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Trouble panique / angoisses +++ pendant la grossesse : on peut s'en sortir !

Posté : 28 janv. 2019, 19:20
par Yggdrasil
Bonjour à toutes

Je viens ici car j’avais besoin de témoigner de ma grossesse. En effet, quand j’étais enceinte, une des choses qui m’ont sauvée a été de lire des témoignages de femmes rencontrant à peu près les mêmes difficultés que moi et je m’étais juré que si je m’en sortais, je témoignerais à mon tour pour éventuellement aider de futures mamans. Le fait de savoir que l’on n’est pas seule, que d’autres ont vécu ou vivent la même chose m’a énormément aidée et j’espère que ça pourra vous aider si vous vivez de très grosses crises d’angoisses ou des troubles panique. Parce qu’après l’ouragan, j’ai essayé de me renseigner sur ce que j’avais eu et ce qui s’en rapproche le plus est le trouble panique, même si aucun diagnostique n’a jamais été posé sur ce qui m’est arrivé.

J’ai eu une grossesse absolument idyllique jusqu’à mon sixième mois de grossesse. Tout a commencé à dégénérer pendant ce 6ème mois. C’est venu du jour au lendemain, des angoisses sans fin. Je dois ici préciser que je n’avais jamais fait de crise d’angoisse de ma vie avant et que je dors comme une pierre depuis toujours. Mais là, je me réveillais vers 2h, 3h du matin avec le corps entier qui me brûlait, ça me faisait comme de l’électricité dans tout le corps et j’étais terrorisée. Et ça durait toute la journée jusqu’à environ 20h. Vers 20h donc mon corps ne me brûlait plus mais j’étais encore sous le choc de ces angoisses atroces et je mettais bien 2h à m’en remettre à peu près et à m’endormir, épuisée, vers 22h. Tout ça pour me réveiller vers 2h et rebelotte. J’étais tellement mal que je me griffais, je pleurais, je voulais sauter par la fenêtre pour que ça s’arrête. C’est mon bébé qui m’a sauvée parce que j’étais responsable de sa vie et que donc il était hors de question que je saute. Pendant mes quelques petites heures de tranquillité, j’angoissais en sachant que j’allais retomber dans ma torpeur. Oui quand je n’angoissais pas, j’angoissais à l’idée d’angoisser. Ça peut prêter à sourire avec le recul mais c’était vraiment atroce à vivre. Le soir, pour trouver le sommeil, j’avais trouvé une petite vidéo dont je mets le lien en fin d’article, c’est elle qui me permettait mes 4 pauvres heures de sommeil (mais c’était mieux que rien).
Quand les angoisses ont commencé, j’étais en vacances. Au bout de 15 jours de ces angoisses juste invivables j’ai repris le travail. Mon travail me sauvait. Quand je travaillais j’arrivais à gérer ces angoisses, ce qui fait que je n’étais plus en crise 18h sur 24h mais un peu moins. J’essayais de rester le plus tard possible au travail car je savais qu’une fois rentrée chez moi ça allait reprendre. Mais à 18h il fallait bien que je parte, il n’y avait plus personne de toutes façons. Et j’appréhendais le week-end et le mercredi (où je ne travaille pas). J’appréhendais aussi beaucoup le moment de mon congé maternité.

