Maman Blues a 10 ans !

Que faire ? Et à qui s'adresser en cas de doutes ou d'angoisses ?

"Demander à être aidée est déjà un acte maternel." Catherine Garnier Petit (Mal de mère).

Ne relevant ni d'un programme génétique, ni d'un instinct naturel, le « devenir mère » repose essentiellement sur un processus psychique commun à toutes les femmes, mais dont le déroulement reste propre à chacune et aléatoire.
La maternité n'est donc plus pressentie comme allant de soi mais comme allant en soi et donc susceptible de remaniements psychiques sensibles et déstabilisants.
La difficulté maternelle est un état humain légitime, nécessitant que chacun se sente concerné et impliqué:
Il est légitime que les mères puissent évoquer ou laisser apparaître leurs difficultés et qu'elles soient accompagnées afin de passer ce cap sans traumatisme, ni conséquence durable et irréversible. Il n'est plus tolérable qu'elles soient encore abandonnées ou sanctionnées à travers leur difficulté maternelle.
Même si le temps n'est pas compté pour devenir mère, même s'il est avant tout un temps de bouleversements et de remaniements psychiques incontournables, chaque femme devrait pouvoir en être informée dans le cadre de son suivi prénatal.
On ne peut plus se contenter (corps médical et entourage compris) de leur conseiller la patience ou la résignation et de leur prodiguer quelques paroles de réconfort assorties d'un traitement anti-dépresseur.
La maternité psychique produit ses propres signes cliniques et doit donc être l'objet de soins spécifique indépendants des soins psychiatriques.


Pour lire les différentes parties développées ci-dessous, cliquez sur le titre qui vous intéresse

 

 

Que faire avant la grossesse ?

"Savoir enlève un peu de culpabilité" (anonyme)


Même si la maternité psychique est essentiellement imprévisible car relevant de la possibilité de transfert maternel sur le nouveau- né, il ne faudrait pas en conclure hâtivement (et tout aussi fatalement), qu'il n'y a rien à faire en amont, dans un esprit d'information et de prévention.
Nous estimons à notre niveau, que l'information prénatale diffusée à large échelle peut opérer une certaine préparation/ prévention psychique.
En effet, il n'est pire douleur que d'être frappée là où on ne s'y attend pas, là où il nous est impossible de concevoir que l'on puisse développer une "anomalie", une "affection" grave : c'est-à-dire au coeur même de notre capacité à aimer et à donner.
La difficulté maternelle nous fauche d'autant plus rapidement et brutalement que l'on ignore tout de son existence et de sa violence et qu'elle nous laisse en état de sidération, souvent totalement incapable de réagir.

Ainsi savoir :

  • Que le sentiment maternel est un cheminement intérieur plus ou moins long et sensible (et non pas un événement délimité par l'accouchement) et qui peut parfois mener au bord de la folie, de la rupture de soi ou au rejet de son enfant.
  • Que ces émotions ne sont pas le signe d'un dérangement mental ni la confirmation d'un handicap naturel (absence d'instinct).
  • Que cela frappe d'autres que soi et en des proportions non négligeables (20 % des mères, sans parler des enfants, eux aussi concernés).
  • Qu'une prise en charge est nécessaire et possible en dehors de tout jugement et sanction, au même titre et légitimité qu'une maladie physiologique.
    "Remodèle" nos convictions ou incertitudes en matière de maternité ainsi que l'état d'esprit avec lequel on abordera le déroulement de la grossesse et les premiers moments si sensibles du post-partum :
    Plus d'idéalisation dangereuse et/ou de confiance aveugle en un hypothétique instinct maternel censé pourvoir à toutes défaillances personnelles.

