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"Quand l'instinct maternel est absent..."

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betty_blue
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"Quand l'instinct maternel est absent..."

Message par betty_blue » 16 oct. 2010, 08:29

Interview du Dr Laurence Carlier (Praticien hospitalier, responsable de l’Unité de Maternologie de Saint Cyr )
sur Coté Mômes : www.cote-momes.com

"Quand l'instinct maternel est absent..." article de Gaëlle Desportes


Si la prévention des troubles de la relation mère-enfant est compliquée, elle n'est pas impossible, comme en témoigne la psychiatre Laurence Carlier, responsable de l'Unité de Maternologie de l'hôpital Jean-Martin Charcot à Saint-Cyr-l'école (78). Rencontre.


©iStockCôté Mômes : Qu'est-ce qu'une mère en difficulté maternelle ?


Laurence Carlier : Parmi les nouvelles accouchées, 10 à 15% des femmes sont en difficulté maternelle. Cela se traduit ainsi : dans les semaines qui suivent la naissance du bébé, elles s'aperçoivent, avec beaucoup d'angoisse et de culpabilité, qu'elles ne ressentent rien pour leur enfant, que la maternité ne les rend pas heureuses, que le nourrisson les fatigue et les irrite et que c'est pire de jour en jour. Ce mal être se formalise la plupart du temps par une dépression, appelée « dépression du post-partum ». Pourtant, 90 à 95% d'entre elles n'ont aucun antécédent psychiatrique, et il s'agit le plus souvent d'un enfant désiré, avec parfois même une grossesse et un accouchement « de rêve »... Face à cette souffrance, certaines retourneront leur mal-être contre elles (suicide), ou contre leur enfant (maltraitance). D'autres peuvent, de manière mécanique, continuer à avoir des actes de maternage pour leur enfant (lui donner à manger, le changer, le laver...) mais sans plaisir, quelques-unes n'en sont même plus capables. Certaines vont finir par le dire à leur médecin, tard et avec beaucoup de difficulté, car qui ose avouer que la maternité ne rend pas forcément heureuse dans notre société ? Mises sous anti-dépresseurs, leur souffrance sera « anesthésiée », mais au fond n'aura pas disparu. Ici, notre travail est de mettre à jour ce qui a empêché la rencontre de la mère avec son bébé, le coup de foudre, et lui permettre d'arriver. Le lien et la communication pourront alors s'installer et l'aventure commencer...

CM : En quoi est-il urgent de repérer ces femmes ?

LC : Nous travaillons en concertation avec les réseaux de périnatalité (pédiatres, PMI...) pour repérer les mamans en souffrance. C'est difficile, car les facteurs de susceptibilité ne sont pas spécifiques : cela peut arriver aux femmes de tous âges, de toutes classes sociales, au premier comme au 5e enfant... A l'inverse, des difficultés à vivre la grossesse ne sont pas prédictives de problèmes après ! L'être humain ne se laisse pas facilement mettre en cases. D'autre part, les informations sur la difficulté maternelle ne circulent pas encore assez. Or il est primordial d'identifier les femmes qui souffrent au plus vite, car depuis la grossesse et jusqu'à neuf mois après la naissance de son bébé, elles bénéficient d'une disponibilité d'esprit très particulière (entre autre la fameuse « transparence psychique » décrite par Monique Bydlowski), dont nous avons besoin pour travailler.

CM : S'il n'y a pas eu prise en charge avant les 9 mois de l'enfant, que se passe-t-il ?