J’ai commencé la sophrologie mais je me suis vite rendu compte que c’était peine perdue, j’étais trop « loin ». J’ai quand même essayé pendant 7 séances je crois, ma sophrologue était vraiment formidable, une femme vraiment exceptionnelle qui a tout fait pour moi, et je ne saurais jamais assez la remercier d’avoir tant essayé même si ça n’a servi à rien.
Mon chéri a pris rendez-vous pour moi chez un psychiatre qui lui avait été chaudement recommandé et désigné comme un spécialiste des enfants et femmes enceintes. Ça a été la catastrophe, il a bien failli me tuer. Je crois qu’il s’était mis en tête de me soigner, qui sait j’étais peut-être un défi pour lui, et il a mis beaucoup de temps à constater son incompétence me concernant (ATTENTION je parle bien d’incompétence ME concernant, ce praticien est certainement par ailleurs très compétent, mais mon cas le dépassait de toute évidence). A chaque fin de séance je me rassurais en me disant que c’était la dernière fois que je le voyais et à chaque fois mon chéri me suppliait d’y retourner en me disant que ça allait marcher et j’y retournais pour lui.
Ce qu’il faut comprendre c’est que je n’étais plus moi-même, en fait je n’existais plus. J’avais l’impression qu’il y avait cette angoisse, cette terreur énorme qui prenait toute la place et que quelque part, tout au fond, il y avait moi, terrée, incapable de sortir, mais je savais que j’existais encore. Mais du coup je n’arrivais pas à dire à ce psy à quel point ce qu’il me disait était complètement à côté de la plaque. Je ne savais qu’acquiescer et prier pour être ailleurs. N’importe où j’étais, je voulais être ailleurs (sauf quand j’étais au travail donc) car j’espérais qu’ailleurs était mieux. Mais ailleurs n’était jamais mieux.
Un jour, malgré mes supplications, il m’a arrêtée. Il disait qu’il fallait que je me confronte à mes craintes. J’ai donc arrêté le travail et je me suis retrouvée au centième sous-sol en deux jours. Je suis allée voir en urgence un autre médecin qui m’a fait reprendre le travail et j’ai pu doucement remonter la pente.
Ce psy n’arrêtait pas de me demander de quoi j’avais peur. Sauf que clairement je ne savais pas de quoi j’avais peur. En fait je n’avais peur de rien. J’avais une terreur atroce qui me broyait complètement mais je ne sais pas par quoi j’étais terrorisée. Alors ce psy a décidé que j’étais terrorisée par l’idée d’accoucher. Il voulait absolument prévoir une césarienne. Heureusement la toute petite part de moi qui subsistait encore a réussi à dire non. A plusieurs reprises. A chaque fois qu’il me l’a proposé ou tenté de me l’imposer.
Il me parlait de trucs complètement à côté de la plaque, se souciait de la vie sexuelle de mon mari quand j’étais en train de crever en face de lui, me disait que je n’étais pas normale parce que je n’avais pas de douleurs pendant mes règles alors que toutes les femmes doivent avoir mal à ce moment du mois.
Enfin, lors d’une énième séance où cette fois mon chéri était convié, j’ai pu être libérée de ce psy. J’étais comme d’habitude très mal et je suppliais le psy de me donner des médicaments. Lui, pendant 30 minutes (les séances duraient 30 minutes et coûtaient 150 euros, qu’il avait « généreusement » baissé à 130 car je n’avais clairement pas les moyens) nous a parlé de la naissance de notre fils, comment il allait naître, qu’il serait sans doute un peu bleu et couvert de vernix. J’avais beau lui dire que je savais déjà tout ça, que j’avais lu des livres, vu une sage-femme, qu’il ne m’apprenait rien, il continuait. J’avais envie de lui crier qu’au point où j’en étais, il pouvait bien sortir violet à pois verts avec 10 bras, du moment qu’il sortait moi ça m’allait. Mais je ne pouvais que répéter inlassablement « ça ne va pas il me faut des médicaments je sombre ». A la fin des 30 minutes, le psy nous dit que la séance est terminée. Mon chéri s’étonne : « mais vous n’avez rien fait pour ma femme, elle vous dit qu’elle va mal et vous nous parlez de trucs qu’on sait déjà pendant 30 minutes, vous faites quoi là concrètement pour l’aider ? »
Le psy a répondu « vous voyez bien dans quel état elle est ! Je ne peux rien faire pour elle dans cet état ! »
Enfin ! Enfin il reconnaissait son incompétence me concernant. Ça a fait du bien à tout le monde je crois. A moi car je savais que je n’aurais plus besoin d’aller le voir. A mon chéri qui allait pouvoir arrêter de se demander comment financer ce médecin trèèèèèès onéreux. Et au psy aussi je pense, il avait besoin de dire à haute voix qu’il ne pouvait rien pour moi.

