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Bien à vous.

S'il vous plait.

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Céliniel
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S'il vous plait.

Message par Céliniel » 10 mars 2017, 14:53

Bonjour,

J'espère arriver au bout de ce message et me sentir assez courageuse pour l'envoyer.
Si je me tourne vers vous, c'est parce que je ne sais plus vers qui me tourner et je me sens de plus en plus fragile. D'abord, je tiens à dire avant tout que j'aime mes enfants plus que tout au monde, que j'ai choisi de les mettre au monde et que leur naissance reste pour moi une bénédiction... même si moi, je ne suis sans doute pas une bénédiction pour eux.
Ensuite, je tiens à préciser que je ne cherche aucune excuse et que je ne souhaite pas minimiser mes fautes. Seulement, je voudrais être la plus objective possible sur la situation pour que vous puissiez m'aider à me sortir de mon brouillard. Sans jugement, s'il vous plait.
A la naissance de mon premier enfant, je me suis retrouvée très seule. Loin de ma région natale, ma famille qui prenait ses distances, des amis qui appellent moins et qu'on appelle moins, un conjoint dont il faut apprendre à connaître les failles autant qu'il apprend à connaître les nôtres... le contexte n'a pas été facile quoiqu'assez banal finalement. Pendant cette grossesse, tout s'est déroulé merveilleusement sur le plan médical. Dans ma tête,c 'était déjà l'enfer. La peur de perdre le bébé, la peur d'accoucher, cette famille si proche qui s'éloignait soudain, le papa qui n'était pas aussi attentionné (parfait?) que je l'espérais. A la naissance de mon fils, le baby blues a été violent, j'ai pleuré sans discontinuer et sans que quiconque ne songe à me proposer une aide. L'allaitement que j'avais si soigneusement préparé a été un fiasco total et j'ai mis du temps à me le pardonner. D'ailleurs, je ne me le pardonne toujours pas. Six mois plus tard, je suis retombée enceinte malgré la prise de la pilule. Nous n'étions pas prêts à recevoir ce bébé, et quand je l'ai perdu au bout d'un mois, j'ai beaucoup culpabilisé en me disant que j'avais provoqué inconsciemment cette fausse couche. Là encore, je me suis sentie bien seule avec cette perte. Quelques mois plus tard, j'ai attrapé la mononucléose, maladie assez banale et souvent sans conséquence si ce n'est qu'elle m'a transformée en légume pendant des mois et que j'ai mis du temps à refaire surface. Je me sentais vidée, triste, et jamais à la hauteur.
Finalement, deux ans et demi après l'arrivée de notre fils, dans une période d'accalmie, nous nous sommes sentis prêts à retenter l'aventure, même si je sentais quand même que ma fragilité était toujours là. Entre le moment où nous avons évoqué la possibilité de ce deuxième bébé et le moment où je suis tombée enceinte, il s'est écoulé 15 jours. Un tourbillon, ça allait vite, un peu trop vite. Première angoisse: le bébé ne se montrait pas. Il a a fallu du temps pour être sûre que je ne faisais pas une grossesse extra utérine. Rassurée dans un premier temps, j'ai vécu cette grossesse comme anesthésiée. A la fois heureuse de sentir à nouvelle la vie en moi et à la fois désabusée par l'indifférence du papa (qui m'avait promis l'inverse et qui avait souhaité plus que moi encore cette deuxième grossesse) et le rejet total de mon fils aîné qui ne souhaitait pas du tout aborder le sujet de cette grossesse. A six mois, le col avait bougé et le bébé montrait quelques signes de défaillance respiratoire. Suivie par une sage femme, c'est elle la première à avoir posé les mots sur ce que j'ai vécu à la naissance de mon premier enfant. Jusqu'ici, j'avais toujours fui le mot "dépression". Grâce à elle, j'ai pu enfin libérer ce que j'ai ressenti, cette colère, ce sentiment d'impuissance et d'abandon qui parfois explosait et rejaillissait sur mon bébé. Il n'y avait eu alors qu'une tape sur la cuisse, lorsque mon bébé avait 7 mois, mais j'avais déjà le sentiment que ce n'était pas normal. On ne frappe pas sur ce qu'on aime, et encore moins, sur un bébé. Suite à ça, je me suis beaucoup documentée pour comprendre d'où venait ma colère et pour tout faire pour qu'elle ne déborde jamais plus sur mon enfant. Je me suis retrouvée pleinement dans l'esprit de la parentalité positive, j'ai tout fait pour utiliser au mieux ces outils et permettre à mon fils de s'épanouir avec mon amour et ma sécurité en toile de fond. Pendant un temps, ça nous a bien réussis... j'ai entamé une hypnothérapie pour guérir de mes propres blessures, comprenant que l'incapacité de mon père a nous aimés mes frères et moi, sa froideur et sa colère constantes, ses humiliations répétées, la relation pathétique qui le liait à ma mère, les dépressions à répétition de celle-ci sans qu'elle ne les reconnaisse jamais, moi, utilisée comme fusible pour éviter les explosions... tout ça avait contribué à me fragiliser. Mais la thérapie a été courte et n'a pas vraiment réglé le problème de la colère. En fouillant un peu, j'ai appris que mes frères combattaient aussi cette violence "froide" qui jaillissait aussi à certains moments et retombait sur leurs enfants. Le fait qu'ils travaillent a certainement permis qu'ils ne dépassent jamais la ligne. Moi, je l'ai franchie et je n'en suis vraiment pas fière.
