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Je me sentais si connectée à mon fils lorsqu’il était dans mon ventre…Claire
Demain, mon fils aura un an.
Un an depuis sa naissance, depuis sa première inspiration, son premier cri. A vrai dire, il est entré dans ma vie bien plus tôt - il y a 21 mois, dès que le test de grossesse affichait “enceinte”. Sitôt son existence révélée, c’est la mienne qui a été bouleversée.
J’avais tout pour être heureuse. J’avais épousé un homme incroyable au terme d’un superbe mariage, nous étions propriétaires de notre appartement, j’avais un travail stable et épanouissant, je suis tombée enceinte du premier coup. Cette avalanche de bonheur me semblait trop belle pour durer : il allait forcément m’arriver quelque chose.
Et que pouvait-il m’arriver de pire que de perdre mon bébé ?
Enceinte et sur le fil
Pendant toute ma grossesse, je retenais ma respiration à chaque passage aux toilettes, priant pour ne pas voir de sang. Je me rendais à chaque échographie la boule au ventre, craignant qu’on nous annonce « la fin du rêve ». J’avais peur de mourir d’une hémorragie de la délivrance à l’accouchement, je redoutais que le cœur de mon bébé ne s’arrête sans raison particulière à quelques jours du terme. Je m’informais trop, me préparais à trop d’éventualités. J’avais du mal à ne pas envisager de scénarios catastrophe .
Pourtant, tout allait bien. Mon bébé était en bonne santé et est né à terme. L’accouchement s’est déroulé sans complication, par voie basse, sans instruments.
Certes, le travail a duré 36 heures et j’étais épuisée (je ne dormais déjà plus beaucoup les dernières semaines de la grossesse). Certes, j’ai été déclenchée sans avoir tous les éléments pour prendre une décision éclairée, aveuglée par la fatigue et l’envie “d’en finir” avec cet état de grossesse. Certes, j’ai subi des violences gynécologiques lors de la pose du ballonnet (toucher vaginal brutal et sans consentement, absence d’explication sur ce qu’il se passait, aucune réaction du personnel soignant face à mes pleurs et mon stress évident).
Mais sur le papier, tout s’était bien passé.
Il est arrivé et je n'ai plus su qui il était
Je me sentais si connectée à mon fils lorsqu’il était dans mon ventre… Pourtant, celui que mon mari venait de poser sur moi était un inconnu. Mon ventre était vide, je n’étais pas préparée à devoir faire ce deuil. Je n’ai pas vécu l’accouchement et la naissance de mon fils comme une rencontre mais comme une séparation.
Dès les premiers jours à la maternité, j’ai commencé à sombrer.
J’étais épuisée mais ne pouvais pas me reposer. J’avais en effet fait le « choix » d’allaiter exclusivement. Il fallait que je donne à mon fils du colostrum à la cuillère toutes les heures en plus des tétées, le personnel soignant n’étant pas certain de l’entendre déglutir. Le lait maternisé pour permettre à mon mari de me relayer ? Visiblement un tabou dans les maternités IHAB. Mon fils n’acceptait pas d’être posé dans le berceau, mais il était déconseillé de s’endormir avec son bébé sur soi à cause du risque de mort inattendue du nourrisson. Alors je luttais pour ne pas fermer les yeux.
Les pleurs du bébé me tétanisaient. Une auxiliaire de puériculture nous tenait des propos culpabilisants (“S’il pleurait, c’est parce que vous ne l’avez pas réveillé pour le nourrir”, “Il doit ressentir votre stress madame”, “Mais vous n’avez pas changé sa couche avant de le nourrir ?!”).
Je n’arrivais pas à dormir et je n’arrivais visiblement pas à m’occuper correctement de mon bébé. Un désespoir violent s’est emparé de moi. Je voulais rentrer chez ma mère, tout abandonner. Le personnel a pris mon fils au poste de soin pour que je puisse me reposer. J’ai étouffé mes pleurs et mes cris dans un oreiller.