LC : Les mamans finissent par sortirent de leur dépression, car la force de vie reprend le dessus, mais il reste une cicatrice. Leurs relations à l'enfant pourront se fonder sur le doute et la culpabilité. Quand l'enfant va grandir, la mère pourra avoir du mal à lui mettre des limites, car elle aura peur de ne plus être aimée. De son côté, l'enfant « insecure », peut développer de nombreux troubles : troubles du sommeil, de l'alimentation, pleurs incessants, problèmes digestifs... Pour une petite fille, le moment d'aborder la maternité pourra s'avérer une étape difficile. Cela dit, un enfant dont la mère a une difficulté à devenir mère ne souffre pas forcément de carences affectives (et son cortège de troubles), car il y a souvent d'autres personnes autour de lui, le père notamment, qui peuvent compenser. Si un de ses deux parents peut offrir une permanence affective, c'est le principal. Enfin, il est toujours possible d'intervenir après les neuf mois de l'enfant, même si le résultat est moins optimal.

CM : Quelle est la spécificité de votre Unité de Maternologie ?

LC : En 1987, le Dr. Jean-Marie Delassus a voulu fonder à Saint-Cyr un véritable service de médecine périnatale et de soins de la maternité psychique, et non une unité de psychiatrie mère-bébé telle qu'il en existait déjà. Ici, il y a donc toute une équipe pluridisciplinaire composée d'infirmières, de psychologues, de puéricultrices, de sages-femmes, de pédopsychiatres et de pédiatres, concevant la maternité comme un processus psychique qui peut être en souffrance. A partir de là, le but est d'identifier les dysfonctionnements maternels précoces pour prévenir les handicaps susceptibles de menacer le développement de l'enfant.

Pour se faire, nous aidons la mère à repérer ce qui fait blocage à sa maternité, au travers notamment de vidéos cliniques et d'entretiens psychothérapeutiques. Les mamans hospitalisées sont filmées deux fois par semaine pendant qu'elles nourrissent leur petit : la vidéo permet un regard commun pour toute l'équipe. C'est ce « regard soignant » qui va soigner la maman, lui permettre ensuite de regarder son enfant... Suivant la gravité de la difficulté maternelle, nous proposons l'hospitalisation à plein temps de la maman et de son enfant de 0 à 9 mois (capacité de quatre lits mamans et quatre lits bébé), l'hospitalisation de jour (pour les femmes en attente de plein temps ou venant juste de le quitter) et les consultations (pour les mamans enceintes ou en post-natal dont la difficulté maternelle n'est pas sévèrement préjudiciable au développement de l'enfant). La durée d'hospitalisation est d'environ 6 à 8 semaines.


Unité de Maternologie, 1 rue Raymond Lefebre - 78210 Saint-Cyr-l'Ecole. Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de l'Association française de maternologie, http://materno.club.fr.
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knelle372
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Re: "Quand l'instinct maternel est absent..."

Message par knelle372 » 06 nov. 2010, 10:57

J'ai adoré cet article!!!!!

cette semaine j'ai trouvé une autre théorie, sur le fait que l'instinct existerait tout de même... J'ai pas eu le temps de le mettre ici, ça reste intéressant... C'est en fait une réponse à Elisabeth Badinter sur son livre "La mère, la femme"...
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marie
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Re: "Quand l'instinct maternel est absent..."

Message par marie » 08 nov. 2010, 12:37

Très interressant Kanelle. C'est un sujet tout à fait passionnant. D'où provient l'article dont tu parles? Depuis ma dm j'ai envi de me lancer dans des études de socio. Tout ça fait énormement réflechir n'est-ce pas?

Bises

mamounette
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Re: "Quand l'instinct maternel est absent..."

Message par mamounette » 08 nov. 2010, 17:42

Ca m'interesse aussi Kanelle.
Dans mon cas avec le recul, j'ai plus ressenti un immense instinct(?) de protection envers un tout petit sans defense et hyper dependant, mais un instinct maternel, alors la, je cherche encore...
J'avais lu un article sur les animaux dans les zoos qui ne saurait plus pour certains s'occuper de leur petit, n'ayant pas ete eux-meme pris eleve par leur mere, ou n'ayant pas pu observer leurs congeneres s'occuper de petits. Cela faisait aussi reflechir.
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knelle372
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Re: "Quand l'instinct maternel est absent..."