La première fois, c'était deux semaines après la naissance de mon deuxième fils, arrivé finalement à terme et bien potelé. Bébé RGO qui ne dormait jamais, ni le jour, ni la nuit, j'étais épuisée par une fin de grossesse que j'ai finalement dû gérer seule. Malgré les recommandations de ma gynéco qui m'avait conseillé un repos total et interdit de prendre les transports pour éviter les contractions, mon compagnon et sa famille n'ont pas eu l'air de comprendre mon besoin d'aide et j'ai continué à faire les courses, le ménage et à gérer mon fils aîné en pleine période d'opposition tout en ayant conscience de mettre ma deuxième grossesse dans la liste des souvenirs à oublier.
Quand ce bébé est arrivé, je m'étais préparée psychologiquement à la solitude de la chambre de maternité et je l'ai mieux vécue. Malgré qu'il ne dormait pas, j'ai réussi à prendre sur moi. Mais ma relation avec mon grand garçon était abîmée. Agé de deux ans et demi à la naissance de son frère, il avait scindé la famille en deux: Son père était son père à lui, et moi, j'étais la mère de son petit frère mais plus sa mère à lui. Dès mon retour de la maternité, le ton était donné. Il voulait changer de maman, ne voulait pas de ce bébé, ne supportait pas ses pleurs, et son frère, entre son reflux et ses coliques, n'en finissait pas de pleurer. J'essayais de gérer au mieux, de passer du temps avec mon grand, de réparer cette relation si particulière qui m'unissait à lui. En vain. Je me sentais comme une traitresse à ses yeux. Deux semaines après mon retour, après une nuit blanche, alors qu'il faisait un bruit du diable en essayant de surpasser les pleurs de son frère, la gifle est partie. Mortifiée, j'en ai parlé à son père qui m'a rassurée en me disant que ce n'était rien, à mon médecin qui m'a rassurée en me disant que ce n'était rien, à ma mère qui m'a rassurée en me disant que ce n'était rien. Pourtant, je ne me faisais plus confiance. Je sentais bien que la violence était là, insidieuse. Et que non, ce n'était pas rien.
Quelques semaines plus tard, la deuxième gifle est partie. Cette fois encore, j'ai essayé d'en parler à la pédiatre, lui dire que je me sentais démunie face à mon fils que je ne reconnaissais plus, face à ce bébé qui hurlait constamment. En vain. J'étais une bonne mère, je devais me reposer, point.
Nous avons déménagé pour aller vivre à la campagne. Ce fut un nouveau déchirement pour mon fils aîné. Il a mis des mois à accepter ce changement, à retrouver des repères. Peu à peu, notre relation s'est apaisée. Même s'il montre toujours une préférence marquée pour son père, même si je sens bien que quelque chose est définitivement cassé entre nous, nous retrouvons un peu de complicité. En revanche, alors que jusqu'ici, j'étais restée stoïque face à son frère, acceptant les difficultés dues aux nuits hachées, depuis quelques temps, je me sens à nouveau fragile. Et si je me décide à vous écrire tout ça, c'est parce que ce matin, mes nerfs ont lâché pour la troisième fois en un an. Ma mère est venue me visiter cette semaine, chose qu'elle fait environ trois fois dans l'année. Alors que nous étions plutôt proches avant, depuis mon départ, notre relation s'est détériorée. J'appréhendais sa venue et nous n'avons fait que nous disputer. Elle est partie hier soir, jour de mon anniversaire et j'étais dans un état second. Pas grand monde ne s'est souvenu de ma fête et j'avoue que ça m'aurait fait plaisir que mon compagnon marque l'événement pour sortir du quotidien. Alors ce matin, après une énième nuit hachée due aux réveils de mon cadet, je me sentais comme une marmite prête à exploser. Et j'ai explosé. Alors que je n'arrivais pas à mettre mon bébé (âgé de dix mois) dans le porte bébé (il déteste être porté ou être dans la poussette, être "engoncé"), je me suis énervée et je l'ai jeté sur le lit. Je me suis enfermée dans la salle de bains pour pleurer après l'avoir finalement mis dans sa poussette. Il a fini par s'endormir. Mais son frère (qui a maintenant 3 ans) l'a réveillé quelques minutes après en lui prenant sa tétine. Et la gifle est partie. Encore.
Le pire dans l'histoire? Mon fils est venu me consoler après, avec sa joue rouge, en me demandant si ça allait... je me suis sentie pire que minable.
Je ne sais pas comment endiguer cette colère que je sens en moi. Alors que 90% de mon temps est employé à les choyer, à réparer, à satisfaire, à tout faire pour être la mère dont je rêve, il y a ces 10% de temps où je me sens hors de moi, où j'ai envie de tout jeter par la fenêtre. Je sens que j'aime être mère, j'aime m'occuper d'eux, leur fabriquer des jouets, leur transmettre mes valeurs... mais je voudrais parfois retrouver un peu d'oxygène, retrouver une part de moi, une bulle de sérénité dans laquelle je ne craindrais plus d'entendre une parole blessante, un pleur, une réclamation. Et là, depuis un an, ce n'est plus possible. C'est du non stop, tout le temps, jour et nuit, à devoir gérer ce bébé qui ne dort pas, cet enfant en colère (avec raison) contre moi, leur jalousie, mon couple en ballotage, l'indifférence de nos familles respectives. Et cette colère que je voudrais tant éradiquer définitivement.
Voilà. Je ne sais pas si je peux faire quelque chose de tout ça. Je ne sais pas où j'en suis vraiment. Je voudrais juste qu'on me guide, qu'on me dise ce que je dois faire pour réparer ce que j'ai cassé avec mon fils aîné, pour apprendre à tuer cette colère avant qu'elle n'explose et pour retrouver un espace de liberté pour créer à nouveau pour moi, dans cette vie de mère au foyer que j'aime pourtant mais qui ne me comble pas totalement.
Je me sens épuisée. Je me sens seule. Je voudrais juste un peu d'aide.

