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juliette planckaert :

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betty_blue
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juliette planckaert :

Message par betty_blue » 28 janv. 2010, 09:28

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betty_blue




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Sujet : juliette planckaert :
Ajouté le : 29/09/2006 09:23
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sur le site des : http://www.quellenaissancedemain.info/accueil/


C?est à pouvoir rencontrer l?imprévu qu?il faut être préparé et non à tout prévoir (Georges Favez, De la contestation)
Il y a des bébés qui vivent des solitudes effrayantes dans le ventre de leur mère (Maurice Titran, pédiatre)



Joséphine consulte à Parentèle adressée par la PMI. Elle est tellement insécurisée qu?elle ne sent plus d?issue : sa petite fille nouveau-née ne prend pas le sein, dort très mal et ses pleurs sont inconsolables. Et surtout, depuis le dernier trimestre de sa grossesse son mari la menace et parfois la frappe. Elle parle de suicide. Comment s?étonnerait-on du désarroi de ce bébé qui voit le jour après avoir vécu in utero l?angoisse de sa maman en détresse ? Cette détresse amène un stress dont les manifestations sont physiologiques : la composition du liquide amniotique est modifiée et la tension de la maman coupe la relation au bébé. C?était pourtant un bébé « souhaité » par ses deux parents : mais pour chacun d?entre eux, devenir parent les fragilisait affectivement. Chacun attendait de l?autre qu?il joue pour lui un rôle maternel. Le bébé chutait entre eux deux. Quelques rencontres ont rassuré la maman, de ce fait le papa et le bébé se sont calmés. Un équilibre précaire s?est installé: rien n?a été travaillé.

Joséphine rappelle 18 mois plus tard, pendant que son mari dort, car il a travaillé la nuit. La naissance du deuxième bébé est prévue dans 8 semaines. Elle se sent à nouveau menacée de coups par celui-ci. La veille, effrayée, elle a tenté de sauter par la fenêtre, mais il l?a retenue. Quand elle arrive à la consultation, elle est tellement tendue qu?elle respire avec peine.

Je l?aide à s?allonger confortablement. Insensible à mon contact, elle arrive pourtant à déposer sa plainte et à pleurer. Habituellement les larmes apportent une grande détente : le diaphragme se relâche, le ventre devient plus souple et le bébé peut commencer à bouger doucement dans un giron douillet. Accalmie pour les deux qui se retrouvent alors.

Mais pour Joséphine, la situation est si extrême qu?elle ne perçoit pas mon toucher. Et son ventre que je contacte pour l?aider à être avec son bébé, est absent. C?est une masse inerte. Et je ne sens absolument pas le bébé. Je n?avais jamais perçu cela. Intérieurement, je ressens un frisson glacé : est-il mort ? Malgré tout je reste présente, cela dure très ? trop ? longtemps. Enfin Joséphine sourit pour la première fois et s?émerveille : « Je le sens bouger ! ». Puis elle ajoute : « Il ne bouge pas beaucoup ». J?explique à la maman que la menace ressentie pour elle et son bébé l?amène à faire de son ventre une forteresse rigide pour protéger le bébé et qu?il est gêné pour bouger. Dans la suite de la séance, elle va pouvoir être avec lui et le bercer intérieurement avec ses sentiments d?amour. Ce bercement merveilleux et surprenant que découvrent les mamans avec l?haptonomie.

Cette fois-ci, nous avons pu aider Joséphine sur tous les plans : social, juridique, ainsi qu?avec notre accueil haptonomique et psychothérapique chaleureux. Nous sommes intervenus pour qu?à la maternité, elle soit reçue à l?unité Kangourou où elle pourra rester le temps nécessaire et où une équipe attentive, bienveillante et prévenue de la situation, va l?entourer. Elle va y inquiéter beaucoup l?équipe par ses manifestations de panique.

Cependant, quand je la retrouve un mois après, elle est métamorphosée physiquement et psychiquement. Tout va bien. Les dix jours passés avec les bonnes soignantes de Kangourou lui ont donné le temps et le répit de s?adapter à son bébé et de se pacifier. Le bébé tète bien, son sommeil convient à ses parents, les relations avec le papa sont calmées. La PMI n?est plus inquiète. Ce bébé a pu former avec sa maman un « individu-environnement »(1), ils sont accordés. C?est un grand pas pour Joséphine dans la confiance en ses capacités d?être mère et épouse. Pour le bébé quelque chose commence à s?établir de sa sécurité de base.

Mais, si ce premier pas est essentiel, il ne faut pas oublier le long terme (comme le suggère le titre de cet atelier) : que ce soit en ce qui concerne la vie intra-utérine comme ce qui concerne la naissance la vie affective et psychique ne se résoud pas si rapidement. L?histoire de Joséphine et de sa famille est extrême, mais elle illustre comment un bébé en insécurité dans l?utérus d?une maman affolée ne peut trouver le chemin pour profiter des soins affectueux de celle-ci quand il se trouve dans ses bras. Il n?avait pas reçu la « confirmation affective », à commencer par celle du papa soutenant la maman, qui leur aurait permis de se rencontrer à la naissance.

A la fin de sa deuxième grossesse, Joséphine a pu être suffisamment entourée, protégée, pour transformer son utérus-forteresse en doux giron pour son bébé. Elle a pu alors prendre soin de lui, être avec lui, le porter et lui parler, au lieu de se recroqueviller sur sa peur. Son mari s?est mieux situé près de la maman et de leur bébé à venir, il s?est calmé. À sa naissance, le bébé avait eu la possibilité d?éprouver la sécurité affective, alors que sa s?ur avait été seule dans la tempête et n?avait pas eu les moyens de rencontrer sa maman avant sa naissance.

Bien sûr, il est nécessaire que Joséphine continue à se faire aider pour développer sa sécurité intérieure : car les étapes suivantes du développement du bébé vont nécessiter qu?elle puisse le laisser se détacher, s?autonomiser. Et la situation du couple n?est pas éclaircie.

Il me faut, avant de poursuivre mon propos, préciser un point très important. Si une vie intra utérine sécurisante, un accouchement réussi, une naissance épanouissante sont essentiels pour bien démarrer la vie, ce n?est pas un vaccin contre tout trouble ultérieur.

Notre vie intime est constituée de tant d?éléments, sus, insus et oubliés, qui concourent à nous mettre, nous et nos enfants, dans des difficultés que nous n?avons souvent pas la possibilité d?envisager. L?histoire de Joséphine illustre combien les difficultés affectives pendant la périnatalité sont liées à la vie toute entière de ses parents, que je ne développerai pas mais dont il a été question pendant nos rencontres.