J’ai dû mon salue à une unité mère enfant et son directeur, un psychiatre formidable qui avait déjà vu passer pas mal de cas comme le mien. Je me sentais moins seule. Ils m’ont même proposé de faire venir une ancienne patiente pour qu’elle témoigne que tout va bien après car j’avais peur de ne jamais guérir. J’ai refusé parce que je ne pouvais / voulais voir personne.
J’ai eu une chance incroyable d’y entrer. Surtout que les circonstances qui ont fait que j’ai pu m’y retrouver tiennent un peu du miracle. Mais voilà, je suis entrée dans cet hôpital mère enfant deux semaines avant la date normale de mon congé maternité. J’avais un peu peur de quitter mon travail mais je savais que c’était ma seule chance. Au début ça a été très dur, le temps que le psy trouve le bon médicament.
Déjà les médecins m’ont beaucoup rassurée sur la prise de ces médicaments car ça me faisait très peur pour mon bébé. Il y a eu aussi ce témoignage que j’avais lu d’une femme qui vivait la même chose que moi et qui a simplement écrit dans son témoignage concernant la prise de médicaments « on fait bien comme on peut ». Et ces mots très simples ont vraiment eu une raisonnance: oui je faisais ce que je pouvais. Et je ne pouvais pas faire autrement.
Du jour où j’ai pris un médicament juste avant de me coucher (je ne préfère pas donner de nom ici car comme chacun sait ce qui convient pour une ne convient pas forcément pour l’autre), mon corps a arrêté de me brûler, la terreur a commencé à laisser la place à des angoisses totalement gérables et j’ai commencé à aller de mieux en mieux. Ce n’était pas la super forme mais c’était gérable. Je n’avais plus envie de sauter par la fenêtre pour arrêter la terreur de me consommer (je prenais 3 médicaments différents mais c’est vraiment celui-là qui a le mieux marché). Et j’ai même vécu des moments super sympas, j’ai recommencé à sortir (expos, magasins, même boire un verre avec ma meilleure amie), j’ai recommencé à pouvoir lire un livre, même regarder un petit peu la télévision (mais vraiment très peu, je ne sais pas pourquoi les écrans étaient atroces pour moi à ce moment).
J’espérais quand même pouvoir avancer la date de l’accouchement, je voulais être déclenchée mais comme bébé allait très bien ça m’a été refusé. J’ai pris mon mal en patience, surtout que maintenant je le pouvais. Avant, chaque seconde me paraissait une éternité, j’ai même cru à un moment que j’étais morte et que j’étais en enfer (… alors que je suis athée !) à présent le temps paraissait long mais j’arrivais à gérer mes angoisses et mes petites crises qui n’avaient plus rien à voir avec le cataclysme qui avait failli m’emporter.
Une de mes grandes peurs était de ne jamais guérir, de rester angoissée pour toujours. Apparemment, toutes les femmes qui ont des angoisses pendant leur grossesse ont cette peur (enfin selon l’équipe médicale).

Et puis finalement j’ai accouché. Petit pied de nez à mon premier psy qui me disait « mais vous n’arriverez jamais à accoucher, il va falloir sortit les forceps ça va être atroce, vous êtes incapable d’accoucher, il vous faut une césarienne ! » j’ai fait un accouchement que les sage-femmes ont qualifié de scolaire. Contractions, dilatation 2 cm toutes les heures et à partir du moment où on m’a demandé de pousser, 10 à 15 minutes pour avoir ma petite merveille dans les bras. Et cerise sur le gâteau : un vrai petit poupon tout lisse et tout rose … ça c’est pour la séance de 30 minutes inutile à 130 balles me racontant mon bébé bleu et le vernix.

Les angoisses se sont totalement arrêtées à mon retour de couche. Depuis plus rien.

