une opération à c¿ur ouvert¿ » jane swigart ¿ le mythe de la mauvaise mère

La gynécologie-obstétrique, telle qu'elle est pratiquée actuellement dans notre pays ne tient absolument pas compte des aspects psychiques et métaphysiques de la maternité. Alors que jusqu'au 18ème siècle, on se souciait peu de la mortalité des enfants, et que la maternité restait un concept ignoré par les femmes elles-mêmes (toutes occupées à leur propre survie), l'obstétrique est donc créée et la maternité devient soudainement l'affaire des hommes (médecins). Cette pratique est donc historiquement, et encore de nos jours, exclusivement centrée sur le f¿tus et le futur enfant.
C'est ainsi que depuis deux siècles, sous couvert scientifique, on a balayé tout ce qui entourait symboliquement le phénomène de la naissance, en commençant par bâillonner la parole des femmes¿
Une femme qui s'aventure à briser le mur du silence, en exprimant ses doutes par exemple, est immédiatement cataloguée « anormale », et c'est aussi le plus souvent comme ça qu'elle se perçoit.
Quand sa détresse est trop visible, un traitement médical s'ensuit, parfois on va même jusqu'à l¿hospitaliser, ce n'est que très rarement que l' on prend le temps de l'écouter...
Car c'est de temps qu'il s'agit¿Le temps de la maternité est hors du temps, hors du monde¿
Celles qui perdent pied sont dirigées vers des services spécifiques, elles sont dépressives, parfois psychotiques, selon le jargon psychiatrique¿
Grâce à ce dispositif, on suggère alors qu'il existe une maternité normale, bienfaisante pour l'enfant, épanouissante pour la  mère¿
On crée alors le mythe de la bonne mère. ¿
Une gigantesque supercherie¿En effet même quand elle est normale, la maternité est un processus extrêmement complexe qui, au delà de ses aspects purement physiques ou anthropologiques ( reproduction de l'espèce), met en jeu des phénomènes inconscients qui dépassent fortement notre champ d'action et notre capacité de compréhension¿
Finalement, la façon dont notre société moderne traite et accompagne le phénomène de la maternité, n'est elle pas le simple reflet d'un monde de plus en plus individualiste, matérialiste, technocratique et de plus en plus coupé de la vie, dans ce qu'elle comporte de plus sacré et parfois de plus violent ?¿
La maternité est devenue de nos jours un objet de consommation courant. Tout comme on souhaite avoir un compagnon , un bon travail , on veut avoir un enfant , de préférence sans souffrir pour l'obtenir, et être une mère idéale, évidemment¿ On nous propose l'accouchement sans douleur dans l'univers aseptisé de l'hôpital¿et on nous garde bien d'exprimer la moindre émotion.
Ainsi le grand mensonge maternel , véhiculé par la société ( et les médias ), continue de se perpétuer et de faire des dégâts sur les mères et les familles ¿
Quelles sont les causes et les origines de ce grand mensonge collectif ? Pourquoi avoir créé un tel mythe ?
« les mythes sont des fictions qui servent à expliquer et à comprendre ce qui est inexplicable et incompréhensible » Simone Bécache ¿ La maternité et son désir

3 ¿ le sens profond de la maternité : L'ambivalence, un réceptacle des pulsions de vie et de mort

Ce mythe aurait donc été créé par peur de regarder en face le vrai visage de la maternité humaine, qui elle, remonte à nos origines les plus lointaines et les plus obscures¿
L'ambivalence de l'amour maternel :
Elle est ce qui caractérise la maternité véritable , elle révèle ce qu'il y a de plus sauvage en nous¿Et c'est cette soudaine « sauvagerie émotionnelle» que la société ne veut pas laisser voir et entendre¿
Cette ambivalence maternelle se décline à chaque étape de ce voyage vers l'originaire :
- le bébé imaginaire et la brutale confrontation avec le réel :
ces sentiments contradictoires naissent au moment où les femmes se retrouvent confrontées à leur nouveau-né. La plupart ne sont pas préparées à traverser cette période parfois pénible de l'après accouchement. Le bébé n'est malheureusement pas le poupon de leur enfance, qu'elles maternaient pour copier maman. Et, contrairement à ce qu'on leur a fait croire, elles se sentent le plus souvent incompétentes¿ Certaines se laissent aller à la colère «  mais pourquoi ne m'a t-on rien dit ? » d'autres voudraient desésperément revenir en arrière «  mais qu'est-ce qui m'a pris de vouloir un enfant ? »
- la question de l'identité - passer de la fusion initiale à deux individus distincts - Réussir à conserver sa propre intégrité tout en se donnant totalement a un autre être¿
« Vous aurez beaucoup de mal, madame, avec cet enfant.. » dit-il
«  C'est déjà fait, il me dévore.. » Marguerite Duras - Moderato Cantabile