Toute autre est la vie intérieure de Marlène. Elle se met en situation d?être enceinte alors qu?elle n?est pas prête à être mère d?un enfant de son compagnon qui est pour elle davantage une maman qu?un amoureux. Pendant sa grossesse, elle fera des rêves, mi-cauchemars mi-espoir, de ventre perforé. L?accouchement se passe pour le mieux grâce une préparation psychoprophylactique, le papa est très présent et participant. Le bébé est allaité, avec le papa ils l?élèvent affectueusement. Celui-ci est très tendre avec sa femme. Extérieurement, tout va bien. Mais, si la maman est souriante et dynamique intérieurement, elle est toujours habitée par les idées de mort, qui sont liées à sa propre enfance et qui avaient empoisonné sa grossesse. Ce bébé est devenu un adulte sympathique, chaleureux, talentueux, apprécié de tous, mais il n?arrive pas à être père.

Passé le vécu intra utérin, que dire de ce grand moment de l?accouchement pour la maman et de la naissance pour l?enfant ? Une naissance où la maman, le bébé et le papa peuvent être acteurs de ce grand moment est un départ dynamique pour la vie de cet enfant, de cette famille. Ce point est essentiel : être actrice, être acteurs, faire naître son enfant, pouvoir vivre cette complicité qui permet à la maman de s?ouvrir avec l?aide de son homme et ainsi de ne pas s?opposer au chemin de l?enfant.

Pour pouvoir réaliser cet espoir d?une belle naissance, ne nous arrêtons pas à réclamer des séquences rituelles, (le bain, la musique, le cordon coupé par le papa ou la maman) qui sont bien sûr préférables. Car l?essentiel est que l?état d?esprit de l?équipe de la maternité soit tourné autour du respect de ce que vivent les parents et l?enfant, et non de détails sur lequel on se fixe parfois et qui peuvent se substituer à une complicité entre tous, la famille et le médical. L?essentiel est qu?il puisse s?établir une réelle rencontre entre les parents et la sage-femme ou le médecin : nous, les parents, pourrons laisser faire son travail à l?équipe si nous nous sentons soutenu dans notre singularité. ET vice versa bien sûr !

Ainsi, une jeune femme se réjouissait des conditions dans lesquelles elle avait mis au monde son bébé : « Ce n?était pas médicalisé » disait-elle. Or ça l?était, mais elle s?était sentie respectée et aidée par les sages-femmes de cette maternité. Tellement aidée qu?elle avait décidé d?allaiter son bébé, ce qu?elle refusait avant la naissance. Cette équipe avait permis à cette jeune femme moderne, maman-dans-sa-tête, de le devenir charnellement, affectivement et de les amener son bébé et elle, à vivre ce corps?à-corps dont le bébé a tant besoin. N?est-ce pas ce que l?on souhaite ? Le papa était ravi : cette maternité, avec sa façon à elle d?être avec le médical, avait pu adoucir cette femme et l?aider à devenir maman.

J?espère que le travail des journées comme celles-ci va permettre d?inverser le courant actuel de s?en remettre passivement ou activement aux déclenchements, péridurales etc. Que les couples vont à nouveau souhaiter être participants dans la mise au monde de leurs enfants, car les femmes vont à nouveau être assurées de leur capacité d?accoucher.

Si des journalistes femmes sont présentes, qu?elles puissent contribuer à ouvrir ce que leurs consoeurs avaient fermé.

Revenons à des situations concrètes : ce qui est en jeu dans la situation très difficile de Joséphine, de Marlène, se retrouve fréquemment de façon plus mesurée. Quand une maman porte un bébé, bien souvent elle est inquiète, et les raisons en sont diverses. Elles sont affectives, traumatiques, iatrogènes (c?est-à-dire causées par la médecine).

Si les raisons sont diverses, les conséquences sur le bébé sont les mêmes : la maman est enceinte, mais elle ne porte pas un bébé, parfois elle oublie le bébé ou n?est plus en relation avec lui. Il est seul, car elle l?attend avec ses ruminations inquiètes et s?absente de son giron. Aussi le bébé ne peut se nicher au fond de sa maman, il pointe devant, la maman se cambre : alors, soit le bébé s?agite trop pour trouver une bonne place car il est tout à l?extérieur, soit la paroi ? et souvent l?utérus ? se contracte pour soutenir le ventre et le bébé est bloqué.

Il n?y a pas que l?installation dans le giron qui est en jeu : la vie du bébé se déroule aussi en fonction des hormones variant selon le climat affectif de la maman, des parents et qui passent la barrière placentaire.(2) L?audition aussi entre en jeu : dans les disputes des parents, le bébé associe leur voix à du mal-être.(3)

Il faut à la fois très peu et beaucoup pour apporter un climat rassurant, renouer ou nouer le contact. Partout en France des sages-femmes, des psychologues, des médecins peuvent permettre cet être-avec son bébé grâce à l?approche haptonomique.

Violette, enceinte depuis six mois, se montrait réticente alors que je l?invitais à contacter son bébé: « Pas la peine de le toucher, je lui parle ». Elle est quand même allée à sa rencontre avec ses mains et son sentiment de maman ; et alors quand elle s?est réellement sentie être avec lui elle s?est exclamée : « Je le sens ! ». Dans cette rencontre émerveillée, le bébé cessait d?être le remplaçant de ses frères et soeurs laissés en Afrique et du frère mort in utero en France l?an dernier, ce qu?il aurait traîné toute sa vie. Il commençait à être ce bébé là, avec son histoire à lui.

Ces bébés qui ont souffert avant de naître vont manifester leur mal-être comme l?a fait le premier enfant de Joséphine, par des difficultés qu?on confie souvent à la médecine physique. Ce qui peut entraîner des prescriptions qui éloignent encore les deux protagonistes. Il est indispensable d?aider le lien à s?installer par une aide chaleureuse, sinon des troubles se manifesteront à différents moments-charnières de la vie et en particulier au moment de devenir parent. Les puéricultrices et médecins de PMI sont des aides essentielles du dispositif français, malheureusement, elles ne sont pas assez nombreuses et chargées de trop de tâches. Un accompagnement plus spécialisé se montre néanmoins nécessaire dans certains cas. C?est le but de notre association Parentèle.