Aujourd’hui j’ai un fils qui me remplit de joie. Parfois je pense à avoir un autre enfant mais j’ai tellement peur de revivre ce que j’ai vécu. Seulement maintenant je ne serais plus aussi démunie que la première fois. La première fois, je ne savais pas ce qui m’arrivait, je ne savais que c’était déjà arrivé à d’autres femmes, je ne savais pas qu’il existait des solutions. Quand même un psy spécialiste des femmes enceintes ignorait ce problème, comment aurais-je pu être au courant ?

Mais s’il y a ici des femmes qui vivent la même chose que ce que j’ai vécu, sachez qu’il existe des solutions. N’attendez pas aussi longtemps que moi. Il y a des lieux, des hôpitaux spéciaux qui peuvent vous accueillir. Parlez-en très vite à votre sage-femme. Ne sombrez pas car la petite merveille qui va bientôt arriver vaut vraiment vraiment le coup !

Et la vidéo qui m’a aidée à trouver quelques heures de sommeil : https://www.youtube.com/watch?v=V06J7HhwP8s

Bon courage à toutes !

Re: Trouble panique / angoisses +++ pendant la grossesse : on peut s'en sortir !

Posté : 28 janv. 2019, 22:11
par hirondelle
Merci beaucoup Yggdrasil pour ce beau témoignage...
Merci de la confiance que tu nous portes pour venir ici déposer ton expérience.
C'est très important pour donner espoir aux mamans dans la tourmente, quant tout semble perdu, impossible.
Oui il y a de belles personnes à rencontrer... Se reconstruire est vraiment une histoire de rencontres.
Je suis bien d'accord que le professionnel non sensibilisé à la difficulté maternelle peut être destructeur. Quand le courant ne passe pas, inutile de s'acharner à continuer. C'est une perte de temps et d'argent...150 euros la consultation quand on est incompétent c'est abuser... comment profiter de personnes vulnérables... Une honte! Un vrai professionnel qui voit qu'il ne peut rien proposer d'efficace, devrait orienter vers un lieu spécialisé quand la personne en face est très mal.
Oui il faut une médication quand la personne va trop mal. Un bon professionnel sensibilisé aux bouleversements psychique de la maternité devrait savoir qu'il existe une médication compatible avec la grossesse et l'allaitement... Malheureusement cette réticence et cette croyance ont la dent dure.
Ne pas traiter une maman qui va mal, c'est prendre des risques pour elle mais aussi pour le lien mère enfant à venir... Avoir une béquille médicamenteuse, c'est donner un meilleur départ à ce bébé à venir.
La santé mentale périnatale a fait l'objet de nombreuses recherches. Les UMB connaissent très bien tous ces tenants et aboutissants mais en dehors de ces lieux c'est compliqué... Dans ma région, c'est un vrai désert en santé mentale...
Il est très important que tu viennes en témoigner...
N'hésite pas à venir échanger avec les mamans si tu en as l'occasion...
Au plaisir de te relire :coeur:

Re: Trouble panique / angoisses +++ pendant la grossesse : on peut s'en sortir !

Posté : 29 janv. 2019, 10:15
par Yggdrasil
Merci hirondelle

Oui c'est sûr que ce psychiatre a bien profité, mais je pense qu'il doit être bon dans son domaine, juste pas pour moi.
Je me souviens quand je lui ai dit que je ne pouvais plus vraiment venir parce que financièrement c'était impossible, il m'a fait culpabiliser en me disant que je mettais un prix sur la vie de mon fils et que je n'avais qu'à emprunter de l'argent.

Quand je pense que le psychiatre qui m'a sortie de là était entièrement remboursé par la sécu, conventionné secteur I et que la psychiatre qui m'a suivie après ma grossesse pour l'arrêt des médicaments (enfin la reprise - puisque j'avais arrêté trop brutalement- puis l'arrêt) était secteur II et comprenant mes difficultés financières avait baissé à 39 euros soit la base de remboursement de la sécu ... heureusement qu'on croise aussi les bonnes personnes :)

Re: Trouble panique / angoisses +++ pendant la grossesse : on peut s'en sortir !