Message par knelle372 » 08 nov. 2010, 19:23

Les filles, je vous mets ça dés que j'ai 5 minutes, peut être même ce soir, la téloch en anglais c'est pas pour moi! :hehe:
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knelle372
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Re: "Quand l'instinct maternel est absent..."

Message par knelle372 » 08 nov. 2010, 21:55

Voici le lien de l'article :
http://bibliobs.nouvelobs.com/20100212/ ... h-badinter

J'espère que ça va marcher... et au cas où, je tente un copié/collé!

«Le comportement maternel a une base biologique»
Une chercheuse américaine répond à Elisabeth Badinter

Aux Etats-Unis, Sarah Blaffer Hrdy, anthropologue et primatologue, membre de l'Académie des Sciences, s'est penchée sur les thèses d'Elisabeth Badinter. Pour la chercheuse américaine, réfuter l'existence d'un instinct maternel ne tient pas la route scientifiquement. Interview

Il y a dix ans paraissait sous la plume de Sarah Blaffer Hrdy, anthropologue, membre de l'Académie des sciences américaine - et féministe elle-même- 600 pages intitulées « les Instincts maternels » (Payot). Parce qu'on doit à la France, à travers les thèses de Simone de Beauvoir et Elisabeth Badinter, l'hypothèse de la « mère socialement construite », la chercheuse démolit cette doctrine, en répliquant que chez tous les primates, l'investissement maternel émerge à la suite d'une sorte de réaction en chaine, « interactions complexes entre gènes, tissus, glandes, expériences passées et signes de l'environnement. Les comportements complexes comme le maternage ne sont jamais totalement prédéterminés génétiquement ni produits par le seul environnement.» Les travaux de Sarah Hrdy n'opposent pas inné et acquis, nature et culture. Ils montrent que l'instinct maternel n'est pas une pulsion sommaire indestructible, mais qu'il se met en place si l'environnement n'est pas défavorable.

BibliObs.- Trente après avoir remis en cause l'existence de l'instinct maternel, Elisabeth Badinter récidive. [=> « La femme n'est pas un chimpanzé »]. Elle explique par ailleurs que, de nos jours, des pressions s'exercent pour que l'enfant soit remis au centre de la vie féminine et présente l'allaitement comme une aliénation, voire une régression. Elle parle aussi d'une «offensive naturaliste»...

Sarah Blaffer Hrdy.- J'ai lu le premier ouvrage d'Elisabeth Badinter sur la maternité avec un grand intérêt et non sans une certaine admiration. Néanmoins, je ne suis pas d'accord avec sa théorie selon laquelle il n'y aurait aucun fondement naturel et biologique pour expliquer le comportement maternel. Bien sur qu'il y en a! Cependant les critiques de Badinter, sa conviction qu'il existe un dogme déterministe et biologique bien trop simpliste m'a aidé à clarifier ma propre pensée. De ce point de vue, nous pouvons apprendre l'une de l'autre. Une grande partie du problème vient de la façon dont le terme «instinct maternel» a été utilisé. On l'a parfois perçu comme une sorte d'interrupteur qu'il suffirait d'activer ou non, comme pour allumer la lumière.

La réalité c'est qu'au cours de la grossesse, se met en place une chaîne de changements physiologiques considérables et qu'à la naissance, des neurotransmetteurs comme l'ocytocine sont libérés, qui favorisent la transformation de la mère. Si elle se trouve dans un contact intime et prolongé avec ce petit étranger sorti d'elle, ses circuits neuronaux se modifient et l'encouragent à répondre aux signaux et aux demandes émis par son enfant. Une fois que la mère commence à allaiter (dans les 70 heures environ suivant la naissance) et que le bébé stimule ses tétons, elle devient encore plus nourricière.