Comme les 200 000 qui ont signé la pétition « pas de zéro de conduite? », je suis très inquiète qu?on veuille confier aux maires la responsabilité de la prévention. Par contre, s?il est bien conduit, avec discrétion, respect (et formation des personnels), l?entretien au quatrième mois de grossesse peut être une ouverture.

J?ai abordé jusqu?ici des causes affectives, voici l?évocation d?un traumatisme avant la naissance. Les deuils vécus par les parents sont des traumatismes très lourds pour le bébé qui ne s?en remettra parfois qu?adulte au tournant d?une psychothérapie, après bien des avatars. Armelle a pu être aidée toute petite : quand nous nous sommes rencontérées, elle avait 10 mois et se réveillait en hurlant chaque nuit, depuis sa naissance. C?était à l?heure de la mort de son grand-père maternel alors qu?elle avait 6 mois de vie intra-utérine. Les hurlements sont inconsolables, ni le sein, ni les bras ne la pacifient. Elle ne s?est pas trouvé de « ninnin »(4), encore indistincte de sa maman. A bout de résistance, les parents la descendent dans son lit au sous-sol où, hurlante, elle s?écroule dans le sommeil, seule dans le noir. Si la maman consulte si tardivement, c?est que le couple est en grand souci avec leur aîné. Armelle est leur troisième enfant, voulu par son père.

C?est une petite fille très charmante qui ne sourira avec moi qu?après six mois de rencontres régulières. Derrière le traumatisme, à partir duquel sa maman avait cessé de sentir Armelle en elle, au moment du décès de son propre père, pendant quelques jours, il y avait bien d?autres difficultés pour chacun dans la famille et on s?était habitué à ce qu?Armelle ait « des troubles du sommeil » !. La première conquête d?Armelle a été de pouvoir prendre son premier biberon pendant la deuxième séance.

Puis Armelle n?a plus réveillé toute la famille par ses cris, mais elle ne s?endormait le soir qu?après un long temps de pleurs qui cassent les oreilles de toute la famille : c?est comme si elle pleurait le deuil de sa maman. Après quoi, elle « faisait une nuit complète ». Ces pleurs durèrent jusqu?à ce que sa maman vienne à bout de tout ce qu?elle avait à élaborer psychiquement à propos de sa précieuse petite fille qui maintenant peut dormir.


Il est essentiel de préciser que tout ceci est sous-tendu par une notion essentielle : il n?y a pas de corps sans psyché, ni de psyché sans corps. Les éprouvés du bébé, c?est-à-dire sa vie psycho-somatique, (son corps-psyché) sont déjà présents dans le deuxième trimestre de la vie intra-utérine.

Citons le professeur de pédopsychiatrie Bernard Golse, un des initiateurs du mouvement « Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans » :
Il est clair que dans le champ du développement de l?enfant et de ses troubles du développement dans toutes ses dimensions, l?ennemi public n°1 a pour nom, le clivage :
Le clivage entre le corps et le psychisme.

Je pense que ces journées tournent autour de cette certitude et de la volonté que ceci puise être pris en compte dans les maternités.

Nous connaissons maintenant les capacités sensorielles du bébé pendant sa vie f?tale, mes collègues aînés, en particulier Winnicott ont depuis longtemps repéré, dans leur travail avec des adultes et des enfants que la vie affective et psychique commençait bien avant la naissance. Dans le climat le climat affectif et physiologique, dans lequel il baigne, l?enfant ressent, vit des expériences et commence même à penser. Winnicott, dans son travail d?écoute et de recherches, sans préjugé, a mis en évidence les efforts opiniâtres que nous faisons au début de notre vie pour intégrer convenablement le corps et la psyché, et pourtant nous semblons n?avoir de cesse de les dissocier, toute notre vie, au travers de nos théories philosophiques, théologiques, voire psychologiques et trop souvent médicales. Dès 1958, il fait état d?une mémorisation inconsciente de la réaction au trauma chez le nouveau-né, et même pendant la vie f?tale, car nous nous souvenons de tout ce qui est arrivé à notre corps et émotionnellement.

Si l?évocation de l?influence de la vie prénatale sur la psyché est récente, il y a longtemps que sont évoquées les conséquences des conditions de la naissance sur la vie psychique. Publié en 1924, le livre d?Otto Rank s?appuie sur une note antérieure de Freud : La naissance est d?ailleurs le premier fait d?angoisse et par conséquent la source et le modèle de toute angoisse. J?ai évoqué plus haut qu?il me semble que l?angoisse a pu être vécue déjà avant le moment de la naissance. Mais surtout, la naissance peut ne pas être un traumatisme pour le bébé mais une merveilleuse expérience de vie, de découverte et d?amour : à condition, bien sûr, de ne pas le provoquer, lui faire avaler des hormones, le bousculer, le tirer, le soustraire à la complicité de ce qu?il est en train de réaliser avec sa maman (sauf si l?urgence le commande, évidemment). Car le bébé est préparé à ce moment. Nous pouvons même aider le bébé et ses parents à cette préparation. L?accompagnement haptonomique s?y emploie en faisant découvrir au bébé que sa maman peut l?inviter à descendre et lui faire de la place pour cela.

Ainsi il va pouvoir participer à se mettre au monde au lieu d?être expulsé. Je pense que la plupart d?entre vous ont connu l?appétit de vivre, la curiosité, la force des bébés qui ont pu connaître une telle naissance. (Bien entendu ceci peut aussi se passer en dehors de l?haptonomie.)

Je cite encore Winnicott qui écrivait déjà en 1949 dans Les souvenirs de la naissance, le traumatisme de la naissance et l?angoisse : L?expérience de la naissance fait vivre de manière accentuée quelque chose qui est déjà connu du bébé. Au moment de la naissance, le bébé réagit et c?est l?environnement qui est important. Le bébé en bonne santé est préparé avant sa naissance à un empiètement venant de l?environnement.