Posté : 29 janv. 2019, 11:41
par hirondelle
c'est ça!
Yggdrasil a écrit :
29 janv. 2019, 10:15
il m'a fait culpabiliser en me disant que je mettais un prix sur la vie de mon fils et que je n'avais qu'à emprunter de l'argent.
Pas très déontologique....ça mériterait un signalement au conseil de l'ordre.... Ce n'est pas un propos à tenir devant quelqu'un qui va mal. :rougefaché:

Re: Trouble panique / angoisses +++ pendant la grossesse : on peut s'en sortir !

Posté : 29 janv. 2019, 12:30
par Lisette
On a le droit de vociférer des insultes parce que, là c'est clairement de l'incompétence!!! Un psychiatre qui se revendique spécialisé périnatalité, qui est hors de prix et qui ne sait pas prendre en charge les difficultés maternelles, c'est révoltant.

Merci pour ton témoignage qui donne de l'espoir à toutes celles qui sont dans le brouillard

Re: Trouble panique / angoisses +++ pendant la grossesse : on peut s'en sortir !

Posté : 02 févr. 2019, 11:50
par guérir
Yggdrasil a écrit :
28 janv. 2019, 19:20
Bonjour à toutes

Je viens ici car j’avais besoin de témoigner de ma grossesse. En effet, quand j’étais enceinte, une des choses qui m’ont sauvée a été de lire des témoignages de femmes rencontrant à peu près les mêmes difficultés que moi et je m’étais juré que si je m’en sortais, je témoignerais à mon tour pour éventuellement aider de futures mamans. Le fait de savoir que l’on n’est pas seule, que d’autres ont vécu ou vivent la même chose m’a énormément aidée et j’espère que ça pourra vous aider si vous vivez de très grosses crises d’angoisses ou des troubles panique. Parce qu’après l’ouragan, j’ai essayé de me renseigner sur ce que j’avais eu et ce qui s’en rapproche le plus est le trouble panique, même si aucun diagnostique n’a jamais été posé sur ce qui m’est arrivé.

J’ai eu une grossesse absolument idyllique jusqu’à mon sixième mois de grossesse. Tout a commencé à dégénérer pendant ce 6ème mois. C’est venu du jour au lendemain, des angoisses sans fin. Je dois ici préciser que je n’avais jamais fait de crise d’angoisse de ma vie avant et que je dors comme une pierre depuis toujours. Mais là, je me réveillais vers 2h, 3h du matin avec le corps entier qui me brûlait, ça me faisait comme de l’électricité dans tout le corps et j’étais terrorisée. Et ça durait toute la journée jusqu’à environ 20h. Vers 20h donc mon corps ne me brûlait plus mais j’étais encore sous le choc de ces angoisses atroces et je mettais bien 2h à m’en remettre à peu près et à m’endormir, épuisée, vers 22h. Tout ça pour me réveiller vers 2h et rebelotte. J’étais tellement mal que je me griffais, je pleurais, je voulais sauter par la fenêtre pour que ça s’arrête. C’est mon bébé qui m’a sauvée parce que j’étais responsable de sa vie et que donc il était hors de question que je saute. Pendant mes quelques petites heures de tranquillité, j’angoissais en sachant que j’allais retomber dans ma torpeur. Oui quand je n’angoissais pas, j’angoissais à l’idée d’angoisser. Ça peut prêter à sourire avec le recul mais c’était vraiment atroce à vivre. Le soir, pour trouver le sommeil, j’avais trouvé une petite vidéo dont je mets le lien en fin d’article, c’est elle qui me permettait mes 4 pauvres heures de sommeil (mais c’était mieux que rien).
Quand les angoisses ont commencé, j’étais en vacances. Au bout de 15 jours de ces angoisses juste invivables j’ai repris le travail. Mon travail me sauvait. Quand je travaillais j’arrivais à gérer ces angoisses, ce qui fait que je n’étais plus en crise 18h sur 24h mais un peu moins. J’essayais de rester le plus tard possible au travail car je savais qu’une fois rentrée chez moi ça allait reprendre. Mais à 18h il fallait bien que je parte, il n’y avait plus personne de toutes façons. Et j’appréhendais le week-end et le mercredi (où je ne travaille pas). J’appréhendais aussi beaucoup le moment de mon congé maternité.

