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Alice Miller

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Lisette
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Alice Miller

Message par Lisette » 13 mai 2014, 13:49

Revenant sur sa propre histoire, Alice Miller montre combien on peut souffrir en essayant en vain de combler les attentes de ses parents. "Je ne dois aucune reconnaissance à mes parents pour m’avoir donné la vie, car je n’étais pas désirée. Leur union avait été le choix de leurs propres parents. Je fus conçue sans amour par deux enfants sages qui devaient obéissance à leurs parents et souhaitaient engendrer un garçon, afin de donner un petit-fils aux grands-pères. Il leur naquit une fille, qui essaya, pendant des décennies, de mettre en œuvre toutes ses facultés pour les rendre heureux, entreprise en réalité sans espoir. Mais cette enfant voulait survivre, et je n’eus d’autre choix que de multiplier les efforts. J’avais, dès le départ, reçu implicitement la mission d’apporter à mes parents la considération, les attentions et l’amour que leurs propres parents leur avaient refusés. Mais pour persister dans cette tentative, je dus renoncer à ma vérité, à mes véritables sentiments. J’avais beau m’évertuer à accomplir cette mission impossible, je fus longtemps rongée par de profonds sentiments de culpabilité. Par ailleurs, j’avais aussi une dette envers moi-même : ma propre vérité – en fait, j’ai commencé à m’en rendre compte en écrivant Le Drame de l’enfant doué, où tant de lecteurs se sont reconnus.

Néanmoins, même devenue adulte, j’ai continué des décennies durant à essayer de remplir auprès de mes compagnons, mes amis ou mes enfants la tâche que m’avaient fixée mes parents. Le sentiment de culpabilité m’étouffait presque quand je tentais de me dérober à l’exigence de devoir aider les autres et les sauver de leur désarroi. Je n’y ai réussi que très tard dans ma vie. Rompre avec la gratitude et le sentiment de culpabilité constitua, pour moi, un pas très important vers la libération de ma dépendance à l’égard des parents intériorisés.

Mais il en reste d’autres à franchir : celui, surtout, de l’abandon des attentes, du renoncement à l’espoir de connaître un jour ces échanges affectifs sincères, l’authentique communication, dont j’avais tellement manqué auprès de mes parents. Je les ai finalement connus auprès d’autres personnes, mais seulement après avoir déchiffré l’entière vérité sur mon enfance, avoir saisi qu’il m’était impossible de communiquer avec mes parents et mesuré combien j’en avais souffert.
C’est alors seulement que j’ai trouvé des êtres capables de me comprendre et auprès desquels il m’était permis de m’exprimer librement et à cœur ouvert. Mes parents sont morts depuis longtemps, mais j’imagine aisément que le chemin est sensiblement plus difficile pour des gens dont les parents sont encore de ce monde.

Les attentes datant de l’enfance peuvent être si fortes que l’on renonce à tout ce qui nous ferait du bien pour être enfin tel que le souhaitent les parents, car on ne veut surtout pas perdre l’illusion de l’amour. » In Notre corps ne ment jamais (Flammarion, 2004).

'Nous devons apprendre d’où viennent nos souffrances, et que l’on peut en guérir.'
La perfection n'existe pas. S'accepter telle que l'on est, voilà le douloureux chemin à parcourir pour enfin devenir mère...

Vivre
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Re: Alice Miller

Message par Vivre » 13 mai 2014, 22:35

Merci pour ce texte Lisette !

weshallovercome
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Re: Alice Miller

Message par weshallovercome » 15 mai 2014, 13:28

Merci Lisette.
J'adore cette femme :super: ... on devrait la lire et la relire !!! tellement ses écrits sont démystificateurs et libérateurs.
celui, surtout, de l’abandon des attentes, du renoncement à l’espoir de connaître un jour ces échanges affectifs sincères, l’authentique communication, dont j’avais tellement manqué auprès de mes parents. Je les ai finalement connus auprès d’autres personnes, mais seulement après avoir déchiffré l’entière vérité sur mon enfance
C'est cette étape décisive que beaucoup de nos bluesnautes sont en train de franchir ... go on !!!!! :)
"une maman qui te ressemblerait" William Sheller

weshallovercome
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Re: Alice Miller

Message par weshallovercome » 27 mai 2014, 10:03

"L'enfant est d'autant plus emprisonné, enfermé en lui-même, qu'il subit une interdiction tacite de parler, qu'il a honte de ce qu'il vit car il croit que ce qu'il subit vient de lui. Il intègre le négatif qu'on projette sur lui comme vrai, il colle aux étiquettes qu'on lui grave dans la chair sans savoir que cela n'a rien à voir avec lui.
Mais la torsion de l'affaire inhérente à tous les excès d'autorité parentale, c'est que si les parents, lors d'accès de violence, les légitiment en culpabilisant l'enfant, le problème majeur est que l'enfant préfère endosser la culpabilité et croire le parent, quitte à être en détresse, plutôt que de se savoir victime. Pourquoi ? être coupable et nier sa souffrance comme ses parents l'ont nié lui font croire qu'il est aimé. Du coup, il plonge souffrance, haine et impuissance dans l'oubli et l'irréalité. (...)
Remonter le fil de ses souffrances permet de ressentir sa haine et de l'analyser. Si ces questions sont primordiales, c'est que s'interdire d'extérioriser et de penser la souffrance et la haine passées interdit en réalité l'amour. (...) Faire jaillir du passé les sources de sa victimisation autorise la responsabilité."
Elsa Cayat - chronique dans Charlie Hebdo
"une maman qui te ressemblerait" William Sheller

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