Mais si l?expérience de la naissance est trop soudaine, (j?ai remarqué pour ma part que les bébés nés trop rapidement pleurent) elle est traumatique. Et elle est conservée inconsciemment sans pouvoir être élaborée. Le souvenir existe quelque part corporellement, mais il ne peut être intégré dans une expérience. C?est ainsi que Winnicott s?est aperçu que certaines personnes avaient besoin de « revivre » leur naissance. Mais attention, il en est de ce travail psychothérapique comme de la naissance, il ne faut pas le provoquer artificiellement par des moyens trop rapides. Ne recommençons pas de déclenchement inopportun ! Une jeune femme que j?appellerai Ludivine, professionnelle de la petite enfance, n?avait pas réussi à mettre au monde son premier enfant, le travail n?avançait pas : une césarienne avait paru indispensable. Elle avait pourtant, avant d?être mère, « fait des revécus de naissance » dont elle garde un souvenir émotionnel sympathique, mais ces expériences exaltantes n?avaient pas été intégrées dans son monde psychosomatique. C?était resté du « fabriqué par son esprit ». Pour le second enfant avec son compagnon, ils s?engagent dans un accompagnement haptonomique, le bébé de quatre kilos naîtra facilement, à Pithiviers. À sa naissance en catastrophe, Ludivine pesait 1 Kg 700 et passa trois mois en couveuse, sans aucun contact permis avec ses parents. Pendant une séance de thérapie, elle a ressenti un besoin irrépressible de pousser. Elle écrira pour la séance suivante qu?elle avait à ce moment ressenti le désir de se faire naître. Mais il avait fallu plusieurs années de travail psy. Depuis, sa présence dans la vie s?est tranquillisée. Elle a trouvé et assume un emploi passionnant à responsabilité, conforme à sa formation, alors que depuis sa première maternité, elle n?était pas choisie chaque fois qu?elle se présentait.


Alors, quelles influences à long terme pour des naissances inconfortables, hors de notre possibilité, non intégrable dans notre monde psychique ? Elles sont importantes mais différentes suivant ce qui s?est passé pour la maman, suivant ce qui va s?établir relationnellement avec la maman et les talents personnels du bébé. Gardons-nous des catalogues et des informations parcellaires.

Et gardons-nous du temps pour en parler ici ensemble, avec nos expériences. Je commence par la mienne : une des raisons pour lesquelles je suis devenue psy, a été ma naissance avec un forceps, en 1940, dans le lit de mes parents. Sixième enfant, j?avais dû m?accrocher sérieusement pour traverser, aller et retour, dans ma maison utérine le chemin de l?exode. Puis le monde extérieur n?était pas très engageant. Elle avait dû se resserrer très fort sur ce bébé pour ne pas le perdre. Elle devait aussi me sentir plus en sécurité dans son giron. Je suis née très cyanosée, « tu étais bleue, presque noire » me dira-t-on, alors depuis je suis repérée pour ma bonne mine !?



Juliette Planckaert
Listrec, août 2006



(1) La notion est de D. Winnicott, le premier psychanalyste à aborder finement les relations mère-bébé : au début, le bébé n?existe pas seul, il constitue avec sa maman une structure individu-environnement dont il s?autonomisera au fur et à mesure de sa maturation, grâce aux soins affectifs et au portage de sa maman soutenus par le papa.
(2) Lire JP. Relier in L?aimer avant qu?il naisse, ed. J?ai lu
(3) Cf : Juliette Planckaert, actes du colloque Psypropos
(4) Il faut préciser que le ninnin est une création du bébé qui commence à avoir les moyens psychiques de se différencier de sa maman. Dénommer ninnin une peluche offerte à la naissance est un contre-sens.





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"C'est ce qui échappe aux mots que les mots doivent dire" Nathalie Sarraute
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betty_blue




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Ajouté le : 02/10/2006 13:52
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que l'auteur nous autorise à mettre sur ce site :

MATERNITE, DEVENIR PARENT ET TROUBLES PSYCHIQUES




Devenir mère est une épreuve, comme de gravir une montagne, vécue bien différemment par chacune. C?est une épreuve à propos de laquelle la plupart d?entre nous se montrent intarissables. Mais il est d?usage de ne parler que du vécu somatique et de ce qui a été ressenti de l?attitude de l?équipe médicale.

Aborder ce qui en est de soi avec soi, son intime, soi avec le bébé, est bien difficile à repérer et plus encore à formuler. Comment ne pas se montrer ravie ? Le bébé et la maman sont en bonne santé, ça va. Bien sûr ça va , mais cette santé physique est la partie visible de vécus souterrains qui se relient à tout ce qui concerne notre vie, bien avant notre conception, psychique et physique. Après la naissance, la vie quotidienne va être extrêmement submergée par les soins au bébé.

Aussi seules les mamans qui ont été terriblement ravagées par la réalité de l?accouchement ( ou celles qui se soignaient déjà pour des troubles psychiques) vont s?effondrer ou se fermer dès les premiers jours et alerter l?équipe de la maternité. .D?autres mamans ne manifesteront que peu à peu leur désarroi qui peut devenir perte des repères. Ces évènements qui changent la place dans le générationnel : devenir mère , en restant fille. Où va se retrouver la femme ? Avec ce sexe qui est a été sexe de mère, comment la femme et son compagnon vont-ils pouvoir retrouver ou oser trouver le sexe de femme. Est-ce possible d?être femme, mère, professionnelle et amante sans s?y perdre ? Souvent pas?



N?oublions pas que la réalité de l?accouchement c?est : en traversant le sexe de sa mère , du dedans d?elle, de sa maison utérine vers la lumière, que l?enfant vient au monde. Quels en sont les effets sur le vécu intime? Cette traversée est déjà un extraordinaire événement somato-psycho-affectif. Mais si, de plus, ce trajet ne peut se faire, on coupe le ventre de la maman pour sortir l?enfant qui quitte brutalement l?abri du giron maternel et même si celle-ci est anesthésiée, cela s?est passé encore davantage en dehors d?elle qu?un accouchement sous péridurale mal dosée.

Donc, c?est toujours une épreuve, même si comme pour escalader une montagne, ou traverser une tempête sur un voilier, on en sort ravies, (souvent grandies), ravies mais éprouvées. Affronter des épreuves fait partie de notre force de vie, encore faut-il qu?elles ne soient pas traumatisantes. Cette épreuve peut devenir un beau souvenir. Mais aussi, elle peut ne pas pouvoir être intégrée dans notre appareil psychique.

Les femmes qui sont « seulement » affectées, sans être menacées, dans leur existence par la venue au monde de leur enfant, vont dans les premiers temps après la naissance être protégées, sécurisées en se serrant dans la « bulle maman, bébé, maison » et les conseils du pédiatre ou de la PMI . Prenons comme référence à ce sujet ce qui s?est passé pour Noémie : elle et son compagnon avaient partagé un accompagnement haptonomique pour accueillir leur bébé. La naissance se passe très bien, et sans péridurale. Tout va bien, si ce n?est que le bébé pleure beaucoup la nuit. Noémie vient me dire au revoir et pendant cette rencontre « tombe » dans une terrible angoisse sans fond, qu?elle n?aurait pu imaginer avant d?y être confrontée. Terreur qu?elle n?avait jamais éprouvée jusque là et dont elle n?avait pas la moindre idée. Une terreur muette, sans cri ni agitation. Heureusement, elle a pu se donner les moyens de ciconscrire sa terreur dans un lieu où elle peut être accueillie et rassurée et non de la rencontrer à la maternité, ou seule chez elle.