La psychologue de la maternité a, de son propre chef, estimé qu’il n’était pas nécessaire de me voir, considérant que j’avais « suffisamment parlé avec une interne en pédiatrie » de mon séjour à la maternité.
Une accalmie de courte durée
De retour à la maison, je me suis sentie mieux pendant quelques temps, jusqu’au jour où j’ai rencontré des difficultés de sommeil associées à des crises d’angoisse. Mon médecin a évoqué un trouble anxieux du post partum. En revanche, il était “trop tôt” pour parler de dépression post-partum. La psychologue qui me suivait à l’époque m’a affirmé qu’il était “normal que je sois bouleversée” après la naissance de mon enfant.
Puis, lorsque je ne suis plus parvenue à dormir du tout, mon médecin m’a orientée vers les urgences psychiatriques. Malgré le traitement prescrit, je n’ai pas réussi à retrouver le sommeil tout de suite. Là encore, la psychiatre des urgences tente de me rassurer en évoquant la “normalité” de mon état.
Or rien de ce que je traversais ne me semblait normal.
Au quotidien, je pleurais beaucoup. Je me sentais incapable de gérer mon fils, de faire face à ses pleurs. Le sentiment d’incompétence était omniprésent. J’étais obsédée par le sommeil (le mien - que je ne trouvais plus - celui de mon fils et de mon mari). Chaque action du quotidien, chaque interaction avec mon bébé était une épreuve. Je culpabilisais en permanence, tenaillée par une anxiété sourde qui se transformait en crises d’angoisse à la nuit tombée.
J’étais prise dans ce cercle vicieux de l’angoisse, et de la culpabilité de ressentir une telle angoisse face à son enfant, dans une période au cours de laquelle tout le monde nous enjoint à être heureux et à profiter.
Profiter de quoi, d’ailleurs ? J’étais épuisée. Je ne savais plus qui j’étais, je ne me reconnaissais plus.
Je voulais prendre un aller-simple et ne jamais revenir. Fermer les yeux et me réveiller quand ça irait mieux. Je ne voulais pas mourir, mais je ne voulais plus vivre comme ça. Je ne pouvais plus supporter cette souffrance.
Trouver de l'aide vaille que vaille
Cette douleur et cet état m’étaient insupportables, mais une envie désespérée de m’en sortir l’a emportée : j’ai frappé à toutes les portes possibles pour obtenir de l’aide.
J’ai pris contact avec une psychologue spécialisée en périnatalité qui m’a permis de réaliser que je n’avais jamais récupéré de mon accouchement. Un accompagnant périnatal m’a fait prendre conscience du caractère traumatisant de mon accouchement et du séjour en maternité. Une connaissance psychiatre a évoqué un début de dépression post-partum.
Dépression post-partum.
J’avais lu beaucoup de choses sur le sujet, ce sont des mots qui me faisaient peur. Je n’avais pas de terrain dépressif, je ne savais pas ce que c’était de vivre une telle chose.
Des antidépresseurs et anxiolytiques m’ont été prescrits. J’ai mis en place un suivi régulier avec ma psychologue. Nous avons organisé un relais pour me permettre de me reposer la nuit : ma mère, mon mari, ma belle-mère et des étudiantes sage-femme géraient les nuits à tour de rôle. J’ai arrêté d’allaiter, je me suis concentrée sur mon repos.
Le travail psychologique m’a aidée à comprendre que les pleurs de mon enfant n’étaient pas le reflet d’un échec de ma part ou d’un état de détresse de la sienne, mais son seul mode d’expression. J’ai compris également d’où venait ma crainte permanente d’un malheur, le sentiment de ne pas avoir droit à tout ce bonheur.
Un jour, mon fils, qui avait environ trois mois, m’a regardée de ses yeux bleus perçants, par dessous ses cils, pendant que je lui donnais un biberon. Je me suis noyée dans son regard, j’aurais voulu ne jamais le lâcher. Je l’ai toujours aimé, mais en cet instant j’en suis tombée amoureuse.
Et aujourd’hui, je vais mieux.
Claire
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