J’ai commencé la sophrologie mais je me suis vite rendu compte que c’était peine perdue, j’étais trop « loin ». J’ai quand même essayé pendant 7 séances je crois, ma sophrologue était vraiment formidable, une femme vraiment exceptionnelle qui a tout fait pour moi, et je ne saurais jamais assez la remercier d’avoir tant essayé même si ça n’a servi à rien.
Mon chéri a pris rendez-vous pour moi chez un psychiatre qui lui avait été chaudement recommandé et désigné comme un spécialiste des enfants et femmes enceintes. Ça a été la catastrophe, il a bien failli me tuer. Je crois qu’il s’était mis en tête de me soigner, qui sait j’étais peut-être un défi pour lui, et il a mis beaucoup de temps à constater son incompétence me concernant (ATTENTION je parle bien d’incompétence ME concernant, ce praticien est certainement par ailleurs très compétent, mais mon cas le dépassait de toute évidence). A chaque fin de séance je me rassurais en me disant que c’était la dernière fois que je le voyais et à chaque fois mon chéri me suppliait d’y retourner en me disant que ça allait marcher et j’y retournais pour lui.
Ce qu’il faut comprendre c’est que je n’étais plus moi-même, en fait je n’existais plus. J’avais l’impression qu’il y avait cette angoisse, cette terreur énorme qui prenait toute la place et que quelque part, tout au fond, il y avait moi, terrée, incapable de sortir, mais je savais que j’existais encore. Mais du coup je n’arrivais pas à dire à ce psy à quel point ce qu’il me disait était complètement à côté de la plaque. Je ne savais qu’acquiescer et prier pour être ailleurs. N’importe où j’étais, je voulais être ailleurs (sauf quand j’étais au travail donc) car j’espérais qu’ailleurs était mieux. Mais ailleurs n’était jamais mieux.
Un jour, malgré mes supplications, il m’a arrêtée. Il disait qu’il fallait que je me confronte à mes craintes. J’ai donc arrêté le travail et je me suis retrouvée au centième sous-sol en deux jours. Je suis allée voir en urgence un autre médecin qui m’a fait reprendre le travail et j’ai pu doucement remonter la pente.
Ce psy n’arrêtait pas de me demander de quoi j’avais peur. Sauf que clairement je ne savais pas de quoi j’avais peur. En fait je n’avais peur de rien. J’avais une terreur atroce qui me broyait complètement mais je ne sais pas par quoi j’étais terrorisée. Alors ce psy a décidé que j’étais terrorisée par l’idée d’accoucher. Il voulait absolument prévoir une césarienne. Heureusement la toute petite part de moi qui subsistait encore a réussi à dire non. A plusieurs reprises. A chaque fois qu’il me l’a proposé ou tenté de me l’imposer.
Il me parlait de trucs complètement à côté de la plaque, se souciait de la vie sexuelle de mon mari quand j’étais en train de crever en face de lui, me disait que je n’étais pas normale parce que je n’avais pas de douleurs pendant mes règles alors que toutes les femmes doivent avoir mal à ce moment du mois.
Enfin, lors d’une énième séance où cette fois mon chéri était convié, j’ai pu être libérée de ce psy. J’étais comme d’habitude très mal et je suppliais le psy de me donner des médicaments. Lui, pendant 30 minutes (les séances duraient 30 minutes et coûtaient 150 euros, qu’il avait « généreusement » baissé à 130 car je n’avais clairement pas les moyens) nous a parlé de la naissance de notre fils, comment il allait naître, qu’il serait sans doute un peu bleu et couvert de vernix. J’avais beau lui dire que je savais déjà tout ça, que j’avais lu des livres, vu une sage-femme, qu’il ne m’apprenait rien, il continuait. J’avais envie de lui crier qu’au point où j’en étais, il pouvait bien sortir violet à pois verts avec 10 bras, du moment qu’il sortait moi ça m’allait. Mais je ne pouvais que répéter inlassablement « ça ne va pas il me faut des médicaments je sombre ». A la fin des 30 minutes, le psy nous dit que la séance est terminée. Mon chéri s’étonne : « mais vous n’avez rien fait pour ma femme, elle vous dit qu’elle va mal et vous nous parlez de trucs qu’on sait déjà pendant 30 minutes, vous faites quoi là concrètement pour l’aider ? »
Le psy a répondu « vous voyez bien dans quel état elle est ! Je ne peux rien faire pour elle dans cet état ! »
Enfin ! Enfin il reconnaissait son incompétence me concernant. Ça a fait du bien à tout le monde je crois. A moi car je savais que je n’aurais plus besoin d’aller le voir. A mon chéri qui allait pouvoir arrêter de se demander comment financer ce médecin trèèèèèès onéreux. Et au psy aussi je pense, il avait besoin de dire à haute voix qu’il ne pouvait rien pour moi.