hirondelle
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Re: S'il vous plait.

Message par hirondelle » 10 mars 2017, 17:33

bonjour Céliniel
sois la bienvenue parmi nous.
Ici tu ne seras pas jugée car nous connaissons trop bien ce mal être invivable et les mauvaises idées qui l'accompagnent. S'il y a un endroit où tu ne dois pas en avoir honte, c'est bien ici.
Céliniel a écrit : Loin de ma région natale, ma famille qui prenait ses distances, des amis qui appellent moins et qu'on appelle moins
En effet l'éloignement de notre base de sécurité est un facteur supplémentaire qui peut précipiter notre mal être et d'autant plus avec la maternité.
Céliniel a écrit : le baby blues a été violent, j'ai pleuré sans discontinuer et sans que quiconque ne songe à me proposer une aide
combien de temps a duré ce baby blues? Cette dépression?
Céliniel a écrit : L'allaitement que j'avais si soigneusement préparé a été un fiasco total et j'ai mis du temps à me le pardonner
Non rien n'est aussi simple qu'on veut bien nous le faire croire dans les livres et les médias... la pression mise pour être la mère parfaite nous culpabilise mais ne nous rend pas service, bien au contraire.
Tu as fait ce que tu as pu et c'est déjà beaucoup.
Céliniel a écrit : je l'ai perdu au bout d'un mois, j'ai beaucoup culpabilisé en me disant que j'avais provoqué inconsciemment cette fausse couche
Non, rien de ce que tu as pu penser n'a induit cet évènement. Tu n'en es en aucun cas responsable.
Mais il est évident que malgré tout, même sans avoir encore investi cette grossesse c'est un deuil à faire et ça n'a pas du t'apaiser pour la grossesse suivante bien sûr.