    Certes, cette information au préalable, que nous croyons utile et tout à fait possible et aisée (un petit guide prénatal pourrait être donné à ce propos à chaque déclaration de grossesse, incluant également d'autres informations), ne garantira pas aux femmes de passer à travers cette tempête mais leur donnera la possibilité de concevoir ces évènements, donc de les prévoir « psychiquement » et le cas échéant de savoir les reconnaître. Ceci leur permettra de savoir vers qui se tourner.
    Il conviendra toutefois de veiller à ce que l'information donnée, soit dans le cadre médical soit dans un cadre associatif, ne soit pas systématiquement minimisée ou banalisée, pour laisser la place une fois de plus, au dogme social, qui ordonne que la maternité soit avant tout un événement heureux de notre vie et que cette prévention ne soit pas orientée exclusivement dans un souci de prévention de la maltraitance infantile. La difficulté maternelle maltraite en priorité les mères.
    Notre souhait est de changer cet état d'esprit pour que la mère soit traitée en personne et non plus en « patiente ».

    La pédopsychiatre Françoise Molénat estime que la grossesse constitue une période privilégiée pour soutenir la maternité et l'enfant à venir, car ce soutien doit passer obligatoirement par celui à la mère et du coup il n?en sera que plus respectueux de celle-ci, de son identité et de son histoire.
    (Après la naissance le regard se portera d'abord sur l'enfant au risque de dévaloriser et de fragiliser la mère : risque de séparation).


    Pendant le temps de la grossesse

    « Mais la famille, c'est là qu'elle commence et c'est là qu'elle se socialise lorsqu'une femme s'inscrit en maternité » Pascale Rosenfelter.



    Il n'y a pas qu'un seul chemin balisé et conforme à ce que la société attend des futures mamans (santé, joie, optimisme, plénitude, sagesse..) pour traverser le temps de la grossesse. L'annonce de votre grossesse peut vous plonger dans des moments de doutes, de perplexité, de regrets et même de déprime. Si toutefois ils ne sont pas systématiquement annonciateurs d'une difficulté maternelle à venir, il convient d'y prêter attention, et de le signaler à votre Médecin, Gynécologue ou Sage-femme, Doula*...

    (* accompagnante à la naissance)


    Il est humain, si ce n'est normal d'appréhender cet inconnu qui est en vous, d'être déconcertée par cet enfant que vous sentez bouger et vivre dans votre corps. La grossesse est un retour en soi, un retour au corps qui sur un plan psychique peut se faire plus ou moins sensiblement, avec plus ou moins de nostalgie et de reviviscences.
    D'où l'importance de signifier à votre médecin qu'il n'est pas là uniquement pour surveiller votre courbe de poids, ou commenter vos résultats médicaux. Il se doit aussi, de prendre la mesure de votre moral (et pas seulement celle de votre ventre). Afin que vos inquiétudes ne débordent pas sur le déroulement et le vécu de votre grossesse.
    Si c'est impossible de vous faire entendre, ou si votre médecin ne cherche qu'à vous rassurer comme une petite fille que vous n'êtes plus , tentez alors le maximum de démarches pour être entourée (famille, ami, Doula, groupes de parents et futurs parents et pourquoi pas forum de discussions sur Internet). La solitude est la pire ennemie d'une jeune maman.
    Osez aborder vos états d'âme lors de chaque consultation, il n'y a aucune obligation de votre part à afficher un sourire béat de circonstances parce que vous êtes enfin maman, ni à vous taire pour justifier l'adage qui veut que la grossesse ne soit pas une maladie. Vous n'avez à remercier (ou protéger) personne en offrant une image de bonheur que vous êtes bien loin de ressentir.

    Lorsque vous évoquerez les possibles moments de doutes et de déstabilisation qui peuvent surgir aussi après une naissance, n'acceptez pas d'être simplement rassurée/endormie au titre que :
    Le baby blues est une petite déprime passagère que traversent sans conséquence 80 % des accouchées, que la dépression postnatale ne touche que 10 pour cent des accouchées et se guérit très vite avec des anti-dépresseurs ou que la psychose puerpérale est rare (1 à 2 pour mille) et ne concerne que des personnes souffrant de troubles psychiatriques antérieurs...
    La difficulté maternelle ne se cantonne pas à ces manifestations répertoriées, pas plus qu'elle ne touche que certains « profils psychologiques ».
    Aucune situation sociale, familiale et personnelle ne peut vous dispenser d'être informée de ces problèmes.