L'expérience aussi joue un rôle important pour «l'apprentissage de mère», comme c'est le cas pour tous les primates, mais surtout pour l'espèce humaine. Pour des raisons profondément liées à l'évolution, les réponses maternelles de la femelle humaine sont dépendantes du contexte social et particulièrement du soutien qu'elle va recevoir au non. On observe que les femelles humaines ont besoin d'un soutien plus important que tout autre mammifère. Et il ne faut pas oublier que bon nombre des femmes «abandonnantes» sur lesquelles Badinter a disserté de manière très virulentes, ces mères qui au XVIIIème siècle donnaient leurs enfants à de vagues nourrices, étaient éloignées de leur bébé juste après la naissance. On ne laissait presqu'aucune d'elles s'occuper de son nourrisson.

De plus, si vous envisagez la longue histoire de l'évolution humaine comme une sorte de coopérative de maternage - qui incluent pères, mères, oncles, grands-mères, frères et sœurs plus âgés- où chacun aide la mère à s'occuper du petit et à le nourrir, vous réalisez qu'une mère qui manque d'un tel support social n'a aucune chance d'élever ses enfants avec succès. L'abandon à la naissance était donc une réponse parfaitement naturelle pour les femmes privées de soutien. Proclamer que ces femmes n'ont pas d'instinct maternel parce que dans de telles conditions - arrachement du bébé à la naissance et manque de soutien- le lien avec l'enfant ne s'est pas mis en place, c'est mal interpréter les réalités biologiques complexes de l'amour maternel et l'ambivalence de l'espèce humaine.

BibliObs. - Elisabeth Badinter et vous êtes toutes deux féministes. En quoi votre féminisme est-il différent du sien?

Sarah B. Hrdy.- Je ne connais pas suffisamment l'œuvre d'Elisabeth Badinter pour faire une analyse de ses thèses, aussi vais-je simplement vous parler des miennes. Pour moi, le féminisme est synonyme d'égalité des chances pour les deux sexes - à cet égard, il s'agit simplement d'un prolongement de la démocratie. Le mot «féministe» ne prend une connotation politique que lorsque s'exercent des forces qui tendent à réduire l'égalité des chances pour les femmes ou à les discriminer - comme cela a été le cas en Occident pendant des siècles et comme c'est toujours le cas dans d'autres cultures.

Dans un contexte scientifique, le féminisme prend une importance toute particulière dès lors que l'on sait que les pressions sur les femmes liées aux théories darwiniennes n'ont pas été prises en compte pendant bien longtemps. On prenait pour postulat que toutes les femmes seraient mères, que toutes les mères élèveraient autant d'enfants que possible et que toutes les femmes étaient des créatures passives, dénuées de facultés stratégiques, qui avaient évolué simplement pour produire et allaiter des bébés.

Au passage, je trouve passionnant que l'un des premiers théoriciens de l'évolution à commenter combien les effets de la sélection sur les femmes étaient ignorés ait été une Française, Clémence Royer, traductrice de Darwin. Mais à cette époque, ses contributions peuvent se résumer en une formule: un prêche dans le désert. Clémence Royer a été complètement marginalisée, puis oubliée. Cent cinquante ans plus tard, lorsque j'ai commencé à étudier l'évolution des primates, j'ai considéré comme partie de mon travail d'étendre et corriger les théories de Darwin en décrivant les stratégies de reproduction des femelles autant que celles des mâles. Dans ce sens, ma sensibilité féministe a simplement fait de moi une meilleure scientifique.

De nombreux chercheurs se méfient de la sensibilité féministe parce qu'ils confondent féminisme et préjugés en faveur des femmes. Mais ils oublient combien les premières études de l'évolution étaient empreintes de préjugés en faveur des hommes. Personne, bien sûr, ne peut totalement s'affranchir des préjugés. Même le plus neutre des empiristes qui s'enorgueillit de son objectivité travaille parfois à partir d'hypothèses sujettes à diverses influences. Le travail d'un bon scientifique est de mettre en question et tester constamment les hypothèses de travail et d'utiliser des méthodes d'observation et de statistiques pertinentes afin de déceler ces influences éventuelles.

