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Les premiers jours de ta vie, entre paradis et descente aux enfers : Récit d’une psychose puerpérale.



Avant toi, j'ai eu besoin de mettre de l'ordre dans mon histoire.

Quelques mois après notre mariage, le 7 août 2021, ton papa ressentait l’envie de fonder une famille. Je n’étais pas encore prête à devenir mère, je sentais que je devais travailler sur moi pour être en paix avec mon histoire familiale. J’ai mené un long travail sur moi-même (initié depuis de nombreuses années) accompagnée par des psychologues, pour réfléchir à cette question de la maternité qui, pour être honnête, me questionnait. Un beau jour, lors d’une magnifique balade sous un paysage enneigé de décembre, j’ai eu une espèce de flash, je me sentais prête à avoir un enfant.

D’un commun accord, nous avons décidé de ne plus utiliser de moyen de contraception.


Ton papa et moi souhaitions tenter l'aventure. Mais, quand le soir du 7 juillet 2022, jour des grandes vacances scolaires, j’ai vu le 2ème petit trait rouge sur le test de grossesse, j’étais partagée entre un mélange d’étonnement et de joie, car j’étais persuadée que je n’arriverais pas à tomber enceinte rapidement avec la fatigue et le stress accumulés au travail à cette période là. Les jours ont passé, la grossesse a été confirmée par une prise de sang, puis par une échographie. Tout commençait à devenir concret.

La grossesse fut un temps dédié à prendre soin de moi

J’ai été arrêtée en septembre à cause de la route, pour un accouchement prévu le 21 mars 2023, jour du printemps. A partir de là, j’ai pris le temps de prendre soin de moi, de prendre soin de toi. J’allais marcher tous les jours, je mangeais très équilibré. J’aimais être enceinte.
J’ai été tellement émue lorsque je t’ai senti bouger pour la première fois ! Papa aussi adorait
sentir tes petits coups et adorait te parler !

Je te parlais, je chantais, tu semblais aimer ça.

J’ai tout fait pour me sentir la plus apaisée possible jusqu’à l’accouchement : cours de yoga prénatal, hypnose. Les mois passaient, j’étais impatiente de te rencontrer. J’ai beaucoup lu, sur la grossesse, l’accouchement, et l’allaitement. Nous avons pris le temps avec ton papa de rédiger un plan de naissance. J’ai suivi les cours de préparation avec ma sage-femme. Je me sentais prête, détendue pour le jour J.
Nous étions au mois de mars, nous savions que tu pouvais arriver à n’importe quel moment.
Je continuais à marcher, plus lentement et moins longtemps.

Ton arrivée était imminente

J’ai fissuré la poche des eaux la nuit du 18 mars 2023. Nous sommes partis tranquillement à la maternité dans la matinée. Nous avons été très bien accueillis. J’espérais que tu arrives d’une manière naturelle, je l’avais inscrit sur mon plan de naissance. Nous avons beaucoup ri avec ton papa, à faire le tour de l’hôpital, à monter et descendre toutes les marches d’escalier pour que tu sortes ! J’ai passé une nuit à ne pas dormir, en espérant avoir des contractions. Rien. Le lendemain,
nous avons attendu jusqu’à 17h, jusqu’à ce qu’une sage-femme utilise du propès pour dilater
le col de l’utérus.
Tout est arrivé très vite après. Mais quelle douleur ! Je gérais les contractions grâce à la respiration, assise sur ma boule de fitness. Nous étions épuisés, ton papa espérait pouvoir dormir un peu, mais nous sommes entrés en salle de travail autour de 23h. J’ai demandé la péridurale car j’étais épuisée moi aussi, et je ne voulais pas prendre de risques supplémentaires. J’ai le souvenir d’avoir attendu longtemps toute seule dans le noir, que mon col finisse de se dilater, et que tu commences à descendre. Je me suis même endormie !

Il était 4 h du matin, les poussées commençaient enfin !

Je croyais être comme dans un film, tout le monde était autour de moi, à me soutenir. Comme tu étais un gros bébé (3,6kg), tu as mis un peu de temps à arriver. Le gynécologue est arrivé en renfort pour aider la sage-femme. Tu es enfin sortie à 5h08 du matin, à l’aide d’une épisiotomie. Ça a été ma
première désillusion et le début du cauchemar. J’espérais te garder contre moi, au sein, pendant que le gynécologue me recousait. Vint le moment de la délivrance du placenta, et comme celui-ci ne venait pas, le gynécologue a dû faire une révision, et me l’enlever à la main. Les effets de la péridurale commençaient à s’estomper, j’ai tout senti. On t’a posé à peine 3 secondes sur moi, puis on t’a repris pour faire ta toilette et les différents tests. Ma notion du temps commençait à devenir très floue à partir de ce moment-là. j’ai senti les points, j’avais très mal, je commençais à m’évanouir. La sage-femme m’a apporté un peu de sirop.