    Il est important que vous puissiez disposer d'un accompagnement psychologique dès votre grossesse et surtout dès la naissance de votre enfant , tout comme il est important de ne pas tout pathologiser ou tout renvoyer dans le bureau du psychologue ou du psychiatre.

    Quelques questions que vous pouvez poser au personnel de la maternité, quelques « exigences » que vous pouvez émettre lors de votre projet de naissance :

    • Y aura-t-il un psychologue de permanence ?
    • Du personnel sensibilisé à reconnaître au plus tôt ce type de difficulté ?
    • Ne relèguera-t-on pas vos émotions dans le placard du baby-blues ?
    • Y aura-t-il un suivi postnatal de "qualité" en présence du papa ?
    • Savez-vous que dans certains cas une sage-femme peut faire un suivi à domicile ?
    • Accompagnera-t-on vos premiers allaitements (sein ou biberon) ?
    • En matière d'allaitement maternel bénéficierez-vous de la présence de gens formés à cet effet ? Nous savons qu'une mise au sein qui échoue parce que non soutenue, insuffisamment ou mal conseillée creuse la voie de la difficulté maternelle. Il est vivement conseillé d'assister à quelques réunions sur l'allaitement AVANT l'accouchement.
    • Favorise-t-on les premiers moments avec votre enfant ? : premier échange de regard avec l'enfant dès la sortie du ventre maternel (proto- regard) , puis peau à peau, mise au sein si c'est le souhait de la maman, pas de séparation intempestive qui ne serait justifiée par son état de santé...
    C'est important de prendre ce temps, pour que la première rencontre avec son nouveau-né ne soit pas d?abord rythmée ( et peut être parasitée) par les soins médicaux, mais fonction des échanges de regard, de sourire et de contacts en peau à peau...
    Médecin, gynécologue, sage-femme ou personnel de la maternité doivent pouvoir vous répondre à ce sujet et devancer vos questions et/ou inquiétudes (ce qui serait déjà le signe qu'à titre individuel, l'obstétrique physique n'est pas le seul versant de la maternité qui les préoccupe).
    Gardez toujours à l'esprit que ce séjour à la maternité dans laquelle vous aurez accouché peut et doit aussi être un lieu de naissance.
    L'accueil, l'écoute et la présence que vous y trouverez peuvent en cas d'insuffisance, de maladresse ou de négligence, précipiter un effondrement maternel. Il est reconnu que les paroles ou attitudes des soignants à l'égard de la mère ou de son enfant peuvent avoir un rôle déterminant dans le comportement maternel ultérieur. La première des préventions en matière de difficulté maternelle commence par la vigilance et la capacité d'écoute et de contenance des professionnels de la maternité.

    "C'est pourquoi une maternité, privée ou publique, ne peut et ne doit en aucun cas se contenter d'être un lieu seulement médical. Les professionnels qui y travaillent doivent tous être sensibilisés à la dimension humaine, c'est-à-dire psychologique et social de ce processus qui n'est pas une maladie mais une grande aventure humaine inscrite dans le corps de la femme". Catherine Garnier-Petit (Mal de mère).