Que s?est-il passé ? Pour cette jeune maman se trouvant dans la protection d?une relation de confiance positive, la découverte de cette terreur semble être un équivalent non pathologique, circonscrit dans un cadre, d?une décompensation : un pare-excitation n?a pu se reconstruire après l?accouchement. L?angoisse fait irruption par la béance laissée après la mise au monde du bébé. La présence de celui-ci en elle, rassurante, comblante pendant la gestation faisait défaut. Pour Noémie, les affects, extraits des profondeurs inconscientes par la naissance du bébé et mobilisés par l?accueil haptonomique, n?ont jamais dépassé le cadre du cabinet comme cela s?est passé pour ces mamans dont je dis qu?elles ont été ravagées. De surcroît, le compagnon de Noémie est attentif, respectueux. Puis il sera solidaire de son entreprise de travail personnel psychothérapique , il en reconnaît le bien-fondé. Nous verrons ultérieurement que ce n?est pas toujours le cas.

Autour de la bulle maman-bébé-papa, y faisant trop souvent intrusion, il y a les grands-parents dont la juste place est bien délicate à trouver avec les gros sabots dont ils sont chaussés sans le savoir. Leur intrusion peut être encore plus forte quand ils sont absents (décédés, partis, fâchés ) et que cette absence est ravivée douloureusement à ce moment où les nouveaux parents changent de place dans la génération. De fille, de fils, ils deviennent mère et père comme leurs propres parents. Leurs parents merveilleux ou indignes, ou les deux à la fois. Leur devenir-parent va être emberlificoté par la remise en place de ces positions. Non seulement avec les parents de la maman, mais aussi avec ceux du papa .

Ce qu?a traversé Eugénie, adressée par sa gynécologue au début de sa grossesse, est exemplaire. Cette femme et son mari sont très amoureux et leur vie s?annonce bien agréable avec un travail qu?ils aiment , sans risque de chômage, une maison en construction et le bébé tant espéré qui s?annonce. Mais voilà qu? elle devient angoissée puis déprimée au point qu?elle se demande s?il ne faut pas demander une IMG . Je la recevrai seule chaque semaine pendant cinq mois, puis avec son mari jusque l?accouchement. Tout d?abord, le contact haptonomique va lui permettre pendant la séance un vécu agréable avec son bébé, mais il ne lui est guère possible de le retrouver à la maison. Eugénie était si désemparée qu?il a fallu recourir à un traitement d?antidépresseurs, prescrit par son gynécologue après avis d?un psychiatre. Eugénie est une jeune femme agréable, jolie, sympathique, fiable, réglo et tout et tout, mais sa grossesse la mettait en péril psychique . Ce contact avec son enfant était un préalable indispensable, à l?autre indispensable : parler, associer, chercher. Une alliance thérapeutique s?est installée entre nous. Et c ?est un rêve qui permit d?extirper la racine de ce non-droit à être maman. Eugénie a osé découvrir le drame de l?enfance de son père. Elle a réussi à l?aborder avec lui, ils ont enfin pu parler de ce qui était interdit dans la famille : évoquer l?abandon, l?abandon par sa mère dont l?enfance du père avait été écrasée.


J?ai choisi cette introduction directe pour nous mettre tout de suite dans le vif du sujet. Avant de continuer avec des vécus dramatiques, situons nous d?abord de façon plus générale : dans l?anthropologie et la sociologie.

La plupart des humains souhaitent devenir parent, être les parents d ?un bébé potelé, souriant qu?ils pourront aimer et par qui ils seront aimés assurément. Les personnes qui ne peuvent accéder à leur souhait d?être parent, en souffrent énormément et sont prêts à tout (toutes les folies) pour réaliser ce rêve. Ceux qui choisissent de ne pas être parent, sont plaints ou taxés d?égoïsme.

Trop longtemps, on a parlé d?instinct maternel comme d?une évidence. Encore maintenant, celles qui n?en témoignent pas avec cette émotion affectée et sirupeuse qui culmine au moment de la fête des mères, sont facilement vilipendées par le public. Ce public soutenu par les slogans des medias et des publicités qui présentent des mamans souriant avec affectation, exhibant ou accaparant leur bébé-objet. Le bébé servant de faire-valoir à sa maman : voilà un trouble psychique qui ne dérange pas. C?est le bébé qui est éprouvé : il n?est pas établi dans sa place de sujet et ce n?est plus tard qu?il manifestera à sa manière la recherche de sa place et ?enrichira les psys.

Or, en deçà de l?annonce officielle de l?entrée dans le monde d?un nouvel humain, ce qu?il en est pour chacun d?être mère, d?être père, d?être parent ensemble, est du domaine de l?intime. Une grande part en est inconsciente et met en jeu toute notre existence depuis plusieurs générations dans tout ce qui nous caractérise, notre souffle, notre peau, nos viscères, notre sexualité, notre affectif bien sûr, (avec l?amour comme la haine), notre esprit et notre spiritualité. J?allais oublier de citer notre possessivité, car couramment, on parle « d?avoir » un enfant , ensuite on dira « le prendre » et « le récupérer » (à la crèche, chez la nourrice, à l?école) comme si l?enfant cessait d?être humain hors de notre regard . Or ce sont les objets qu?on prend et les déchets qu?on récupère.

Je n?ai jamais oublié Odette, jeune maman, certes très troublée, qui avait traversé la France pour accoucher dans une maternité réputée pour son accueil : ensuite, quand elle était à la maison, elle gardait son bébé serré contre elle, la plupart du temps au sein, jour et nuit, puis elle s?absentait -à tous les sens du mot- et un jour d?hiver, j?ai trouvé le bébé à moitié nu devant la fenêtre, hurlant?Elle ne pouvait être simplement présente : soit elle était en adhésivité, soit elle l?oubliait.