Les femmes sont unanimes sur ce phénomène étrange d'avoir le sentiment de ne plus s'appartenir complètement quand elles deviennent mères¿
Toute leur identité en vient à se transformer¿C'est alors un long et incessant va et vient qui commence entre l'envie de s'abandonner à cet être si dépendant et la tentative de ne pas se perdre et de rester soi¿
« En devenant mère, une femme développe une organisation mentale radicalement différente de celle qu'elle avait auparavant et fait des expériences inconnues des non-mères » Daniel N.Stern ¿ La naissance d'une mère
- la question de la transmission - le passage de fille à mère :
« Ainsi la vie n'est-elle pas un cadeau gratuit. Elle porte en elle même l'exigence de transmettre, de rembourser ce qui a été reçu, de reconnaître que le don de vie, promesse à la fois d'immortalité et de mort, implique aussi la reconnaissance d'une dette qui circule de mère à fille. » Monique Bydlowski ¿ Je rêve un enfant

Passer de l'individu aimé à l'individu aimant est aussi une des sources de l'ambivalence¿ Entre les désirs conscients, les v¿ux que les mères nourrissent pour leur progéniture et les enjeux inconscients de la transmission, il y a parfois conflit, voire paralysie¿
En effet, les mères ne font que transmettre¿alors comment donner ce qu'on a parfois pas ou mal reçu ? Ce moment particulièrement intense de la vie d'une femme la replonge dans sa propre histoire, et lui fait revivre des moments de sa toute petite enfance, parfois heureux, mais aussi douloureux, voire terrifiants¿
- être mère et rester femme
« j'aimerais mieux mourir que de perdre mon fils mais il a gâché mon existence et je ne vis plus que pour essayer de la récupérer.. »
jane lazarre - splendeur et misères de la maternité
Source d'ambivalence, cette toute nouvelle identité maternelle qui balaie l' ancienne identité féminine donne lieu à des combats intérieurs sans fin qui peuvent parfois laisser place à la plus grande violence¿
Comment continuer à vivre sa vie en tant qu'individu lorsqu'on est si intimement lié à son enfant ? Comment vivre pour soi, comme le suggère ce monde qui place l'épanouissement de l'individu au premier plan, et ce, sans culpabilité ? Comment les femmes modernes gèrent-elles ce fameux conflit entre l'image de Eve et l'image de Marie ?

4- la difficulté maternelle comme symptôme d'une société non maternante et individualiste

«  On n' imagine pas combien la souffrance maternelle est répandue, ni surtout combien elle est cruelle. On ne réalise pas davantage comment elle reste mécomprise et surtout maltraitée¿ » J.M Delassus ¿ Le sens de la maternité