    A la maternité ou après l'accouchement

    "Ça y est, bébé est né, il est là dans vos bras ou dans ceux de son papa... L'accouchement s'est passé plus ou moins comme vous l'aviez sinon "rêvé" du moins pensé, peu ou prou de complications et vous vous attendez maintenant à ressentir très vite l'élan d'amour le plus fort de votre vie... Pourtant passés les premiers moments de surprise, de découverte, et d'attendrissement, un calme si ce n'est un décalage avec ce à quoi vous vous apprêtiez à vivre, s'installe. Un flou, un engourdissement se diffusent en vous et dans votre chambre. Vous avez beau regarder et vous accrocher, au petit berceau de verre que l'on a posé à vos côtés, votre coeur est bien calme et votre raison commence à s'agiter :
    Est-ce déjà le baby blues ? Est-ce autre chose qui prend toute la place à mon insu ? Comment savoir ? A qui le dire et surtout qui saura me répondre et faire disparaître ce trouble qui, je le sens, commence déjà à me séparer de ce bébé ? Cet enfant, je le désire plus que tout au monde. Je veux l'aimer très fort, je l?aime sans doute déjà très fort, je veux y croire, mais voilà je suis là sur mon lit et je pleure, le dos tourné pour ne pas qu'il me voit, et ce n'est ni de joie, ni de soulagement. Je pleure comme si on m'avait abandonnée, je pleure parce que j'ai mal ... au ventre, aux seins, au sexe. Et aussi parce qu'on me laisse seule avec une chose dont je ne peux même pas parler, que je ne peux même pas penser.
    Je ne comprends pas ce qui m'arrive. Je pleure comme je saigne et tout le monde semble trouver cela normal : "c'est le baby blues" disent-ils tous en ch'ur "cela va passer !". Comme j'aimerai échanger ma place contre celle de ce bébé qui dort, d'ailleurs mieux vaut qu'il dorme car j'ai un peu peur de ses cris et de ses pleurs !
    Je suis censée pouvoir les apaiser du seul fait que je suis sa mère, mais moi je ne sais pas comment faire, je ne l'ai jamais fait ou alors je ne m'en souviens plus : « c'est drôle avec cet enfant ce n'est pas pareil qu'avec les autres, c'est comme si j'étais devenue amnésique, me voilà aussi perdue qu'une primipare.
    Mais pour tout le monde, la "chose" semble entendue, je sais, je dois savoir...
    Et puis c'est bizarre, je ne reconnais plus les gens, c'est comme si je les voyais à travers un brouillard, ils perdent de leur réalité et je dois me pincer pour me convaincre que je ne rêve pas...
    Je suis là et pas là, et ce qui se passe dans cette chambre m'indiffèrerait presque, si ce n'est que je me sens attachée, comme enchaînée à ce berceau, condamnée à ne pas repartir sans le petit être qui dort dedans. C'est à rire ou à pleurer quand on nous parle de délivrance... Je voudrais revenir en arrière : différer cette naissance de quelques jours, pour me laisser encore un peu de temps. On a dû se tromper de date. Je ne suis pas prête. Le serais-je un jour ? Est-ce cela devenir mère ?
    On me dit : "ça y est tu es enfin devenue mère, c'est merveilleux, non ?". Mais de mère je n'en vois pas dans cette chambre, j'ai beau me regarder dans la glace, rien n'a changé si ce n'est que je me suis jamais sentie aussi "peu" dans ma vie et dans ma peau. Et pourtant cette peau, elle me fait mal en ce moment : la peau des seins, la peau du ventre. Elle s'obstine à me rappeler que mon corps a accouché d'un enfant mais elle est impuissante à donner corps à la mère que je suis devenue..."


    Les émotions du blues, leur intensité, les mots et les images qu'elles font naître, seront pour chaque femme uniques'
    Il n'y a pas de grille codifiée du baby blues, le monologue/soliloque qui précède n'est qu'une mise en mots d'éprouvés différents, regroupés en quelques lignes : à chacune son blues mais à toutes le droit d'en parler.
    Il y a un temps de remaniement normal après un tel évènement et on a coutume de le nommer baby-blues. Mais si cela évolue vers la liquéfaction intérieure, le désespoir, les pleurs permanents, il faut s'interroger et demander à être aidée.