Cet événement marquant de ma vie professionnelle montre qu?enfant on peut être avant tout objet du plaisir de ses parents, soutenant la vie de ceux-ci. Quel poids pour l?enfant, ayant sans cesse à s?adapter à l?imprévisible et quel non-mode de relation à l?autre s?instaure pour lui. Par exemple avec une maman comme Odette accaparante, puis disparaissant, pour tenir bon, il faut faire sa petite vie seul, sans y inclure autrui. Ce sont des enfants à qui ne sont pas posées des bornes structurantes.

Espérons que la plupart des enfants auront la possibilité d?être sujets de leur désir de vivre et seront accompagnés à « grandir , allant- devenant, dans le génie de leur sexe. » . Une des premières reconnaissances de ce désir leur maman aura été d?être attentive aux signaux du bébé manifestant son souhait de renoncer au sein.

Je garde un souvenir très vif de ce que m?avait dit une femme médecin, qui venait me consulter car elle était très troublée dans sa relation à la nourriture, elle avait délibérément, (qu?en pensait son mari qui s?occupait ailleurs ?), conçu et mis au monde cinq enfants en six ans. Ces enfants étaient élevés « sous cloche » et ne sont pas sortis de la maison avant l?âge de l?obligation scolaire. Par ses maternités successives, elle s?assurait , disait-elle, d?avoir un stock d?amour indéfectible?Elle serait toujours aimée. Or entre sa mère et elle , c? était l?éloignement, la méfiance?De la maternité elle ne connaissait que deux opposés : collage avec ses enfants et éloignement d?avec sa maman. Odette , elle, vivait les deux, tour à tour, avec son petit.

La plupart des mères permettent à leur nouveau-né d?être dépendant d?elles en lui laissant l?illusion que c?est lui qui crée le sein, ce sein qui arrive dès qu?il en a besoin, que c?est aussi lui qui occasionne tout le « bon » qu?il vit, qui occasionne aussi la cessation de déplaisir. Peu à peu, il pourra se détacher d?elle s?individuer , en se désillusionnant de cette toute puissance imaginaire qu?il suppose avoir sur elle et pouvoir exister en dehors d?elle.

Mais s?il s?individualise, certaines mamans peuvent, soit perdre le contact avec l?enfant, soit ne plus pouvoir sentir d?affection pour lui : comme je le disais plus haut, s?il n?est plus collé, il n?est plus dans l?orbite affective. C?est peut-être la raison pour laquelle, on assiste à un rallongement du temps d?allaitement. D?autres mères peuvent aussi fantasmer qu?elles perdent une partie d?elle, ou se sentir dépossédées de lui par un ennemi imaginaire. Cet ennemi inventé pourra être les collègues de travail, car le travail est ce qui a amené l?éloignement de l?enfant. Je vais évoquer trois personnes qui ont été confrontées à cette rupture dans la relation avec les autres ou avec leur enfant. Deux d?entre elles, Ursule et Yolande, ont pu être actrices d?une demande d?aide psy, Elles et leurs enfants ont pu reprendre heureusement leur vie : les épisodes difficiles leur ont été l?occasion d?un travail psycho-affectif enrichissant .

Pour Andrée, l?équilibre qu?elle tenait sur un fil s?est effondré. Elle est mère d?un bébé que, suivant l?expression étrangement usuelle, elle ainsi que son compagnon avaient « désiré » . Ils étaient très attachés l?un à l?autre . Le moment venu du sevrage et de confier l?enfant pour travailler, Aimée s?est retrouvée dans un grand blanc sans aucune affection pour quiconque, ni son bébé, ni son compagnon, ni sa famille, ni ses amis. Elle était absente affectivement, on peut dire désaffectée. C?est comme si l?enfant n?avait personne près de lui et le papa n?avait plus de compagne, mais une voisine. Contrairement à Odette, elle était physiquement présente et faisait les gestes nécessaires, mais jamais-là . Ce blanc affectif était sa manière de se protéger d?un désarroi bien plus grand. Jusque là, tant que le bébé était au sein, il colmatait la brèche, ouverte en sa mère, par sa sortie, la brèche due à la sortie, par le col béant de l?utérus, à travers le sexe de sa mère. La béance laissée par la sortie du bébé ne se referme pas. Tant que le bébé est au sein, ou contre sa mère, dans la bulle fusionnelle, la situation, fragile, peut tenir. On trouve une matérialisation artistique de ceci dans une sculpture d?Henry Moore . Cette sculpture métallique représente un couple mère-enfant : la bouche du bébé est un bouchon et le sein de la mère est un trou. La situation s?aggravant, Andrée dut être hospitalisée longtemps , son angoisse la mettant en danger.

Puis, soutenue par son compagnon, le père, qui n?avait pas voulu reconnaître la gravité de la situation , elle a repris le cours de la vie, ayant ravaudé vaille que vaille, en cousant une pièce à gros points, la béance . Ceci ne faisait illusion qu?à elle et son homme. L?environnement social s?inquiétait beaucoup . Ils décident « d?avoir un autre enfant ». Pendant sa grossesse, son entourage proche s?émerveille de la voir reconstruite et radieuse. Elle a la possibilité de faire la démarche de commencer une psychothérapie régulière. Malgré notre travail, le fragile du ravaudage va voler en éclats, peu après la naissance du bébé, sans attendre le sevrage . Andrée n?est que douleur et morceaux. Son compagnon qui n?avait pas voulu reconnaître ses troubles, donc ne l?avait pas aidée, est obligé de voir. Il a peur et pense à s?en aller. Elle est si souffrante et déconstruite : lui faut-il le temps d?une gestation, pour se reconstruire ?

Ursule a perdu le contact avec son enfant à sa reprise de travail. Le papa, lui aussi, laissée seule dans son désarroi, ne s?intéressant qu?à l?enfant. La petite fille ne reconnaissait plus sa maman et la regardait étonnée, inquiète, tendue. Ursule a d?abord fixé son souci sur toutes les questions de puériculture-pédiatrie habituelles. Puis, elle a pris conscience que c?était en elle que l?angoisse était née et a fait appel à une aide psy. C?était déjà tard et l?hospitalisation psychiatrique ne put être évitée, mais le contact entre Ursule et sa fille s?est très rapidement et facilement recréé. Puis elles ont pu être accueillies ensemble dans le lieu d?hospitalisation. Leur séparation a donc été de courte durée. Contrairement à Andrée, elle s?est lancée dans une exploration passionnante bien que fatiguante des raisons pour lesquelles, elle avait ainsi basculé dans l?angoisse et la dépression, elle , la collègue, la copine formidable, boute en train et fiable, c?est-à-dire la dernière personne de qui on aurait pensé une telle panique ravagée.