Et les préjugés en faveur des hommes dans la théorie darwinienne de l'évolution, je peux vous le dire, étaient particulièrement flagrants. Elisabeth Badinter a très bien perçu cela. Les préjugés sur les mères et le rôle des femelles dans le processus d'évolution devaient être à tout prix identifiés et remis à plat. Je suis très fière de pouvoir le dire aujourd'hui, beaucoup des préjugés qui ont heurté et affecté Clémence Royer ont été rectifiés. Après tout, c'est en cela que réside le salut de la science, comparée, disons, à la religion ou à d'autres conceptions du monde: la structure de la science implique qu'elle se corrige elle-même. Les scientifiques adorent corriger les erreurs des autres.

BibliObs.- Quand Elisabeth Badinter proclame que l'instinct maternel n'existe pas, n'est-ce pas déstabiliser certaines femmes, les faire douter de leur capacité d'être mère ?

Sarah B. Hrdy.- Eh bien, nous pourrions peut-être demander aux principaux intéressés ici - les enfants - ce qu'ils en pensent. Il ne fait aucun doute qu'ils ont besoin, pour grandir, de la chaleur, de la proximité et de l'affection des membres d'un groupe très familier en qui ils aient confiance. Et si on leur donne le choix, ils préfèrent que la personne qui leur donne des soins soit... leur mère. Et les mères, pour des raisons physiologiques évidentes (l'allaitement étant la première), sont souvent celles qui ont le plus envie de donner aux enfants ce dont ils ont besoin.

Ceci dit, je suis convaincue que les humains ont évolué en en élevant les enfants en coopération (1). Les pères comme les mères ont une très grande capacité d'éducation. Parce que les hommes n'accouchent pas et n'allaitent pas, leurs réactions hormonales sont programmées de manière très différente. Mais il ne faut pas se méprendre : si un homme vit intimement avec une femme durant les derniers stades de sa grossesse et s'il est en étroit contact avec son enfant après sa naissance, il subira également une transformation physiologique. Il est probable que son taux de prolactine s'élève (pas autant que la mère qui allaite, mais leurs taux respectifs s'élèvent quand même) et son taux de testostérone s'infléchit. C'est extraordinaire. On peut supposer qu'il existe un grand potentiel inexploité chez les hommes dans ce domaine.

Par ailleurs, il n'est pas nécessaire de porter un enfant et d'accoucher pour se comporter «maternellement». Les réactions d'une mère adoptive peuvent être pratiquement les mêmes biologiquement que celles de la mère biologique; et c'est également pour cette raison qu'une nurse payée pour s'occuper d'un enfant peut développer un attachement beaucoup plus fort au bébé que la mère biologique.

Récemment, des chercheurs en neurologie ont étudié les réactions cérébrales d'hommes et de femmes (y compris de femmes nullipares n'ayant jamais donné naissance à un enfant) qui regardaient un bébé de face. Les mêmes zones cérébrales qui s'activent alors sont les mêmes que celles qui sont stimulées par d'autres sensations de plaisir. Ce qui veut dire que les humains - la seule espèce de singes (voir encadré) à se développer en élevant les enfants en coopération - trouvent naturellement agréable d'être en contact avec des enfants et de s'en occuper; et c'est une bonne chose car il n'existe aucune autre espèce qui produise des petits qui mettent autant de temps à grandir et nécessitent autant de soins.

Ceci dit, il est important de garder à l'esprit qu'il n'y a rien de biologiquement exceptionnel ou d'anormal à ce qu'une mère humaine éprouve des sentiments ambivalents face aux exigences de son bébé. S'il y a un seul message à retenir de mon livre « Mother Nature », c'est que « les mères humaines ont besoin de beaucoup d'aide pour élever leurs petits.» Mais heureusement, il n'est pas indispensable d'être une mère biologique pour trouver gratifiant de s'occuper d'enfants, à tel point qu'une allomère, c'est-à-dire un membre du groupe autre que la mère, peut se sentir plus «maternelle» qu'une vraie mère qui a passé beaucoup de temps loin de son enfant. Dans mon pays, je m'inquiète beaucoup du devenir de la révolution féministe, tout comme Elisabeth Badinter le fait elle-même. Mais ma plus grande peur est que, en, tant que société, nous perdions l'art d'élever des enfants, et avec lui beaucoup de qualités humaines comme l'empathie, la conscience, le soin aux autres qui se développent au cours du maternage de l'enfant...

