Alors que je suis déjà maman d'une fille de 3 ans, j'accouche de ma deuxième fille fin septembre 2022.
Rapidement, je me sens angoissée, stressée, incompétente. J'ai l'impression d'être nulle. Je suis souvent triste. L'inquiétude est présente tout le temps et pour tout dès que cela ne va pas dans le sens de ce que j'ai pu lire. Je regarde pleins de choses sur des forums, sur des groupes sur les réseaux.
Je pleure toute seule face à cette sensation de nullité. J’ai peur de me tromper, de mal faire, de prendre une mauvaise décision et finalement de ne pas être à la hauteur.
Depuis septembre, je fais l’instruction en famille avec ma première fille de 3 ans. Je veux être parfaite sur tous les plans et correspondre à tout ce que je lis sur le maternage proximal, sans même m'en rendre compte. Finalement, c'est lorsque j'en viens à penser au fait que ma famille se porterait sans doute mieux sans moi que je réalise ma souffrance et la maltraitance que je m'inflige, seule. A ce moment-là, nous sommes fin janvier 2023, ma deuxième fille a 4 mois. Je me confie à mon mari, qui reste sans voix, mais aussi passif, comme s’il n’entendait pas mon appel à l’aide. Il semble figé et démuni. J’en parle aussi à une cousine qui me propose de venir à la maison. C'est là qu’elle prend conscience de mon état. Je ne laissais pas tant que ça paraître ma souffrance.
Inconsciemment je voulais cacher ce que je ressentais car mon état ne correspondait pas à mes attentes, à mes croyances de ce qu’est une « bonne » maman.
Je voulais donner l’image d'une maman qui gère tout, son post-partum, la nouvelle vie à Lyon après un déménagement, l’école à la maison de la « grande » de 3 ans.
Mais après cette discussion avec ma cousine, cette dernière s’isole avec mon mari. Elle lui exprime le fait que j’ai besoin d’aide. Il est essentiel de mettre en place des choses car je ne suis plus en capacité de tout gérer. Il va falloir m'imposer de l'aide même si je n'en suis pas d'accord.
Je me rappelle alors que mon mari commande des tétines pour que l’on essaie. Cela fait plusieurs semaines que je me demandais si cela ne serait pas plus facile. Je ne pouvais plus être la seule "indispensable" malgré l'allaitement ;
Je me souviens qu’il prend rendez-vous aussi avec une conseillère en sommeil des bébés, chose que j’avais si peur de faire. Cela signifiait que j’allais être une mauvaise mère. J'avais idée que cette solution allait faire de moi une maman qui va peut-être dire non à son bébé pour suivre un programme pour pouvoir mieux dormir et avoir un peu de temps.
Puis je vais chez le docteur. Ce dernier me confirme que cela ressemble bien à une dépression post-partum (j’ai depuis, lu quelques articles sur le burn-out parental et j’ai un doute sur ce que j’ai réellement vécu). Le médecin me propose un traitement anxiolytiques. J’ai peur par rapport à l’allaitement. Il m'indique que je peux y réfléchir et fait un courrier à la pharmacie de mon quartier spécialisée en méthodes alternatives (plantes, bourgeons, hydrolats, etc.). A la pharmacie, ils me proposent un traitement à base de plantes et de magnésium que je prends.
Parallèlement à cela, je contacte Maman blues. Les bénévoles me donnent les coordonnées d’une psychologue de mon quartier qui connaît les problématiques du post-partum. Je sors un peu du déni et fais tomber le masque en disant réellement ce que je vis à mes amies, mes proches. Ma maman, habitant à 3 heures, vient m’aider quelques jours. Ma tante prend plusieurs fois ma grande de 3 ans. Une amie vient me voir deux jours.
Je consulte la psychologue recommandée par Maman blues pendant plusieurs mois, ce qui me permet de verbaliser. J'interroge ma maman sur notre lignée pour mieux comprendre ce que je vis, pour faire des liens, appréhender ce qui ne m’appartient pas vraiment. Ce qui m’aide également, c'est mon suivi avec ma thérapeute en hypnose maïeutique où j’ai fait plusieurs séances et où je travaille cette fameuse bienveillance envers moi-même.
Cet élan d’aide me fait du bien car je me sens soutenue, aidée. Puis cela s’arrête et je sens qu’il y a une période moins bien après ça. J'aimerai plus de temps pour moi, j’aimerai peut-être faire moins l’école à la maison de notre grande et faire garder un peu notre deuxième. Mais c’est comme si je ne m’autorisais pas à vouloir ça, comme si je ne me le permettais pas. Nous aurons plusieurs discussions avec mon mari à ce sujet. A ses 13 mois, notre deuxième fille commence la crèche deux fois par semaine. Deux mois avant, sa sœur commence la scolarisation à mi-temps. Puis, en janvier 2024, alors que ma deuxième fille a 16 mois, je débute un parcours d’introspection avec des ateliers de développement personnel de l’école Ecoute Ton Corps. J’ai petit à petit commencé à lâcher la culpabilité, à apprivoiser mes peurs, à me défaire de ce perfectionnisme, du stress, et surtout m’apporter beaucoup plus d’amour en apprenant à cesser de me juger et de me critiquer.
Finalement, ce qui m’a aidé a été : d’accepter mon état, juste constater sans me juger, sans me dire que je suis insuffisante, pas assez. Je m'en demandais trop, j’étais bien trop exigeante à mon égard. Ces différents constats m'ont permis d’oser trouver des solutions pour avoir plus de temps pour moi plutôt que de culpabiliser de vouloir ces solutions.
Toucher cette souffrance m’a permis de réaliser plusieurs choses : je voulais donner le meilleur pour mes filles, je ne voulais n'être QUE bienveillance, patience, joie, bonheur de jouer avec elles. Lorsque j'y arrivais, j'étais contente mais je trouvais cette attitude "normale". En revanche, lorsque j'étais dans des journées difficiles, épuisée physiquement, moralement, émotionnellement, je me critiquais au plus au point, je m'accusais et me blâmais de ne pas être la maman que je voulais être (je criais, j'étais irritée, impatiente, agressive, sur la défensive). Je pensais que j'avais ce comportement alors qu'il illustrait simplement ma souffrance intérieure.
C'est alors, qu'en touchant cette grande douleur, j'ai réalisé que je ne pouvais être bienveillante avec mes filles puisque je ne l'étais pas avec moi. J'ai enfin compris l'image du masque à oxygène dans l'avion, se le mettre à soi avant de le mettre à nos enfants.
Aujourd'hui, je sais que vouloir être parfaite m'a fait énormément de mal car je n'avais pas pris en compte que j'étais une personne unique, avec des forces mais aussi des faiblesses, des atouts mais aussi des limites.
Finalement, j'étais humaine.
Je souhaite que chaque maman puisse se donner autant d'amour à elle-même qu'elle souhaite en donner à son enfant.
Avec amour