Les compagnons d?Ursule, Andrée et Yolande avaient en commun d?être assidus dans leur profession basée sur la relation à autrui. Mais tous trois avaient des histoires infantiles et familiales lourdes. En conséquence, ils avaient besoin que leur femme montre une image de femme sûre, sécurisante, qui les protège de leurs misères affectives d?enfant, être une mère sans faille. Ce qu?ils attendaient de leur femme devenue mère ?être sans faille- est justement ce dont elles avaient cruellement besoin venant d?eux. Ceci a transformé en ravage ce qui aurait pu ne demander qu?une aide discrète, sans alerter les populations comme ce fut le cas.

Pour des raisons liées à son histoire familiale, Yolande aurait eu besoin de pouvoir rester plus longtemps à la maison à prendre soin de son bébé et de ne pas reprendre si tôt son travail passionnant où elle s?occupait des enfants des autres. Elle a projeté sur le monde extérieur le reproche qu?elle se faisait de confier son premier enfant, à un tierce personne. Elle se sentait menacée par tous : commerçants, famille, mais surtout par ses collègues. Ceux-ci ne la reconnaissaient plus, elle si sympathique, en cette femme méfiante, énigmatique et agressive. Son domicile, son bébé, seuls la rassuraient. Heureusement, son entourage éclairé m?a contacté, mais ce sont eux qui ont dû jouer le rôle contenant, grâce au fait qu?ils étaient professionnels. Ce n?est qu?après la naissance de son second enfant qu?elle réussit à ressentir le besoin d?aide, au lieu de projeter sur autrui son angoisse.

Voici exposé combien peut être fragile une jeune maman. J?ai évoqué des situations où l?entourage et parfois la société ont été avertis de la souffrance de la maman et de l?inquiétude du bébé (qui n?était plus dans la quiétude qu?il avait connu les trois premiers mois). Des mamans peuvent vivre ceci , intérieurement, dans leur plus intime sans que leur compagnon ne leur en tienne rigueur. Il s?agit alors d?un compagnon solide, tenant sa place de père , (comme l?homme des cavernes qui sortait de la grotte pour aller à la chasse dans le danger pour nourrir sa femme qui reste à l?abri avec les enfants ). Certaines font le choix d?aller travailler cette fragilité pour se consolider : c?est ce qu?a vécu Noémie...Pour ce travail, il faut un professionnel accueillant, présent et attentionné au cheminement propre de la femme et non un donneur de directives.

Revenons à des considérations plus générales : quel est, en ce début du 21ème siécle, le contexte du devenir parent. Accéder à la maternité se présente bien différemment qu?il y a 100 ans. Les habitudes liées à la venue au monde des enfants de notre monde occidental ont été transformées par la diminution de la mortalité infantile et maternelle, ceci allant de pair avec une médicalisation de la naissance, la contraception, les allocations familiales, la légalisation de l?avortement et les PMA.

Nous sommes installés dans un monde : « un enfant , si je veux, quand je veux, comme je veux et, voire, comment je le veux ». La perfection quoi ! La perfection est très dangereuse, il n?y a plus de mobilité possible, ça se coince.

C?est pourquoi, si devenir parent est réellement moins environné de mort, nous donnons toujours la vie à un être mortel, scandale qui développe chez nous rites de protection et angoisses pour que la santé soit plus forte que la mort. Ces rites sont étayés par les medias soit-disant spécialisés, les choix de santé médicaux , les différentes précautions phobiques et les croyances. Ce besoin de protection est fonction de notre sécurité intérieure ou sécurité de base.

Cette sécurité de base se développe dans les relations de bon portage du bébé par sa maman (« holding » de Winnicott) ce qui permet le vécu de ce que le docteur Delassus appelle « l?originaire pour le bébé », à l?époque ou leur existence est indissociable. La mère et le bébé forment une structure individu-environnemnt où le père est indispensable pour apporter sa protection. Puis le bébé va pouvoir se sentir, vers neuf mois, un individu distinct de sa mère. La participation affective du père se particularise surtout par les travaux pour préparer la maison (la maman fait nid pour le bébé, il fait nid pour la famille, c?est son rôle) . Mais j?entends souvent que ceci peut leur être reproché car les mamans gestantes les voudraient comme des mères !

Comment la femme qui met au monde un enfant va-t-elle devenir une mère ? Et pouvoir se mettre à la disposition de ce bébé qui va sans arrêt requérir d?elle une capacité sans faille. Comment va-t-elle pouvoir mobiliser en elle toute cette disponibilité nécessaire au bébé, qu?on peut appeler : préoccupation maternelle primaire ? Comment le père va-t-il pouvoir tenir sa place ? Car devenir mère, père, parent, c?est changer de génération, passer d?enfant à parent. Or, dans le même temps, la présence de ce bébé réveille chez nous nos émotions, joies, embarras et quelquefois la détresse de notre être-bébé. Les appels du bébé, qui attend, réclame, peuvent raviver nos attentes de bébé. Ces appels peuvent nous angoisser au point d?amener un sentiment d?impuissance, d?incapacité, de ne pas avoir le droit d?être mère, pas le droit de vivre, pas le droit d?aimer, donc devoir mourir, ou laisser le bébé, ou mourir avec le bébé.

On mesure combien peut être terrible la situation du bébé dont simultanément la maman et le papa ne sont pas en mesure d?affronter ce passage. Il a la sensation de ne pas cesser de tomber entre ses deux parents démunis, ses deux encore-bébés responsables d?un bébé . Il appelle, hurle en battant des bras ou en se griffant, a peur du soir, crache sa nourriture, ne grossit pas , a des diarrhées. La maman appelle au secours, mais rien ne la rassure. Il arrive que chacun des parents pense que ce n?est que lui, ou que l?autre, qui en porte la responsabilité. Et on diagnostique un RGO ! C?est le plus souvent la maman qui manifeste ainsi son impuissance à faire mûrir le devenir parent en elle. Le papa se rattrape aux branches, soit en niant la situation, soit en prenant le large d?avec sa propre réalité intérieure en se mettant dans le rôle de soignant, bon compagnon : « c?est elle qui déraille ».