J’ai dû mon salue à une unité mère enfant et son directeur, un psychiatre formidable qui avait déjà vu passer pas mal de cas comme le mien. Je me sentais moins seule. Ils m’ont même proposé de faire venir une ancienne patiente pour qu’elle témoigne que tout va bien après car j’avais peur de ne jamais guérir. J’ai refusé parce que je ne pouvais / voulais voir personne.
J’ai eu une chance incroyable d’y entrer. Surtout que les circonstances qui ont fait que j’ai pu m’y retrouver tiennent un peu du miracle. Mais voilà, je suis entrée dans cet hôpital mère enfant deux semaines avant la date normale de mon congé maternité. J’avais un peu peur de quitter mon travail mais je savais que c’était ma seule chance. Au début ça a été très dur, le temps que le psy trouve le bon médicament.
Déjà les médecins m’ont beaucoup rassurée sur la prise de ces médicaments car ça me faisait très peur pour mon bébé. Il y a eu aussi ce témoignage que j’avais lu d’une femme qui vivait la même chose que moi et qui a simplement écrit dans son témoignage concernant la prise de médicaments « on fait bien comme on peut ». Et ces mots très simples ont vraiment eu une raisonnance: oui je faisais ce que je pouvais. Et je ne pouvais pas faire autrement.
Du jour où j’ai pris un médicament juste avant de me coucher (je ne préfère pas donner de nom ici car comme chacun sait ce qui convient pour une ne convient pas forcément pour l’autre), mon corps a arrêté de me brûler, la terreur a commencé à laisser la place à des angoisses totalement gérables et j’ai commencé à aller de mieux en mieux. Ce n’était pas la super forme mais c’était gérable. Je n’avais plus envie de sauter par la fenêtre pour arrêter la terreur de me consommer (je prenais 3 médicaments différents mais c’est vraiment celui-là qui a le mieux marché). Et j’ai même vécu des moments super sympas, j’ai recommencé à sortir (expos, magasins, même boire un verre avec ma meilleure amie), j’ai recommencé à pouvoir lire un livre, même regarder un petit peu la télévision (mais vraiment très peu, je ne sais pas pourquoi les écrans étaient atroces pour moi à ce moment).
J’espérais quand même pouvoir avancer la date de l’accouchement, je voulais être déclenchée mais comme bébé allait très bien ça m’a été refusé. J’ai pris mon mal en patience, surtout que maintenant je le pouvais. Avant, chaque seconde me paraissait une éternité, j’ai même cru à un moment que j’étais morte et que j’étais en enfer (… alors que je suis athée !) à présent le temps paraissait long mais j’arrivais à gérer mes angoisses et mes petites crises qui n’avaient plus rien à voir avec le cataclysme qui avait failli m’emporter.
Une de mes grandes peurs était de ne jamais guérir, de rester angoissée pour toujours. Apparemment, toutes les femmes qui ont des angoisses pendant leur grossesse ont cette peur (enfin selon l’équipe médicale).