    A la maternité il n'y a pas que votre épisiotomie, votre utérus ou votre température qui nécessitent un contrôle journalier. Maintenant que votre corps tout doucement se referme après avoir livré passage à votre enfant, les émotions affluent et il vous faudra pouvoir ouvrir la voie qui les verbalisera, leur donner de la voie, en faire la confidence... Si vous le souhaitez si vous en éprouvez confusément le besoin.
    Sans insister, sans intervenir de manière inadéquate (et donc brutalisante à votre égard), le personnel médical de par son attitude, ses gestes, ses regards et ses paroles doit vous confirmer qu'il est à même de vous entendre et de pouvoir créer ce milieu propice aux confidences maternelles.
    Il est tout aussi difficile de trouver les mots qui débloqueront ces émotions que les moments pour le faire. Profitez alors de ceux où l'on vous montrera les quelques gestes pratiques de maternage pour exprimer vos craintes.
    Bien que de plus en plus en plus formé à l'écoute de ce qui se cache derrière ces appréhensions de maternage, il arrive parfois que le personnel soignant soit débordé ou vous semble peu perméable à titre personnel à ce genre de difficulté particulière *. On vous donnera peut être en retour, le sentiment que vos plaintes sont injustifiées ou amplifiées à tort.
    Si vous sentez que la personne (sage-femme, puéricultrice, infirmière ou gynécologue ) est peu ou pas réceptive à votre malaise, demandez alors à rencontrer le psychologue attaché au service de maternité.


    Parce que pas à l'abri eux-mêmes d'éprouvés forts vis-à-vis de la maternité, parce que ne cernant pas encore suffisamment bien quel rôle puisse être le leur, en matière de prévention et d'alerte des troubles du post-partum.

    Chez vous

    Le retour à la maison est à la fois ressenti avec soulagement (les contraintes de la vie hospitalière sont souvent pesantes) et appréhension. C'est là, chez vous, que ce sentiment de solitude que vous ressentiez déjà à la maternité, risque de s'accentuer dangereusement.
    Même si la présence du papa ou des membres de votre famille vous entoure au plus près, cela va rarement jusqu'à vous permettre d'atteindre ces appréhensions qui vous étreignent le coeur lorsque vous vous retrouvez les premiers temps avec bébé dans les bras.
    La sollicitude pesante des uns ou les conseils généreux mais parfois contradictoires des autres peuvent se révéler à la longue intrusifs et "empêcheurs" de materner en rond. L'entourage devrait être présent uniquement pour vous soulager des tâches quotidiennes et pour vous soutenir moralement, non pas pour vous inonder de paroles contradictoires.
    Soyez donc vigilante au fait que le sentiment de solitude ne se mesure pas au nombre de personnes qui seront ou pas à vos côtés mais bien à la confiance que vous aurez en vos capacités maternelles et que peuvent bien sûr conforter vos proches. Leur regard, gestes ou paroles à votre égard contribueront aussi bien à étayer en vous cette maternité débutante qu'à aggraver ce sentiment de solitude et d'abandon que vous éprouvez depuis que vous êtes mère. Convoitises, rancoeurs, jalousie, concurrence de maternité se donnent souvent rendez vous au pied du berceau et mettent à mal votre fragilité de nouvelle mère, vous poussant insidieusement à démissionner et vous retirer...
    Vous ne saurez pas forcement les reconnaître sous le masque de conseils et recommandations multiples, avisées et toujours pavées de bonnes intentions, mais vous éprouverez inexplicablement dans votre chair et votre coeur leur toxicité.
    Nous avons vu plus haut qu'il y a un temps acceptable pour parler de baby blues, mais qui l'est uniquement en fonction de l'intensité et la teneur de ce que vous vivez. Passé donc un délai de trois semaines au grand maximum, tout sentiment plus ou moins douloureux, plus ou moins déconcertant et étrange qui s'installe et semble se mettre entre vous et votre enfant, doit vous inviter à consultersans tarder.

