Maman Blues a 10 ans !

Comment imaginer que la maternité, ça pouvait aussi être ça ? (Crapouilloute)

"Je n'aurais jamais dû croire que je pouvais y arriver", "je n'aurais jamais dû avoir d'enfant", "je ne la regrette pas elle, je l'aime, mais je n'étais pas faite pour être mère"... 8 mois de grossesse, 1 mois d'avance, 14h de travail, 30 minutes dans nos bras... Transferts séparés vers un autre hôpital, elle en réa, moi en maternité...

La grossesse n'a pas été simple, échographies pas toujours rassurantes, du mal à intégrer ma grossesse alors que futures mamies et future tatas achetaient déjà peluches et pyjamas... Je leur "gâchais" le plaisir de la venue de ce petit être, alors que moi, terrorisée, angoissée, je n'étais déjà plus réellement entendue...

 

Je voulais vivre les choses à ma façon, nous avions décidé de vivre l'accouchement nous 2. Personne dans la famille n'a compris.

Séparée de l'enfant qui venait sortir de mon ventre, en chambre dans le service de maternité, sans elle, entourée des bébés des autres, elle en réa, moi pleine [couverte?] de mon sang. Va-t-elle vivre ? Qu'a-t-elle ? Ma famille s'est retournée contre moi, assassine, égoïste. Je vivais le jour le plus horrible de ma vie.

 

Je suis restée 48h, pleine de mon sang collé sur moi, pleine de douleurs de l'épisiotomie, épuisée par les heures de travail, incapable de me lever faire une toilette et certainement pas d'accéder aux douches communes à 15 mètres. J'avais touché le fond, le fond de mes entrailles... Je n'imaginais pas à quel point c'était profond...

Au bout de 8 jours, nous sommes rentrés à la maison, comme s'il ne s'était rien passé. Et là, j'ai compris que le fond, si noir qu'il avait été, cachait en fait un abîme. Abîme de détresse et de solitude. Coliques, vomissements, régurgitations, pleurs, cris, nuits courtes et entrecoupées, rots coincés, nombreux changements de lait qui ont empiré les choses, moi étiquetée "mère dépressive" rien qu'à ma tête on ne m'écoutait pas quand je parlais de son reflux, des mois d'errance médicale, manque d'attention, d'écoute, de prise en compte... Perte totale de confiance en moi... Epuisement physique, psychique... Je n'avais plus rien à donner et pourtant il fallait bien tenir le rythme des biberons, jours après jours, avec papa au boulot absent 95% du temps... Pleurs du soir, pleurs la nuit...


"Les bébés sont des éponges", " ta fille ressent tout". Discours culpabilisants, conseils de tout le monde, mais personne ne veut voir, personne ne peut/veut croire, voir, que la maternité ça peut aussi être ça. J'ai souhaité mourir, tant de fois, j'ai souhaité juste disparaitre, qu'on m'oublie, disparaître de leurs existences, mais la culpabilité a été plus forte. J'étais déjà une mauvaise mère à 99%, c'était le 1% qu'il restait. Je suis donc restée en vie, prisonnière de cette vie et malheureuse, seule et en dépression.
J'ai commencé à me sentir à peine mieux aux 3 mois de ma fille, avec la diminution des coliques. J'ai commencé à pleurer un peu moins vers ses 1 an, quand le reflux a diminué. J'ai commencé à me sentir mère, SA mère, au bout de tant de temps...


Ma fille a 3 ans et quand j'entends "maman", j'ai encore parfois un doute sur le fait que cette petite fille, souriante, qui croque la vie à pleines dents, belle et enjouée, s'adresse à moi, que ce soit vraiment MON enfant "moi, une mère ? Tsss vous voulez rire !!" Je ne me sens pas mère, au fond de moi, pourtant je fais tout comme. J'ai souvent eu l'impression de jouer un rôle et même maintenant, ça continue. Je l'aime tellement mais c'est un fardeau que d'être mère. J'ai fini par en déduire que je n'étais pas faite pour ça. Mais comment le savoir avant ? Comment imaginer que la maternité, ça pouvait aussi être ça ?
Je me suis longtemps sentie comme morte à l'intérieur. Je crois l'être réellement. Une part de moi est morte et j'ai agi comme un robot. Et un robot n'a pas de sentiments, il agit, fait ce qu'il faut selon un programme défini, et c'est tout. J'ai mis du temps à m'attacher à elle, beaucoup de temps...


Non, non, être mère ce n'est pas forcément voir la vie en rose, et rêver d'en avoir 10 autres à la suite. NON ce n'est pas ça. Je suis tellement en colère, contre moi, contre le corps médical qui n'a pas le temps d'écouter, contre les gens qui préfèrent ne pas voir et comprendre. Je suis tellement en COLERE par le manque d'information à ce sujet. Si j'avais su... Si j'avais été moins seule... Si on avait pris le temps d'essayer de me comprendre, m'écouter... Je suis allée de moi-même voir une psychologue, mais il aurait fallu que j'y emmène ma famille avec moi pour qu'ils entrevoient ce que j'étais en train de vivre et qu'ils comprennent !


Et maintenant qu'elle va rentrer à l'école, que c'est devenu une grande fille, que ce n'est plus un bébé... mon bébé... c'est trop tard. J'ai perdu tout ce temps et pourtant j'ai maudit chacune des secondes qui ont fait les premiers mois de sa vie parce qu'elles ne défilaient pas assez vite, qu'elles ne m'emmenaient pas assez vite vers des jours meilleurs. Maintenant c'est trop tard. Je ne sais ce qui m'a amenée à vivre les choses de cette manière, mais j'ai le sentiment, maintenant, d'avoir été volée, de moments, de sentiments, de souvenirs. Elle a 3 ans et c'est fini. Jamais, jamais je ne pourrai rattraper ce temps perdu, effacer ce que je lui ai fait ressentir, lui permettre d'avoir une "vraie" maman... Je venais tout juste de retrouver mon "bébé" et maintenant, je l'ai perdue...
Malgré une sensation de perte irréparable, la vie continue de nous offrir une chance de consolider notre lien.

 

Crapouilloute

Elsa Grangier, chroniqueuse aux Maternelles sur France 5, marraine de Maman Blues

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