Le travail que tu as fait es formidable et tu as compris beaucoup de choses par rapport à ta fragilité.
Pour la colère qui te submerge aujourd'hui, tu n'en es pas responsable.
Tu vis avec des bases fragiles, tu as toujours tout fait pour éviter les conflits, pour te protéger des comportements non adaptés des adultes.
Aujourd'hui tu te vois encore livrée à toi même, sans aucune attention de ton entourage... un papa qui ne te soutient pas, une mère qui ne se rapproche pas de toi, un père qui ne t'a jamais démontré son amour.....
La petite fille qui est en toi hurle...
As tu pu en parler à un médecin ces temps dernier?
Un psychologue pourrait peut être te permettre de trouver un moyen de faire lâcher cette soupape sans explosion.
Céliniel a écrit :qu'on me dise ce que je dois faire pour réparer ce que j'ai cassé avec mon fils aîné
Rien n'est perdu.
Peut être que consulter un pédopsychiatre pourrait vous guider tout les deux vers des retrouvailles et l'acceptation de ce petit frère qui vient se positionner entre toi et lui.
Ton conjoint pourrait peut être également se rendre à ce RDV, ce qui permettrait qu'il s'implique un peu.
Quel modèle parental a t il eu d'ailleurs pour rester en retrait de cette façon d'ailleurs?

J'espère qu'ici tu pourras venir échanger et que tu trouveras le soutien nécessaire pour rebondir.
Moi aussi j'avais la main leste quand rien n'allait comme je voulais, que j'étais seule à tout gérer, que ma fille me tenait tête.....
Etre débordé émotionnellement est fréquent et chacun réagit comme il le peut. Tu vas trouver des clés pour sortir de ce cercle au plus vite.
Tu peux aussi lui expliquer que tu vas mal, que tu es très fatiguée mais qu'il n'y est pour rien , que ce n'est pas de sa faute, que tu vas te faire aider.

dans l'attente de te relire :hello:
Toutes ces pierres sur lesquelles on se hisse … Et qui font de nous un édifice
On a tous au fond du mental ...Toutes ces choses fondamentales
Qui nous poussent et qui nous font pousser
Cachées là au fond du mental ...Ce sont les choses fondamentales

coconut
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Re: S'il vous plait.

Message par coconut » 12 mars 2017, 14:22

Bonjour Celiniel,

J'espère qu'ici tu trouveras l'aide que tu attends, saches que tu n'es pas jugée.
Si je te réponds, c'est parce que je me retrouve dans ton discours.
Moi aussi je me suis sentie très seule à l'arrivée de mon premier enfant : ma Maman étant hospitalisée pour un cancer, mon papa à ses côtés (tout à fait normal) et mon mari totalement absent. Au fil du temps, la relation avec mon bébé est devenue fusionelle. Je me suis oubliée, avait quasiment coupé les ponts avec mes amis et vivait dans ma bulle.
Comme toi, 2 ans et demi après, l'arrivée du deuxième bébé. Mon mari toujours absent mais je m'étais préparée ! Ma relation avec ma mère qui s'était détériorée car nous ne sommes pas d'accord sur l'éducation des enfants et l'aîné qui n'a pas accepté sa petite sœur, et l'a rapidement fait savoir en étant violent physiquement envers elle.
Étant fille unique, j'avais idéalisé la relation frère /sœur, je suis donc tombée de haut. J'ai plusieurs fois levé la main sur mon aîné jusqu'à me faire peur un jour et contacter une psychologue. Notre relation en avait pris un coup. L'état fusionnel avait disparu. J'ai appris en même temps que lui à partager : lui, à partager sa Maman avec sa sœur, et moi, à partager mon temps entre mes deux enfants. Petit à petit, la psychologue m'a appris à me concentrer sur les choses positives et ne pas faire une montagne des points négatifs.
Aujourd'hui, mes enfants ont une vrai relation frère /sœur. Bien sûr, ils se chamaillent mais ils passent aussi de bons moments et sont très complices!
Avec le recul, je peux dire que mon aîné avait besoin d'attention et être violent était sa manière à lui de réclamer ce dont il avait besoin. Peut-être qu'il en ai de même pour ton aîné : il cherche sa Maman "d'avant", sa Maman, disponible que pour lui. Tu pourrais essayer de lui expliquer calmement que ton amour pour lui est toujours aussi fort mais qu'il arrive que tu sois fatiguée et débordée, que tu comprends sa colère, mais que par moment, tu n'y arrives plus et que tu te mets en colère. Il ne faut pas hésiter à répéter encore et encore, à chaque fois qu'il a besoin de l'entendre. Et surtout, lui dire qu'il n'y est pour rien. Prends-tu du temps pour lui exclusivement? Peut-être pendant les siestes du petit. Parfois il suffit de choses simples : dessiner avec lui, préparer le repas, prendre un bain...
Arrives-tu à prendre du temps pour toi seule? Peut-être en laissant tes enfants à garder. Un rdv chez le coiffeur par exemple fait beaucoup de bien au moral, ça permet de respirer un peu et comme tu dis, ne plus entendre de pleurs, de paroles blessantes et de réclamations.