    A qui s'adresser alors ? :

    - En vous rendant au plus tôt à la consultation postnatale : de préférence avec le papa et en abordant franchement (et courageusement) ce qui ne va pas, ce qui ne correspond pas selon vous à ce que vous attendiez de cet évènement. Ne vous limitez pas à l'évocation des petites difficultés de maternage, faites part aussi de la façon dont vous les vivez. Parlez si vous le pouvez et si c'est votre cas, de la tiédeur des sentiments que vous éprouvez pour votre enfant, de votre manque d'élan à son égard ou des peurs qu'il vous inspire (peur de mal faire, peur de lui faire du mal, peur de ses pleurs...). Signalez également à la sage-femme qui vous recevra, tous les troubles de santé de votre bébé (qui peuvent être également signe d'une défaillance maternelle somatisée : régurgitations, pleurs, sommeil perturbé).

    - Prenez au plus vite un rendez-vous avec votre médecin en lui expliquant auparavant de manière très brève, ce qui vous amène à consulter : évitez si possible de vous rendre aux consultations libres (c'est-à-dire sans rendez-vous) où votre malaise et votre pudeur à l'évoquer ne seront pas forcément bien entendues par votre médecin, le jour où il sera fort débordé entre deux épidémies de rhume ou de gastro. Il n'est pas lui aussi à l'abri de minimiser vos propos ou de passer à côté des premiers signes de votre difficulté. Et de vous laisser repartir avec en guise de prise en charge : quelques fortifiants, vitamines et encouragements. Il serait préférable d'obtenir une consultation à domicile où à travers votre quotidien, votre médecin sera plus à même de juger de la nature réelle de votre malaise : une maison en désordre, une mise négligée, un bébé laissé dans le transat ou dans sa chambre pendant le temps de la consultation... Tous ses signes plaideront en votre faveur, bien mieux parfois que les mots que vous tenterez de trouver pour justifier votre appel. Enfin nous espérons que votre médecin y sera attentif...

    -Faites appel au service de PMI de votre ville ou de votre quartier ou à la puéricultrice qui y est attachée : peu de temps après votre accouchement, vous recevrez par courrier une invitation de sa part à venir vous rendre visite. Profitez donc de cette possibilité, cette démarche postnatale n'ayant aucun caractère de surveillance. Il ne s'agit pas pour elle, de repérer la mauvaise mère que vous pourriez être, ou de juger la façon dont vous entendez materner votre enfant, simplement de vous rencontrer et de voir avec vous, aussi bien ce qui va que ce qui ne va pas. La formation des puéricultrices, leur expérience professionnelle les amènent (dans l'ensemble) à se préoccuper particulièrement de la manière dont vous vivez votre post-partum. La difficulté maternelle n'est pas un mot qu'elles ignorent, une réalité dont elles se protègent dans le cadre de leur travail.

    - Voir un psychiatre, psychanalyste ou psychologue ? On les consulte rarement directement et sans réticence. Si vous bénéficiez déjà d'un suivi prénatal, nous vous invitons à le reprendre au plus tôt, vos consultations auront là un objectif précis, savoir ce qui se cache derrière votre malaise. Que cette démarche vous soit conseillée par votre médecin, votre puéricultrice ou encore par un proche, assurez-vous que la thérapie proposée ne se réduit pas à la simple prise en charge d'une dépression. Le suivi que l'on vous proposera ne doit pas évacuer la spécificité et la singularité de vos souffrances maternelles mais passer par l'écoute* de vos difficultés plutôt que par le diagnostic et la confirmation d'une dépression ou d?une psychose. Le diagnostic ne doit pas se limiter aux symptômes ou être défini par la médicamentation administrée.

    * écouter dans le sens de rendre la parole possible.
    Comment s'y retrouver entre ces spécialités psy ?