- de la responsabilité à la culpabilité des mères
La violence intérieure qui est spécifique à l'ambivalence maternelle est convenablement refoulée par la société. L'idéologie dominante désigne les mères comme seules responsables de leurs enfants, ne tenant pas compte du poids qui leur en incombe ¿.
« la plupart des mères sont tout simplement terrifiées lorsqu'elles prennent conscience qu'elles sont soudain responsables de la vie de quelqu'un d'autre. » Daniel N.Stern ¿ La naissance d'une mère
Certaines femmes arrivent à rester la tête hors de l'eau, d'autres finissent par se noyer et c'est un abandon collectif des mères à leur difficile quotidien qui est source de la maltraitance enfantine¿ Si ce mythe de la maternité évidente et parfaite n'était pas aussi puissant, ne pourrait t-on pas reconsidérer cet aspect de la maternité et mettre en place des actions de prévention ?
Très vite, de responsables, les mères deviennent coupables¿elles ne sont pas suffisamment bonnes, elles sont de mauvaises mères. Si elles n'arrivent pas à vivre avec cette culpabilité au quotidien, elles sont internées, dans des services psychiatriques, voire condamnées à des peines de prison, quand , abandonnées à leur détresse, elles finissent par passer à l'acte¿
- le tabou autour de l'impuissance et de la détresse maternelle¿ Il n'y a aucune prise en compte de ces phénomènes dans le suivi actuel des femmes enceintes et des jeunes mamans¿On sous-entend que la maternité et les sentiments qui l'accompagnent sont naturels et vont de soi¿On nie les angoisses et les questions qu'elle pose¿
« Les longs mois de solitude, l'aventure sous-marine, la chute lente avec chaque mois qui passe, dans un monde hors du monde, jusqu'à ce que l'enfant naisse enfin et que l'on se retrouve sur la rive la plus reculée de toutes, à des lieues et des lieues de la vie ordinaire, si loin qu'il vous faudra 2 ou 3 années pour en revenir à la nage¿ » jane lazarre - splendeur et misères de la maternité
- Une experience porteuse d'espoir : le service de maternologie du Dr Delassus à St cyr :
Après 15 années de recherche et de militance pour la reconnaissance de la maternité psychique, le travail du Dr J.M Delassus a finalement été reconnu d'utilité publique en 1999.
Il s'agit d'une démarche thérapeutique originale qui souhaite se démarquer des unités mères-enfants, unités de prise en charge psychiatriques, proprement dit.
En effet, 10% des accouchées ont de réelles difficultés à prendre en charge leur nouveau-né¿ce chiffre est en constante augmentation¿Le Dr Delassus et son équipe se veulent les portes-parole de la véritable maternité, et pas seulement des mères que l'on considère « à problèmes »¿
Leur credo : solutionnons les difficultés des jeunes mères dans le cadre exclusif de la maternité !

5 ¿ La maternité véritable montre le chemin, les hommes lui tournent le dos¿Vers une société sans émotions ?

« aux origines était la grande Déesse-mère, dispensatrice de la vie et de la mort, omni-créatrice, omni-présente. Face à la fascination et à la terreur qu'elle exerçait sur les hommes, ceux-ci ont préféré inventé le polythéisme (des familles de dieux) pour finir par créer un Dieu masculin, doué de raison, moralisateur, père autoritaire et froid » Shahrukh husain ¿ La Grande Déesse-Mère

ce que la maternité véritable peut nous apprendre :

considérer la mise au monde d'un enfant ( et donc l'accouchement d'une femme ) comme un rite de passage qui nous ramène au sens spirituel et métaphysique de l'amour.
son aspect révélateur de notre profonde humanité, et donc de notre fragilité (sortir de ce sentiment de toute puissance illusoire, avec l'hyper médicalisation de la naissance).
réapprendre à être , désapprendre à avoir dans un monde où les échanges deviennent principalement marchands.
à redécouvrir les émotions qui nous habitent et à les vivre pleinement
« l'hormone mentale de l'accouchement psychique d'une mère, c'est l'émotion » J.M Delassus ¿ Le Sens de la maternité
Notre civilisation moderne se cherche un chemin . Il ne se passe pas un jour où il ne nous est pas rappelé que nous avons perdu la valeur profonde des choses...perdu le contact avec la nature, perdu le sens des relations entre hommes et femmes, perdu le sens de la famille, perdu le sens du partage, perdu le sens de la vraie vie ...
La Maternité reste une des seules rescapées de ce gigantesque génocide des émotions humaines¿ Elle nous montre le chemin ¿ les femmes se doivent de se la réapproprier¿c'est un combat pour les générations suivantes, et pour l'humanité dans tout son ensemble¿.

« Mais l'a ton dit cet amour de la femme pour la vie ? l'a t-on dit la force qu'une femme donne au sang, à la chair. Quand cette mère sur son enfant caresse plus que le monde, plus que les planètes, plus que les océans, plus que les nuages plus que son désir ? Et ma peau me brûlait comme une flamme en touchant cette douceur de l'indicible où on accède à l'origine¿ » chantal Chawaf ¿ Maternité

 

Elsa Grangier, chroniqueuse aux Maternelles sur France 5, marraine de Maman Blues

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