Bon courage et à bientôt

Céliniel
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Re: S'il vous plait.

Message par Céliniel » 14 mars 2017, 21:14

Avant tout, merci d'avoir pris le temps de me répondre. Vous lire me fait déjà beaucoup de bien parce que je n'ai pas l'habitude de me "découvrir" de cette façon et la peur du jugement est toujours bien trop présente. Je n'ai pu répondre avant parce que j'ai très peu de temps pour moi en journée avec mes deux enfants et le soir, je sombre dès que je pose la tête sur l'oreiller.
Je vais essayer de vous répondre au mieux.

Ma dépression a duré plus d'un an, avec un pic au moment de ma mononucléose. J'en étais arrivée à un point où je m'asseyais dans la cage d'escalier dès que j'avais couché mon bébé tant j'avais peur de mourir et que personne ne soit là pour lui. Je me disais qu'au moins, s'il m'arrivait quelque chose, j'aurais le temps de frapper chez le voisin. A l'époque, mon compagnon finissait ses journées à 23h.

Concernant les mères parfaites.... on n'imagine pas ce que celles des réseaux sociaux peuvent faire comme mal. A vouloir trop bien faire, à vouloir suivre leur exemple, à se dire que si elles y arrivent, il n'y a pas de raison pour qu'on n'y arrive pas... ce sentiment que quoi que l'on fasse, ce ne sera jamais assez bien... J'ai eu la bêtise de ne pas me faire confiance, de chercher ailleurs les réponses qui se trouvent sûrement quelque part en moi, même si pour l'instant, elles sont enterrées sous un amas d'émotions négatives. J'ai regardé leurs intérieurs parfaits, leurs enfants parfaits, leurs photos parfaites, leurs couples parfaits, leurs éducations parfaites... et j'ai tenté d'aller toucher à cette perfection, sans me rendre compte que cette pression constante, sur moi, sur mes enfants, sur mon compagnon, ne pouvait que nous faire trébucher. J'essaie d'être plus indulgente avec mes erreurs, mais il y a encore du travail pour y parvenir.

J'ai parlé à la pédiatre de mes fils de cette difficulté que mon fils aîné rencontre avec son frère. Elle m'a dit que cette relation était normale et saine et que les relations fraternelles étaient toujours compliquées, qu'on les idéalisait trop. Je sais qu'elle a raison, mais le vrai problème n'est peut-être pas tant leur relation que ma façon de la gérer. Quand mon fils aîné est agressif avec son frère, ça me met hors de moi. Et ce qui me surprend à chaque fois, c'est qu'il passe d'un état de douceur à cette violence en quelques minutes... en fait, en l'écrivant, je me rends compte que c'est exactement ce que je fais. Je passe mon temps à freiner mes impulsivités, à nourrir une douceur feinte et au final, la colère a toujours le dessus. Je ne suis pas du tout contre l'idée de nous faire suivre, je veux vraiment trouver un équilibre et "renaître" en tant que mère, mais je ne sais pas vers qui me tourner. Où trouver un psychologue? Puis-je prendre rendez vous avec un pédopsychiatre sans passer par mon pédiatre?
Mon compagnon est un bon père. Il est gentil, mais sa meilleure défense face aux problèmes, c'est la fuite. De nous deux, je suis le maillon fort de l'équipe, celle qui n'a pas le droit d'être malade, qui prend les décisions, qui joue sur tous les tableaux. Quand je me suis effondrée après la naissance de notre fils, il n'a absolument pas su gérer. J'y suis allée au mental pour remonter la pente, mais j'ai ce sentiment d'avoir transformé cette intense tristesse de l'époque en cette colère sourde qui surgit à tous moments... Il vient d'une famille italienne où la femme doit faire le dos rond, où elle doit se taire et tout assumer. Il a toujours vu ses parents se comporter ainsi, pour lui, ils sont un couple idéal alors que, malgré l'amour évident, ils n'ont jamais cherché à se protéger l'un l'autre et ma belle-mère a dû également affronter des grossesses et des accouchements très difficiles seule.