    (Extraits du livre de Catherine Garnier-Petit : "Mal de mère, mal d'enfant". aux éditions Albin Michel)
    • Psychiatre : Docteur en médecine qui a choisi de se spécialiser en psychiatrie. Il connaît la nomenclature des maladies mentales et les médicaments psychotropes. Il est habilité à faire des ordonnances et à signer de feuilles de Sécurité Sociale. On le consulte pour des maladies mentales graves (psychoses), mais aussi moins graves comme la dépression. Il soigne essentiellement par médicaments traitant les symptômes, mais certains pratiquent aussi la psychothérapie.
    • Psychologue :titulaire d'un D E S S de psychologie, il peut faire des expériences en laboratoire (psychologie expérimentale) ou faire passer des tests. S'il est psychologue clinicien, il possède un DESS de psychologie clinique et pathologique qui comprend l'étude de la neurophysiologie du cerveau, des maladies mentales et des médicaments psychotropes. Mais il ne peut les prescrire ni signer des feuilles de maladie. Le clinicien soigne par la parole qu'il écoute et interprète.
    • Psychanalyste : il peut être aussi médecin ou psychologue clinicien, mais pas forcément. Il a étudié la théorie de Freud, la psychanalyse qui stipule l'existence d'un inconscient. Il a obligatoirement suivi lui-même une psychanalyse personnelle. Il soigne par la parole, celle du patient qui parle librement en associant ses idées. La parole du psychanalyste consiste à interpréter les manifestations de l'inconscient du patient à travers ses rêves, ses actes manquées et sa relation au psychanalyste.

    On peut également faire appel à un psychothérapeute, lequel n'est pas non plus médecin mais a suivi une psychothérapie personnelle et est formé à l'écoute de la souffrance psychique.

    - S'adresser à une unité mère-enfant [* rubrique spéciale] : rares en France, ayant trop peu de lits à offrir en cas de nécessité d'hospitalisation (en tout une soixantaine), ces unités spécifiques qui assurent aussi des suivis à la journée (hospitalisation de jour ou entretien sur rendez vous) sont les lieux qui nous semble les plus appropriés pour le soin et l'écoute de la difficulté maternelle...

    Quel que soit le moyen que vous choisirez, préfèrerez ou aurez à votre disposition (éventualité hélas la plus probable) nous vous invitons à consulter au plus vite : dès le premier mois !
    N'attendez pas que votre difficulté soit caractérisée par un état dépressif ou qu'elle se répercute d'une manière ou d'une autre sur votre bébé !
    Ne repoussez pas chaque jour votre prise en charge, dans l'espoir de jours meilleurs ou parce que vous vous accrochez à quelques instants de plaisir.
    N'écoutez pas ceux qui vous invitent à la patience (donc au silence) ou qui cherchent à vous rassurez avec leurs souvenirs personnels, leurs histoires de mère courage qui ont fini par triompher de leurs problèmes avec le temps (et dans la solitude).
    Méfiez-vous de ceux qui veulent apaiser vos angoisses dès que vous ouvrez la bouche. C'est avant tout leur propre angoisse réactivée par ce que vous tentez de dire qu'ils cherchent à étouffer.
    Maintenez à l'écart ceux qui vous rappellent à chaque instant de doutes que vous êtes une bonne mère, car comme le fait remarquer Michèle Benhaim dans "La folie des mères" : "...à l'inverse, en cherchant à convaincre «vous êtes une bonne mère» on veut persuader la mère qu'elle est ce qu'elle voudrait avoir aussi le droit de ne pas être."

    Tout en faisant confiance à vos éprouvés -ne laissez à personne l'opportunité d'avoir raison de vos émotions et impressions- demeurez néanmoins réceptive à l'inquiétude que vous pourriez susciter chez vos proches.


    "On peut certes économiser la préservation de « l'espèce mère » et continuer la catastrophe écologique d'un originaire aux abonnés absents, on dépensera beaucoup plus d'argent ultérieurement pour tenter de réparer ce ratage humain. Et combien de ratages humains ont fabriqué le totalitarisme ? En termes économiques, la préservation de «l'espèce mère» est ce que l'on peut appeler un investissement rentable !..."Madeleine Rey- Pédiatre (cahier de Maternologie numéro 11).

