Maman Blues a 10 ans !

De Naître... Petit Etre... (Cécile)

Je ne vais pas parler ici de chiffres, de semaines d'aménorrhée, de tentatives à répétitions, de curetage, ni de gynécologue, de pilule, de petit ange. J'avais commencé à lire des témoignages de femmes, qui auraient elles aussi vécu ce que j'ai découvert, et traversé... Je ne comprends pas.

Ce dont j'ai envie de parler ce soir, s'est déroulé un peu cette nuit, puis ce petit matin où j'ai tenu ce petit être dans mes mains, pendant un temps qui me semble infini encore ; j'AURAIS VOULUT LE PEINDRE ; J'EN AI Rêvé ENSUITE ; Un visage qui m'a fait plonger dans le sommeil, aquarelle mouvante, presque en léthargie, de grands yeux ouvert, et l'océan. Je lui ai dit alors  « j'espère que tu iras loin petit être, le plus loin possible, au-delà de tout, que tu embrassera ainsi d'autres mondes. Bon voyage petit être ».
Ton arrivée fut glacée. Je n'ai pas pu te prendre tout de suite dans ma main, tu étais si fragile petit être. J'ai voulu tout garder, pour que tu connaisses la chaleur de la terre. J'attends de t'y déposer alors, dans quelques jours, un retour aux sources, auprès de l'arbre de mes pères, une terre qui nous appartient... Faire cela, cette cérémonie, et te recouvrir d'eau, cet élément qui me manque, où j'aurais voulu perdre encore mon regard, à l'infini, comme lorsque je t'ai regarder longuement, dans ma main.

Tout était là, j'ai découvert les membranes successives, innombrables. J'en ai goûté un peu de chair. J'ai cru tout d'abord que tu étais là, sanglant, au milieu de ce capharnaüm rouge. Puis là, sous mes yeux tu étais, sur cette faïence froide et blanche. Les couleurs étaient si vives au milieu de cette nuit. Je crois qu'un peu de cordon te scindait le cou. Tu n'étais pas plus gros qu'une petite fève, parfait, vie naissante de tes mains, tes pieds et ce grand œil noir rond à peine esquissé. Tout autour de toi, une enveloppe transparente, vive, presque phosphorescente. Je crois que j'aurais voulu te manger, que tu reviennes en moi, désespérément. Pourquoi étais tu là, ainsi, pourquoi l'histoire s'arrétait-elle ? Tu étais parfait.

Je me suis dis qu'il fallait que je te recueille. Vite, je suis descendu, j'ai imaginé ton réceptacle, puis celui de tes enveloppes, je voulais tout garder. Je me suis enrager à polir un pot en verre, lui arracher toute trace et la faire la plus transparente possible. Puis un bout d'écorce d'orange dont j'ai voulu tapisser le fond, je ne sais pas pourquoi, puis je l'ai retirer pour manger le lendemain seulement, l'orange. Puis j'y ai déposé quelques membranes, puis petit être. Avant cela, j'ai retiré ce petit bout de cordon je crois, autour du cou de petit être, puis avec une cuillère, je l'ai déposé sur ma main.

Te regarder encore.

Ce n'est que le sang qui commençait à me coller tout le corps qui m'a réveillé de cette fascination, noyée de larmes. Je me suis alors levée, j'ai voulu montré petit être à mon homme, endormit et soue de travail. Je n'attendais rien de lui en fait, je sais qu'il m'a regardé, avec ses yeux tendres d'homme amoureux, infiniment triste aussi. Je ne crois pas qu'une seule parole n'ait été dite. Je ne me souviens pas. Puis je suis reparti, j'ai déposé petit être dans son réceptacle de verre. J'ai crut alors que tout étais fini, pris une douche, nettoyé tout, pour ne laisser aucune trace dans une maison qui ne m'appartenait pas, entourée de gens tous fort occupés à réaliser un autre monde que celui dans lequel j'étais. Et c'était, j'étais bien ainsi. Seule, entourée de gens endormis alors. Il était entre 7H30 et 8H du matin. Je suis retournée me coucher, après avoir demandé de l'aide à Marie, déléguer le travail que je devais accomplir cette même journée. En le faisant, j'ai bien failli m'évanouir. Je ne m'étais pas rendu compte alors de l'immense fatigue qui me submergea d'un coup. J'ai demandé à Marie de quoi manger, de quoi boire. Le monde autour de moi se réveillait peu à peu, je ne voulais croiser aucun regard. Tout était fini. La tristesse commençait, en vague profonde à monter désespérément.
Lorsque la maison fut vide, avec seule Marie autour de moi, je me suis levée. Je perdais encore beaucoup de sang je crois. J'ai alors réalisé que le placenta était là, enfin. Je l'ai pris dans ma main. Etrange sensation, car il ressemble à un cœur. Aussi ferme, une forme ronde, avec des artères, clairement défini, et l'emplacement intact au centre, de petit être. Je me demande à quoi peuvent servir toutes ses membranes que j'avais prises alors pour lui... Je me suis demandée si elles n'avais pas étouffées ce nid. Je ne sais pas. Tout était intacte encore une fois.
Puis une fatigue gigantesque encore, des larmes, et tous les regrets de cette absence. Une heure ou deux, j'ai eu peur de devoir encore traverser ce qui m'avais alors terrassé pour la naissance de mes deux enfants : les tranchées. Je me suis dis que cette fois, aucune bouche, aucun lait n'allait m'aider à refermer ce ventre. J'ai pris un café, qui m'a électrisé tout le corps. Et j'ai décidé de fumer à nouveau, ce dont j'avais besoin. Je me foutais de tout.

