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Site non médical de soutien, d'écoute et de conseils dans le cadre de la difficulté maternelle

Pendant plusieurs jours, je ne trouve pas le sommeil



Le calme avant la tempête

Avec une grossesse idyllique, je ne me ménage pas et je vis ma vie professionnelle à fond. Je continue également les sorties entre filles. La veille de mon accouchement, je suis sur le dance floor.

Mon fils est en siège. Je voulais un accouchement physiologique. Heureusement la maternité est favorable pour un accouchement par voie basse. Malheureusement, avec un siège, la péridurale est obligatoire. J'arrive en catastrophe à la maternité. La pose de la péridurale se fait alors que je suis dilatée à 10. Je suis extrêmement fière et je m'enivre d'une force incroyable. Tout se passe bien sauf qu'à partir de mon arrivée en chambre, je ne dors plus de la nuit. Je suis trop excitée. Je sens une puissance en moi qui ne retombe pas. Et puis on me réveille toutes les deux heures… C'est la canicule dehors et j'ai extrêmement chaud. Il m'est impossible de dormir...et puis il y a mon bébé. Pendant plusieurs nuits, je ne trouve pas le sommeil.

Cinq jours après la naissance, de retour à la maison, je fais une psychose du postpartum.

La psychose puerpérale se déclare

Je suis tellement fatiguée que je délire. Mon cerveau ne gère plus rien du tout. Mon néo cortex, m'a-t-on expliqué, s'arrête pour laisser place au cerveau reptilien, celui de la survie. Je parle à mon mari toute la nuit, j'entends des voix, je revis mon accouchement je me vide de sang, d'urine, je déchire tous mes points. Je crie jusqu'à la mort. Je dis à mon mari de sortir de notre appartement en lui donnant le bébé. Je lui demande fermement de sortir, de fermer portes et fenêtres.

Je hurle : "Sors ! ". Je crois mourir.

Je revis mon accouchement à ce moment précis.

Heureusement, en entendant mes cris, les voisins sont tous sortis sur le pallier. Une de nos voisines a pris notre enfant pour que mon mari s'occupe de moi (c'est un ancien pompier). Lorsqu'il revient dans la maison, je suis en train de perdre connaissance. Je convulse très violemment. Il tente de me tenir comme il peut. Les hallucinations sont toujours présentes. Je vis la fin du monde, la mort de ma famille. C'est très étrange et en même temps très spirituel (moi qui ne crois pas en tout ça….)

Je dois être hospitalisée en urgence

Les policiers et les pompiers arrivent à notre appartement. Je suis attachée sur une chaise roulante et immédiatement hospitalisée en psychiatrie en urgence. Je reprends mes esprits comme si tout était normal. Mais j'ai oublié ce qu'il s'est passé. Je ne parviens à me souvenir :  est ce que j'ai eu un enfant ? est ce que j'ai été violée ? Je ne sais plus rien mais j'ai mal partout. Mon corps est meurtri, comme passé sous un camion et j'ai les jambes en sang. Je suis attachée dans un couloir à un lit, les jambes quasi ouvertes face à une porte automatique que je vois s'ouvrir et se fermer. Mon mari pleure à côté de moi. Il ne parvient pas à me parler.

Je suis sans sous-vêtements dans une robe que mon mari a réussi à m'enfiler avant de partir de chez nous. D'autres personnes internées sont là, j'ai peur.

On me donne des médicaments pour dormir et je suis placée à l'isolement pendant deux jours durant lesquels je n'ai le droit à aucune visite ni à mon téléphone. L'idée est de me couper de toute stimulation et contact extérieurs.

Je veux absolument allaiter et j'arrive malgré tout à tirer le peu de lait que j'ai pour ne pas arrêter ma montée de lait.

Je sors de psychiatrie 8 jours après la naissance de mon enfant. J'ai seulement deux rendez-vous fixés à l'hôpital suite à cet épisode.

Une accalmie de quelques mois

Tout revient dans l'ordre et je retrouve mon bébé et ma famille. Je suis rassurée car mon fils prend bien le sein. Nous pouvons reprendre notre vie et faire connaissance au fil des jours.

Pendant sept mois, j'allaite mon bébé. Je continue plus ou moins mes activités professionnelles étant donné que je travaille à mon compte mais surtout je surinvestie les activités proposées pour les bébés.

Nous déménageons alors que mon fils a 15 jours.

Il nous réveille jusqu'à 10 fois par nuit. Puis arrive le confinement en mars 2020. Je suis isolée, coincée avec mon bébé que j'ai du mal à gérer. Mon mari est présent mais totalement impuissant. Mon sommeil est complètement perturbé. Mon bébé ne dort pas et quand il dort, je veux faire autre chose que d'être cette mère. J'ai énormément de problème de sommeil et quand la nuit tombe c'est une lutte infernale avec moi-même.

La descente aux enfers débute. Je fais une grosse dépression.

Je dois arrêter l'allaitement, ce qui me rend extrêmement triste.

Le confinement prend fin, mon bébé va retourner à la crèche. J'en suis soulagée.

Je reprends le travail à un rythme acharné. Puis un jour, je n'y arrive plus. Je suis au volant de ma voiture et pour la première fois de ma vie, j'appelle un psychiatre d'urgence. J'ai envie de tourner très fort le volant pour me planter dans un mur. J'arrive à la maison avec une ordonnance, un traitement pour dormir. Ce psychiatre va me suivre pendant six mois à raison d'une fois par semaine.

Le suivi et le traitement m'aident

Plusieurs mois après, je retourne chez un autre psychiatre plus près de chez moi qui me fait faire des tests. Ces derniers vont révéler que je suis atteinte d'un trouble bipolaire. Il m'explique que c'est assez fréquent à la suite d'une psychose puerpérale.

Avec le temps, ça va mieux mais de nouveau la dépression revient. Je vis un enfer. Lorsque je suis en phase haute (d'excitation), je suis à fond et je ne dors plus, pleine d'énergie et de projets.

Aujourd'hui, nous avons enfin trouvé le bon traitement. Je ne travaille plus et c'est parfait ainsi. J’explore d’autres pistes professionnelles et personnelles qui me font du bien… J’ai appris à mieux me connaitre !

Mon fils a 6 ans et il dort, après deux ans et demi de galère. Nous sommes heureux !

J'espère que mon témoignage pourra vous aider.

La lumière est bien au bout du tunnel ! Qu'elle est douce et merveilleuse !




Nathalie

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