Je répète très souvent à mon fils aîné que je l'aime, que je suis fatiguée et que je n'ai pas le droit de lever la main sur lui comme je le fais. J'ai conscience aussi que sa violence envers son frère n'est qu'un miroir de la mienne envers lui. Même si elle est le plus souvent sous-jacente, il est suffisamment observateur et intelligent pour s'apercevoir de mon état émotionnel et lorsqu'il sent la fragilité, il va appuyer là où ça fait mal. Je sais que c'est justement pour me sonder, pour se rassurer sur ma capacité à m'auto-gérer. Du moins, je le ressens comme ça. Avec mon compagnon, nous avons planifié une sortie chaque semaine, seul avec lui. Je l'emmène à la bibliothèque, je lui ai transmis ma passion pour les livres, alors parfois, c'est un moment magique pour nous. Il arrive souvent qu'il soit trop énervé et dans ce cas, nous allons plutôt au square. Le matin, je lui consacre de longs moments pour faire des jeux de société. En réalité, j'ai souvent l'impression qu'il me "mange" pour ne plus laisser une miette à son frère, mais que ça ne lui suffit pas non plus. Et ça m'épuise d'avoir ce sentiment de ne pas réussir à gérer l'équilibre entre les deux. Mon bébé ne fait quasiment pas de sieste la journée. C'est un petit dormeur et il se réveille encore plusieurs fois la nuit. Ca n'aide pas à passer de vrais moments avec l'un ou avec l'autre.
Je n'ai plus de temps pour moi. Clairement, je prends à peine le temps de m'habiller le matin, une douche le soir une fois qu'ils dorment et... c'est tout. Cela fait longtemps que je rêve de retrouver mes passions d'avant, ce qui faisait de moi quelqu'un d'entier, l'écriture, la création... mais je ne parviens pas à me dégager du temps. J'ai proposé à mon compagnon de déposer les enfants une fois par semaine chez ses parents... ce serait déjà une petite bouffée d'air.

Pardon pour ce long roman... mais ça fait du bien de délivrer, d'écrire, de lâcher les mots. J'aime tant mes enfants, j'aimerais tant trouver cet équilibre familial que je n'ai jamais connu, tout en réussissant à devenir la meilleure version de moi-même... j'ai juste une impression d'échec permanent.

Je vous remercie mille fois d'avoir pris le temps de me répondre. Vraiment.

ritalea
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Re: S'il vous plait.

Message par ritalea » 15 mars 2017, 09:23

Bonjour Céliniel,

je suis moi aussi une maman en difficulté mais je me permets de répondre à ton post car peut etre que ça peut t'aider...

à la manière dont tu écris les choses, j'ai l'impression que tu prends beaucoup sur toi (beaucoup trop?) et que forcément à un moment ou à un autre tu ne peux plus et ça éclate sous forme de colère, avec peut etre certains gestes violents. C'est normal que ça explose! Je crois que tu devrais vraiment prendre le temps de TE RESPECTER et de T'ECOUTER.

Tes enfants n'ont surtout pas besoin d'une maman parfaite qui gère sans cesse ses émotions pour se montrer calme, attentive et douce alors que parfois à l'intérieur ça bouillonne. D'une part c'est un fonctionnement intenable sur la durée et en plus c'est leur montrer qu'eux aussi doivent gérer leurs émotions pour toujours paraitre. Je crois vraiment que tu dois être douce avec toi même: accepter tes limites, là où tu peux plus et mettre en place des choses pour les respecter.

Ce n'est pas une vie d'avoir juste le temps de s'habiller le matin et de prendre une douche le soir! N'importe quel individu pèterait un câble (en tout cas c'est mon avis). Crée toi des espaces pour toi, peut etre en confiant tes enfants en halte garderie quelques heures par semaine?

C'est super ce que tu as mis en place avec ton fils aîné: une sortie par semaine tous les deux. Pour le reste, je fais l'hypothèse que peut etre ton fils cherche à te pousser à bout, pour voir quelles sont tes limites. Et il "utilise" peut etre son petit frère pour cela?
Céliniel a écrit :Quand mon fils aîné est agressif avec son frère, ça me met hors de moi.
Certainement qu'il le sent. As-tu essayé de te montrer ferme? en lui disant que tu n'acceptais pas un comportement comme ça de sa part envers son petit frère. Je ne sais pas c'est une piste...
Céliniel a écrit :Où trouver un psychologue?
Si tu n'as pas les moyens tu peux te diriger vers le CMP de ta ville c'est gratuit mais il y a souvent beaucoup d'attente...Sinon ça peut etre une consultation familiale certains psys ou organismes pratiquent "la thérapie systémique" c'est super adaptée pour travailler les relations familiales, vous y viendriez en famille.

En tout cas je trouve que tu as déjà pris conscience de beaucoup de choses, que tu avances et je salue ton envie de consulter et de te donner les moyens de t'en sortir.

Je crois vraiment que ton premier besoin c'est de souffler un peu, avoir moins la tete dans le guidon au quotidien te permettra d'avoir du recul et de faire redescendre cette pression.