    A titre d'information

    Et seulement d'information
    Il est difficile de trier chaque jour ce qui nous tire vers le haut et ce qui nous replonge inexplicablement vers le bas, difficile de mettre des mots sur ce que l'on ressent et difficile de savoir s'il convient de consulter. On se sent comme aspirée dans un maelström d'émotions, de sensations et de pensées floues et déconcertantes.
    La peur de devenir folle ou d'être dans l'exagération et la sensation d'avancer depuis quelques temps dans un épais brouillard, nous empêche d'apprécier l'étendue de notre difficulté et retarde d'autant plus notre demande de prise en charge.

    C'est pourquoi nous mettons à votre disposition ce questionnaire élaboré par JL. Cox : "L'EPDS : l'Inventaire de dépression postnatale d'Edimbourg"
    (Utilisé parmi d'autres outils dans le diagnostic de la dépression du post-partum).
    Bien entendu, ce questionnaire n'est là que pour vous aider à faire le point sur ce que vous pouvez ressentir. Il n'est pas question ici de "s'auto-diagnostiquer" une difficulté maternelle caractérisée ou une dépression du post-partum.

    Les réponses sont à donner en fonction de l'impression dominante des 7 derniers jours. Pendant la semaine qui vient de s'écouler :
    1. J'ai pu rire et prendre les choses du bon côté
      • pas du tout
      • vraiment beaucoup moins que d'habitude
      • moins que d'habitude
      • autant que d'habitude
    2. Je me suis sentie joyeuse en pensant à l'avenir
      • pas du tout
      • vraiment beaucoup moins que d'habitude
      • moins que d'habitude
      • autant que d'habitude
    3. Je me suis dit, sans raison objective, que j'étais responsable si les choses allaient mal
      • oui, très souvent
      • oui, de temps à autres
      • pas souvent
      • non, jamais
    4. Je me suis sentie anxieuse ou inquiète sans motif précis
      • oui, très souvent
      • oui, souvent
      • pas souvent
      • non, jamais
    5. Je me suis sentie effrayée ou paniquée sans raison réelle
      • oui, très souvent
      • oui, de temps à autres
      • pas souvent
      • non, jamais
    6. Je me suis sentie dépassée par les évènements
      • oui, très souvent je me sentais incapable de faire face
      • oui, de temps à autres, je me sentais plus facilement dépassée que d'habitude
      • pas souvent, je fais face la plupart du temps
      • non, jamais, je me sentais aussi efficace que d'habitude
    7. Je me suis sentie si malheureuse que j'ai eu des problèmes de sommeil
      • oui, très souvent
      • oui, plusieurs fois
      • pas souvent
      • non, pas du tout
    8. Je me suis sentie triste et malheureuse
      • oui, la plupart du temps
      • oui, de temps à autres
      • pas souvent
      • non, jamais
    9. Je me suis sentie tellement malheureuse que j'ai pleuré
      • oui, la plupart du temps
      • oui, de temps à autres
      • pas souvent
      • non, jamais
    10. Il m'est arrivé de penser à me faire du mal
      • oui, très souvent
      • oui, plusieurs fois
      • rarement
      • non, pas du tout
    Les réponses se cotent de 3 à 0 de haut en bas ; par exemple pour la question 1 :
    • J'ai pu rire et prendre les choses du bon côté
      • pas du tout : 3
      • vraiment beaucoup moins que d'habitude : 2
      • moins que d'habitude : 1
      • autant que d'habitude : 0

    On fait le total de tous les points. Au-dessus de 13, on peut estimer que la maman est déprimée, et la dépression est d'autant plus importante que la note est élevée.

    (Traduction de N. Guedeney et N. Glangeaud)
    Cette étude a été publiée en 1995.

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