Au fur et à mesure des années, je mesure que les fragilités des femmes devenant mère se développent en états pathologiques puerpéraux quand le père reste dans son isolement intérieur infantile tout en se muant extérieurement en homme fort de la situation. Il emmène sa femme en consultation et le pauvre porte tout, le bébé et l?angoisse de retrouver sa femme en larmes, allongée dans la cuisine, ou pleurant sans cesse, ou refusant de toucher le bébé. Le malheureux mari se cantonne alors dans une position tutélaire au lieu de prendre avec sa femme la situation à bras le corps, aimable avec le corps médical et réprobateur avec sa compagne. Les papas modernes ne sont pas des meilleures aides, car ils ont tendance à se transformer en maman-bis qui fait tout et la maman est encore plus larguée dans son incapacité. Pas facile d?être papa.


Avant de terminer, il me faut aborder les circonstances de la venue d?un bébé chez chacun de nous, femme , homme. Comment un enfant arrive dans notre vie. J?aborde ici la question du besoin d?enfant, distincte de celle du désir d?enfant. Le désir d?enfant est constitué de nombreuses forces, certaines connues, d?autres inconscientes qui se sont constituées depuis notre naissance au fil des vécus et des relations avec nos parents, nos s?urs et frères, notre environnement . Toute conception est influencée par ces forces où, bien évidemment le psychique, le somatique et l?affectif sont étroitement interactifs. Aussi, gardons-nous de demander à des parents si l?enfant annoncé, ou déjà né, est désiré. Le mot « désiré » est trop intime. Préférons : souhaité, attendu,prévu , ce qui est du domaine du « besoin ». Je vais citer pour expliquer l?expérience d?un couple qui s?était mobilisé et avait parcouru beaucoup de kilomètres pour mettre leurs enfants au monde dans les meilleures conditions possible. La maman n?avait pas réussi ce qu?elle souhaitait, c?est-à-dire allaiter ses bébés , ce qui avait entraîné des conflits avec les deux maternités : car,l?angoisse de cette maman était communicative et entraînait un sentiment insupportable d?incapacité chez le personnel. Pendant sa seconde grossesse, la maman avait été très déprimée et avait commencé un traitement d?antidépresseur, la psychothérapie psychanalytique, dans un climat haptonomique, ne suffisant pas. Voilà, une famille en marche cahin-caha. Mais les « besoins » d?enfant des deux parents ne sont pas satisfaits. Ils « désirent un troisième ». Surprise, après l?arrêt de la contraception, rien ne se produit. Le couple a la sagesse de cesser l?entreprise après plusieurs mois (d?autres se seraient lancés dans les PMA !). La maman poursuit son travail psy et va découvrir que son souhait n?était pas un souhait d?enfant, mais était lié à un tout autre souhait.

Ainsi à la naissance de leur enfant, les parents sont déjà soutenus ou au contraire emberlificotés par de nombreuses attaches qui les empêchent soit de partir à la dérive, soit de partir en bon chemin

Que se passe-t-il dans l?intime de la maman et du papa? Si la vie actuelle a changé les circonstances de survenue d?une maternité, (au point qu?il n?est même plus nécessaire d?avoir un rapport amoureux fécondant !), devenir parent est toujours un grand bouleversement intérieur. Toujours. Aussi le séjour à la maternité est un temps important, souvent trop court. Pour la plupart d?entre nous, il est possible heureusement de nous fabriquer des protections, à commencer par l?institution du baby-blues et la maman a le droit de montrer son désarroi à la maternité .Mais le papa, comment fait-il ? A cet égard la création du congé de paternité est une avancée importante, malheureusement mal comprise comme par ce spécialiste du droit du travail qui voulait le « garder » pour ses vacances, ou ce chef d?équipe qui, abusant de son pouvoir, rappelle un père de jumeaux le lendemain du retour de la maternité, celui-ci n?osant pas refuser pour garder sa place?

Concevoir un bébé, le porter, abriter une vie, ouvrir sa maison utérine et son sexe pour le laisser sortir, accepter de se séparer de lui sans en garder une parcelle (on pourrait envisager les hémorragies de la délivrance comme des larmes de sang d?avoir à se séparer de son bébé), devenir mère comme sa mère, ne plus être seulement enfant, quelle aventure risquée. Pour l?homme, voir sa femme devenir mère comme sa mère à lui, devenir père comme son père?.

Le bébé en nous est sollicité par ce bébé. Ses pleurs sont-ils les siens, ou ceux que nous avons pleuré, bébé, sans être consolé, ou que nous n?avons pas pu pleurer ? Et s?il arrive qu?il soit inconsolable : n?est-ce pas notre abandon à nous de bébé, ou est-ce que notre détresse augmente l?inquiétude du bébé ? Les demandes du bébé sont trop fortes pour une maman qui dit : « pour ma mère, il n?y en avait que pour mon frère, je ne comptais pas ». C?est ainsi que la PMI est souvent embarrassée, il y a tant à mobiliser, à réparer. Comment aborder ces mamans? Elles ont besoin d?un étayage chaleureux, permanent, fiable et qui tient bon sans se fâcher, ni faire de reproches, quand elle ne vient pas sachant qu?on l?attend. Lorsqu? on a si souvent attendu en vain sa maman, comme c?est rassurant de se savoir attendue et de retrouver notre accueil souriant quand il est enfin possible d?arriver ;

Les dispositifs de PMI et de différentes associations, comme celle où je travaille à Orléans, sont plutôt bien répartis en France : mais il faudrait un personnel bien plus nombreux. Si les mamans et papas soient accompagnés réellement, intimement par des professionnels et non dans des groupes animées par des personnes de bonnes volontés mais non armées pour accueillir l?insoutenable, on peut contribuer à une prévention des difficultés ultérieures, en particulier de la violence..

De même qu?un enfant a besoin de ses deux parents, chacun le sait, de même, il est indispensable que chacun des parents étaye l?autre, reconnaisse l?autre dans sa fonction.La maman qui nourrit et entoure a besoin et d?être soutenue par son compagnon et qu?il assure son rôle d?aider au détachement. Mais le compagnon n?est pas une deuxième maman, même s?il est « maternant »

En concluant, je vous propose, si vous le trouvez, de regarder le film : « Le lait de la tendresse humaine » qui évoque l?aventure d?une maman qui ne peut plus « materner » et laisse son bébé dans la baignoire. L?eau tiède, arrivant doucement de la douche posée près de lui, s?écoule au fur et à mesure par la bonde. La maman s?en va. Le film raconte le chemin qu?elle va faire pour se retrouver maman à nouveau.
"C'est ce qui échappe aux mots que les mots doivent dire" Nathalie Sarraute
Céder sur les mots , c'est céder sur les idées.

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