Bon courage a bientot
Transmettre la vie ne dispense pas de la vivre.
Benoite Groult

weshallovercome
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Re: S'il vous plait.

Message par weshallovercome » 15 mars 2017, 13:05

Mais tu as bien fait de te lancer Ritalea, ta contribution est pleine de douceur et d'intelligence, et je la plussoie intégralement.
Oui Céliniel, s'écouter soi-même, ne pas se sacrifier complètement, ne pas se faire passer à l'as, penser aussi à soi pour mieux penser aux autres (à la fois plus efficacement et de façon moins contrainte), c'est essentiel. Le "modèle" sacrificiel de ta belle-mère est invivable, et sans doute que si on lui demandait son avis, elle ne souhaiterait ça à personne (en tout cas,c 'est le cas de la mienne !)
Du temps pour ton premier garçon pour lui tout seul, c'est top :super: du temps pour toi seule, et pour ton couple, c'est essentiel aussi. Un petit relais hebdomadaire des grands-parents, c'est une très bonne idée ! :)
Pour reparler un peu de ton fils aîné, la pédiatre voit juste à mon avis ; il réagit avec un certain naturel à l'arrivée de son cadet, et ça ne va sans doute pas s'éterniser. Le pacte doit être clair pour lui : il n'est pas obligé d'aimer son petit frère ni d'être tout le temps bien disposé envers lui, il a le droit d'en avoir marre, mais qu'il lui fasse mal volontairement n'est pas acceptable; de même que les tapes de maman (et de papa ?) ne le sont pas ... oui c'est plus facile à dire qu'à faire, je le sais bien vu que j'ai testé, j'ai connu la main qu'on ne parvient pas à empêcher de partir, mais qui finalement n'améliore en rien le comportement ... alors j'ai sorti la "violence éducative ordinaire" de ma vie et je suis convaincue que plus nous serons nombreux à le faire mieux la génération de nos enfants se portera. C'est d'autant plus envisageable qu'on peut être aidé pour ça, guidé dans une démarche d'éducation bienveillante (ou du moins sans violence éducative).
Céliniel a écrit:Où trouver un psychologue?
Ritalea :Si tu n'as pas les moyens tu peux te diriger vers le CMP de ta ville c'est gratuit mais il y a souvent beaucoup d'attente...Sinon ça peut etre une consultation familiale certains psys ou organismes pratiquent "la thérapie systémique" c'est super adaptée pour travailler les relations familiales, vous y viendriez en famille.
Effectivement, que ce soit pour une thérapie personnelle (toi seule) ou familiale (et les deux pourraient être aidantes dans ta situation je crois), les deux sont possibles en institution (CMP, mais aussi EPE), ou en libéral, avec un psychologue ou un psychothérapeute (non pris en charge) ou un pédopsychiatre ou psychiatre (pris en charge au moins en partie). Dans tous les cas passer par le pédiatre n'est pas obligatoire ; mais c'est intéressant si ta pédiatre peut t'indiquer un professionnel en qui elle a confiance. L'association dispose d'un petit carnet de professionnels, nous pouvons essayer de t'aider dans ta recherche si tu acceptes d'indiquer à une orange ou rouge, en MP, ta ville de résidence.
A propos des réseaux sociaux, comme ton constat est juste ! mais il existe aussi des blogs et des pages qui parlent vrai sur la parentalité et la petite enfance, et qui dédramatisent avec beaucoup d'humour : Wonder Mom en a ras la cape, Mère de famille l'enfer du décor, Parents épuisés, et beaucoup d'autres ...
Autre chose, le terme "gérer" est très présent dans tes écrits, et là je dois te mettre en garde : ce mot apparemment commode est très piégeux. Il fait partie du vocabulaire de la finance et n'a en fait rien à faire dans nos sphères familiales et intimes ! Il traîne avec lui tout un tas de notions qui accroissent la pression, performance, cadence, efficience, "être au top" ... Or tu verras qu'à chaque fois que tu cherches à le remplacer par un mot plus précis pour désigner l'action que tu veux accomplir auprès de tes enfants ou de toi-même, cette action va te paraître à la fois moins difficile, moins rebutante, plus humaine, plus noble ... :coeur:
j'aimerais tant trouver cet équilibre familial que je n'ai jamais connu, tout en réussissant à devenir la meilleure version de moi-même...
Mais tu es déjà en train d'accomplir ça :) ça passe par une certaine désillusion sur ce que tu n'as pas connu et que forcément tu idéalise ; mais enterrer sa famille rêvée pour apprécier sa famille réelle, ça en vaut la peine, je t'assure :)
"une maman qui te ressemblerait" William Sheller

coconut
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Re: S'il vous plait.

