Enceinte en 2016, les 3 premiers mois j'ai peur de revivre la fausse couche de l'année précédente (ces 2 grossesses sont inespérées, perdre ce 1er enfant spécialement douloureux)
Par la suite ma grossesse se passe bien, je n'ai jamais été si épanouie.
On m'a peut-être prévenue que la venue de l’enfant serait fatigante, je ne retiens que les témoignages de bonheur ce sera "le plus beau jour de ma vie". Inconsciemment j' attends de vivre ce bonheur absolu.
2017, l' accouchement dure vingt-trois heures.
On installe bébé dans mes bras.
Il crie et je trouve sa voix très belle, plus belle que celle de n'importe quel bébé, mais dans le fond je suis déçue. Il ne me donne (forcément) pas ce que j attends puisque j' attends l'absolu, Dieu en quelque sorte.
Manque de lait, gerçures, bébé a faim tout le temps, tire-lait, je me sens telle une vache à lait (je vis aussi des moments d'attendrissement envers lui, comme la joie de découvrir son premier sourire quand on lui souffle au visage). Mais la fatigue physique est si lourde qu'elle prend le dessus sur tous ces petits bonheurs.
Autour de moi, un conseil revient en boucle : "les deux premiers mois d'allaitement sont les plus difficiles. Persévère, après ce sera le bonheur". A ce moment-là, si une seule personne m'avait conseillé d'écouter mon corps, j'aurais sevré mon bébé en douceur et peut-être évité la suite.
Deux mois sans sommeil s'en suivent. Je suis au bord de l'épuisement.
L'idée de noyer mon enfant me traverse, avec une grande culpabilité en arrière fond.
Un matin, j'arrête l'allaitement sur un coup de tête. Le soir, je me retrouve à délirer complètement avec des remontées de traumatisme. Mon mari appelle immédiatement un copain médecin qui lui conseille de m'hospitaliser en urgence. Ouf je vais pouvoir dormir.
Je reste deux mois en hôpital psychiatrique faute de place dans une structure adaptée. Je ressens un fort désir de suicide, je refuse le traitement, on me pique de force avec l'accord de mon mari (aujourd'hui, je sais qu'il a bien fait). Je n'avais jamais coulé si bas auparavant !
Je prends scrupuleusement le traitement médicamenteux durant un an de peur de rechuter. Je subis la maternité, impatiente que mon mari rentre du boulot pour lui refiler le bébé, qui ne s'attache qu'à lui d ailleurs. Un seul moment est agréable auprès de mon bébé : celui de la cuisine quand je le fais touiller les aliments, goûter...
En 2018, mon mari me traîne à une semaine pour couple (semaine Cana). J'y vis plusieurs guérisons personnelles et nous vivons une forte réconciliation de couple.
Après avoir coulé, c'est le début de la remontée. Je respire.
Trois mois plus tard, mon mari me suggère de reprendre un boulot en douceur en devenant assistante maternelle par exemple. Ma première réaction est la révolte : je culpabilise tant de ne pas avoir su accueillir notre fils comme il se doit, que je crois être une mauvaise mère. De fait, tout ce qui a rapport de près ou de loin avec la maternité, je le fuis.
Pourtant, un peu plus tard, une personne en qui j'ai confiance me dit de "ne pas m'empêcher de faire un travail où j'exercerai ma maternité". Cette fois, je le prends comme une invitation à me réconcilier avec moi-même. Mon mari avait raison finalement. Je peux me faire confiance désormais.
Je ne me résume pas à ce que j'ai raté à la naissance.
Je serai assistante maternelle pour prendre du temps avec mon fils.
Dans le même temps, l' accompagnement professionnel dont je bénéficie m' aide à m'investir dans la relation à mon enfant mais également avec les deux autres enfants que je vais garder.
Je cherche des activités pleines de sens pour eux. Plus tard, j'accepte même de ne rien faire, simplement être présente.
Aujourd'hui, il a 7 ans. Il est très proche de son papa. Il aime également sa maman qui l'aime aussi. J'apprend encore chaque jour à l'accueillir tel qu'il est et non tel que je l'avais rêvé. Le travail de toute une vie.