Et puis finalement j’ai accouché. Petit pied de nez à mon premier psy qui me disait « mais vous n’arriverez jamais à accoucher, il va falloir sortit les forceps ça va être atroce, vous êtes incapable d’accoucher, il vous faut une césarienne ! » j’ai fait un accouchement que les sage-femmes ont qualifié de scolaire. Contractions, dilatation 2 cm toutes les heures et à partir du moment où on m’a demandé de pousser, 10 à 15 minutes pour avoir ma petite merveille dans les bras. Et cerise sur le gâteau : un vrai petit poupon tout lisse et tout rose … ça c’est pour la séance de 30 minutes inutile à 130 balles me racontant mon bébé bleu et le vernix.

Les angoisses se sont totalement arrêtées à mon retour de couche. Depuis plus rien.

Aujourd’hui j’ai un fils qui me remplit de joie. Parfois je pense à avoir un autre enfant mais j’ai tellement peur de revivre ce que j’ai vécu. Seulement maintenant je ne serais plus aussi démunie que la première fois. La première fois, je ne savais pas ce qui m’arrivait, je ne savais que c’était déjà arrivé à d’autres femmes, je ne savais pas qu’il existait des solutions. Quand même un psy spécialiste des femmes enceintes ignorait ce problème, comment aurais-je pu être au courant ?

Mais s’il y a ici des femmes qui vivent la même chose que ce que j’ai vécu, sachez qu’il existe des solutions. N’attendez pas aussi longtemps que moi. Il y a des lieux, des hôpitaux spéciaux qui peuvent vous accueillir. Parlez-en très vite à votre sage-femme. Ne sombrez pas car la petite merveille qui va bientôt arriver vaut vraiment vraiment le coup !

Et la vidéo qui m’a aidée à trouver quelques heures de sommeil : https://www.youtube.com/watch?v=V06J7HhwP8s

Bon courage à toutes !

:coeur: :coeur: :coeur: Mille fois merci pour tes mots. Ils seront utiles à toutes, à tous. Ils permettent de mesurer le tsunami que peut vivre une femme quand elle devient mère. Et surtout, tes mots mettent en lumière qu'il y a un après, sans douleur, sans violence envers soi-même.

Re: Trouble panique / angoisses +++ pendant la grossesse : on peut s'en sortir !

Posté : 02 févr. 2019, 11:52
par guérir
:rougefaché: :rougefaché: :rougefaché:
Malgré ta fragilité, tu as pu résister à cette rencontre difficile avec ce médecin. Quelle force. :super:
Ses paroles ont été hautement toxiques.

Re: Trouble panique / angoisses +++ pendant la grossesse : on peut s'en sortir !

Posté : 19 mars 2019, 22:52
par gama67
Merci :coeur:

Re: Trouble panique / angoisses +++ pendant la grossesse : on peut s'en sortir !

Posté : 22 mars 2019, 16:23
par anouk12
Yggdrasil a écrit :
28 janv. 2019, 19:20

Les angoisses se sont totalement arrêtées à mon retour de couche. Depuis plus rien.
As-tu compris les raisons de cette angoisse si forte?

Re: Trouble panique / angoisses +++ pendant la grossesse : on peut s'en sortir !

Posté : 09 avr. 2019, 06:39
par Yggdrasil
Je me suis beaucoup interrogée mais je n'ai trouvé aucune réponse. Etait-ce physique ? Psychologique ? A vrai dire j'aimerais savoir car si je veux un deuxième enfant la peur de repasser par là risque de l'emporter ...