Message par coconut » 15 mars 2017, 21:41

Bonsoir Celiniel,

Tout d'abord, je trouve que tu arrives à prendre du recul face à ta situation. Tu y as réfléchis, et tout ce que tu entreprends est positif pour te sortir de ce passage difficile.

Concernant les mamans sur les réseaux sociaux, elles montrent que ce qu'elles ont envie de montrer! La difficulté maternelle étant tabou dans notre société, on a tendance à dire et montrer que tout va bien, encore plus sur les réseaux sociaux. Une manière d'essayer d'égaler ce que nous transmettent les médias. À ce sujet, en ce moment, un album est en cours sur la page fb de Maman Blues pour dévoiler l'envers du décor et contrer tout ces magazines affichant des mamans ou futures mamans bien dans leur peau. Une bonne manière de se sentir moins seule...

C'est très bien que tu arrives à te consacrer exclusivement et régulièrement à ton aîné, il peut être fier de sa maman! Avec le temps, tous tes efforts et tes explications, il va prendre ses marques et trouver sa place. Sa colère va s'estomper et une véritable relation fraternelle va s'installer. Néanmoins, la maman que tu es doit aussi retrouver sa place de femme, vivre pour elle aussi. En prenant du temps pour toi, tu retrouveras la sérénité pour faire face aux colères des enfants. Qu'en pense ton mari de laisser les enfants une fois par semaine à ses parents? Ça pourrait être positif pour tout le monde : pour toi, pour retrouver ta vie de femme; pour ton couple, si vous en profitez de temps en temps pour prendre du temps à deux; pour les enfants car ils feront des activités différentes avec les grand-parents et auront l'occasion de tisser des liens forts avec eux; pour les grand-parents car ils profiteront de leurs petits enfants.

Pour ce qui est du suivi, Weshallovercome m'a devancé en parlant de la liste des professionnels connus de l'association.

Courage, tu es sur la bonne voix... :coeur:

bbdamour1989
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Re: S'il vous plait.

Message par bbdamour1989 » 26 mars 2017, 23:20

Bonsoir Celiniel
Je vais répéter ce que les autres mamans blues disent mais c est bien vrai ! ICI ON NE JUGE PAS
Je te felicite pour ton courage et tes mots / maux que tu es venues livres ici sans tabou c est tout a ton honneur
Quand a ton ainé il est en plein dans le questionnement . « maman m aime ?» « pourquoi lui il pleure et on s occupe de lui ?»
Mon premier avait 2 ans et 2 mois quand mon second est arrivé. Et biensur le second rgo aplv malaises hospis specialistes en tout genre .... mon grand avait trouvé le miyen de trouver l attention : se faire vomir ! Il devait me partager et moi j etais dans le meme etat que toi mon second a commencer a dormir plus de 6h / nuit a 10 mois autant te dire que j ai eu la main legere plus d une fois. J ai egalement jeté bb rgo dans mon.lit tant j avais tout essayé et etait a bout de nerfs a bout de force de tout avoir essayé pour tenter de le calmer.
Comme le disent les filles il faut que tu consultes que tu exteriorises cette colere .
Pourquoi ne pas mettre les enfants quelques jours a la garderie ? Mon grand va maintenant a l ecole mais mon second va le lundi et le jeudi a la halte garderie pendant deux heures. Ca ma aide je n etais plus esclave de mes enfants .
J attends actuellement mon troisieme petit mec. Mon grand de 4ans et demi a hate de voir son petit frere arrivé mais alors le petit casse bonbon de deux ans lui «non pas bebe » il est tres fusionnel avec moi a cause du rgo ( moi seule pouvait lui donner a manger , le coucher etc) la ca va lui faire tout drole
j ai été stupide de penser que je ne pourrais pas l aimer car avec le temps il est devenu irremplacable a mon coeur Stahn
Thomas mon bébé pansement de la maternité pourtant un BABI
Hugo Une fin de grossesse difficile moralement fini en déclenchement

Séréna
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Re: S'il vous plait.

Message par Séréna » 24 mai 2017, 14:15

Bonjour Celiniel,

j'espère que tu as pu trouver des solutions et du soutien depuis ton dernier message. Comment vas-tu aujourd'hui?
En fait, ton message m'a énormément touchée car je pourrais écrire certaines choses à l'identique, mot pour mot. Si tu veux nous pouvons échanger (par message privé si tu préfères?)

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