Ce qui m'a incroyablement surprise, furent les contractions. Je retrouvais ces sensations de danses envoûtantes, de rythmes lentement qui monte et vous font plonger dans un vaste monde : celui des terres noires. Mais s'abandonner alors ? A quoi, pour qui ? Ce fut une lutte, pleine de raisonnement, à rejouer de petites scènes que j'ai si souvent imaginé, et à en être totalement étrangère. J'aurais voulu agripper une pierre, une boule, que j'aurais pétri de mes mains. Prendre celle de mon homme, sans qu'il me regarde. J'étais sur mon territoire. Je n'avais pas peur il est vrai.
J'ai fini par demander, lorsque l'aide de mon homme vint, quelque chose contre la douleur, n'importe quoi, des efféralgants. J'aurais, je crois avalé la boite pour en finir. Puis je me suis couchée à ses coté. J'ai fini par somnoler un peu, laissant aller. Je devais abandonner la lutte...
Puis comme une poche qui se perse, les mains à tout retenir, et me retrouver là, dans cette vaste salle de bain.

Puis te voir.

Voyage du retour, à travers la nuit, à remettre en place l'avenir sans toi, et qui ne fait plus vraiment sens, le faire, ce travail, cette organisation qui avait sens par ta venue, qui n'est plus aujourd'hui.

De quelle forme pourrait être ce rêve, de quelle forme pourrait être cette terre ainsi créée de mes mains. Je me suis dit que je devais faire quelque chose de cela, en terre donc. Laisser l'imaginaire flotter, ne pas y mettre seulement que des mots, en former quelque chose, malgré tout, et vivre cette solitude, ce temps entre parenthèse, qui me lie encore à toi, au cœur, que je veux silence. Te donner quelque chose à toi seul, la garder auprès de moi peut-être. Bien plus qu'une figure de manuel de biologie, tant de fois regardé, observé comme mystérieuse. Je t'ai tenu dans ma main petit être, nous avons fait ce voyage malgré tout.

On dit que certaines vies préparent celle des autres... J'avais fait un rêve : celui d'un enfant tombé sur la tête, devant moi, son père ne savait que faire. Je lui ai pausé quelques questions, afin de le rassurer je crois, et dans cette relation, un étrange sentiment de séduction s'est noué, que j'ai voulu m'interdire je crois d'approcher. J'essayais d'aider, sans user de ce pouvoir de l'expérience, même s'il me donnait un avantage, ici, celui de le séduire. Etrange.
Je n'avais pas prêté attention à ce rêve. Pas celui là.

Mal-formation chromosomique, expliquant le rejet, du corps de la mère, qui provoquerait ainsi la fin ...

Dieu, je n'ai lu aucun signe. Comme si une fois encore, je n'avais rien appris, rien lu. Je l'attendais ce petit, comme une terre de refuge à retrouver ce temps de mère, lent et décalé, où l'on donne et reçoit sans limite, coupé du monde. Un temps entre parenthèse qu'il m'aurait tellement plu de retrouver.
Tu vois petit être, nous t'attendions. Pour la première fois, l'avenir un peu était callé, et tout se synchronisait bien avec ta venue. Nous avions je crois tout organisé.

J'ai voulu comprendre pourquoi, j'ai cru que des gens me répondraient... que des analyses pouvaient être faites, comprendre ce qui s'était passé. Cela ne va pas être facile en réalité. Fausse couche, l'histoire est banale... Il va falloir chercher ailleurs donc. En moi, en nous peut-être, en ce qui nous fond, mon homme et moi. J'ai peur d'aller trop loin, de tout faire éclater afin de trouver mes réponses, dans un grand fracas, un grand chamboulement comme j'aime m'y jeter parfois.
Pour faire quoi ? Pourquoi faire ?

Je repense au témoignage de cette maman, où elle dit « J'ai mis une année de ma vie entre parenthèse, tu sais. Une année à me regarder vivre, comme extérieur à moi-même, une année à faire la marionnette, sans âme... » Une année, pour un enfant qu'elle a réussi à tenir dans ses bras, et recueillir ainsi, les derniers souffles de vie. Toi petit être, combien de temps m'habiteras tu ? Faut t'il quantifier sa peine au nombre de jour de vie de cet enfant ? Premier signe du processus, au jour anniversaire de ta conception : le 27 février, deux moi de toi, et 11 jours nous séparaient ton père et moi de te voir, première écho, annonce officiel si difficilement silencieuse, après une autre vie, au moi de novembre, disparu aussi, presque en imaginaire, la venue de mes règles simplement effaçant ce mystère. Ce ne fut pas rien, ce fut aussi un désert, à re-parcourir un chemin de joie, les yeux ici, plein de larmes, à se demander à qui était la faute, et laisser passer cette vie, que je voulais à tout pris retenir, et ne pas faire naître.

Quel chemin dois-je reparcourir ?

L'attente pour te déposer enfin petit être va être longue je le sais. Partir dans la nuit à nouveau, tu m'auras suivi dans bien des voyage tu vois.

Petit être, je te souhaites de partir loin, aussi loin que tu le peux, d'ouvrir et voir des mondes qui nous sont inconnus, infinis, comme lorsque je t'ai vu.

Cécile

 

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