Propos recueillis et traduits par
Véronique Cassarin-Grand et Anne Crignon
Le Nouvel Observateur, Février 2010
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mamounette
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Re: "Quand l'instinct maternel est absent..."

Message par mamounette » 09 nov. 2010, 08:47

Merci ! Tres interessant, je medite :perv:
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marie
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Re: "Quand l'instinct maternel est absent..."

Message par marie » 12 nov. 2010, 12:46

Merci Knelle de nous faire partager cet article :amen: . Vraiment très interresant :super:

Je suis super pro Badinter, mais cette théorie est également très éclairante.
Je trouve très judicieux de voir l'instinct maternel, non pas comme un interrupteur, mais comme un processus.
En fait, ce n'est pas si contradictoire avec les théories de Badinter. Je pense que Badinter joue sur un autre terrain, celui des droits de la femme. Car c'est pas parce qu'on porte les enfants, qu'on a la possibilité de les allaiter, et que peut être il existe un "instinct maternel", que nous devons assumer toutes les responsabilités que supposent nos enfants et donner notre vie pour eux :nonon: . Il me semble que le message de Badinter c'est ça.
J'ai beaucoup aimé aussi le fait de relever l'importance de la communauté familiale dans l'education des enfants et de sa necéssité pour que jaillisse cet "instint" (ce mot ne me plaît pas). Je suis bien placée :( , et je ne suis pas la seule, pour le corroborer (spéciale dédicace pour Ka, si elle passe par là).

Génial de pouvoir contraster les opinions, merci...

côtéobscur
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Re: "Quand l'instinct maternel est absent..."

Message par côtéobscur » 12 nov. 2010, 21:46

Merci pour ce texte.
J'avais lu le livre de Badinter, effectivement je le trouvais un peu réducteur. Elle aborde le côté féministe de la chose.
J'aime beaucoup comme Marie cette notion d'entourage qui est le terreau de la relation mère enfant.
Nous avons une graine en nous que nous faisons germer avec plus au moins de bonheur.
Selon le soin et les influences qui peuvent y être apportés ce sera plus ou moins enraciné et fort.
J'aime m'imaginer que cela puisse s'illustrer par un arbre qui peu à peu offre un abri et un appui à la pousse de nos tous petits.
C'est vrai que le mot "instinct" paraît guère approprié.
Peut-on parler de "compétence innée" qui se parfait dans le temps et selon l'environnement ?
Et oui, ce soir je suis d'humeur bucolique... :]
"Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort" état d'esprit dans lequel je suis à ce jour...

knelle372
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Re: "Quand l'instinct maternel est absent..."

Message par knelle372 » 14 nov. 2010, 17:52

Je pense que cette notion d'entourage est très très importante, je ne connais pas les détails de toutes les histoires des mamans qui viennent ici, mais pour ma part, je crois que cette solitude face à ma fille à sa naissance a beaucoup joué dans ma difficulté.
C'est aussi le constat de ma sage grand mère : ma tante a fait une grave DPP à l'arrivée de sa deuxième (13 mois après la première) et elle vivait dans une maison paumée au milieu des bois, sans voiture, sans voisins, même pas possible d'aller chercher le pain à pied.
Ma grand mère m'expliquait qu'à son époque, les grands parents étaient là pour aider, une tante, une cousine pas loin.
De nos jours les nouveaux grands parents voyagent, font comprendre qu'ils n'ont pas envie de "remettre ça" avec les petits enfants...
Les famille sont éclatées au quatre coins de la France, bref, on est seule face à notre maternité.
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