Un premier regard dans le vague du post-accouchement

On t’a enfin posée sur moi, mais j’étais épuisée, je ne comprenais pas ce qui m’arrivait, j’avais l’impression que tu m’étais étrangère. Je n’ai pas pu t’allaiter de suite car j’étais encore au bord de l’évanouissement.
Au retour dans la chambre, j’ai retrouvé mes esprits. Je t’ai regardée dormir dans ton petit berceau transparent, j’étais émerveillée. Je me sentais faible encore, je n’osais pas te porter.
J’ai commencé à t’allaiter, aidée des sages-femmes et des aides-soignantes. Au début cela me semblait très difficile, j’avais l’impression de ne pas réussir à t’accrocher à mon sein.
Papa retenait les gestes et les positions, on s’entraînait tous les deux dans la journée, c’était comme un jeu.

Tout me paraissait si simple la journée quand ton papa était là !

Je profitais de sa présence et de son relais pour me reposer, mais je n’arrivais pas pour autant à dormir. Pendant ces moments de repos, je devenais de plus en plus bizarre, je régressais peu à peu
dans un état d’enfant, j’avais besoin que ton papa s’occupe de moi, je me sentais très angoissée, je pleurais, bizarrement, pour un rien. Personne ne s’inquiétait, ça devait sûrement être le fameux « baby blues ».

La psychose puerpérale s'est insinuée peu à peu

Le soir c’était une tout autre histoire … Je devais me réveiller toutes les 3h pour t’allaiter, j’avais beaucoup de mal, mais je persévérais, en me disant que la mise en route était le plus difficile, mais que ça irait mieux après. Le problème était que je n’arrivais pas à me rendormir entre les tétées. Je ne savais pas ce qui m'arrivait, je restais dans ce même état de veille…
J’essayais de me détendre, de respirer, mais rien n’y faisait, je ne dormais pas. La sage-femme arrivait et me demandait si j’avais réussi à me rendormir, je répondais que non. Et ça pendant 5 jours. L’allaitement était de plus en plus difficile, tu ne prenais pas assez de poids, et la montée de lait ne se faisait pas assez vite. Chaque nuit, les sages-femmes compensaient, tout en faisant en sorte que je continue de t’allaiter : tire-lait pour récupérer quelques gouttes et les ajouter dans des seringues de lait artificiel pour que tu t’hydrates, DAL au sein. J’étais prête à tout essayer pour toi.

Mon état psychologique empirait, jusqu’à cette nuit où j’ai traversé un état second.

De nouveau je me sentais régresser, jusqu’à être moi-même un bébé. Tout allait très vite dans ma tête, je voyais le début de l’humanité défiler devant mes yeux, la naissance, le premier cri… Jusqu’à moi-même, sans me contrôler, me mettre à crier comme un bébé. Je n’ai jamais parlé de ce qui m’était arrivé à ce moment-là, je craignais qu’on me prenne pour une folle sans doute…
Enfin, tu as réussi à regagner un peu de poids, on va enfin pouvoir rentrer chez nous. Le pédiatre me dit que mes problèmes de sommeil se règleront une fois rentrée. En tout et pour tout, je n’ai dormi que 5h durant tout mon séjour. Je continue à t’allaiter, accompagnée par ma sage-femme dans le cadre du Programme de Retour à Domicile. Au cours de ses deux visites, elle a trouvé que nous étions en bonne santé toutes les deux, et que l’allaitement fonctionnait bien, ce qui m’a redonné du courage.
Nous étions tous les trois dans la chambre, tu étais dans ton petit cododo, collé à notre lit.
Papa était heureux de t’avoir près de lui, le pauvre, il n’a pas eu la chance de te porter pendant 9 mois ! Je continuais de t’allaiter, avec son aide. Quand tu étais enfin accrochée à mon sein, ton papa était ému de nous voir toutes les deux en symbiose. J’aimais t’allaiter, j’aimais te sentir contre moi.

Malgré le retour à la maison, aucune amélioration

Mais le cauchemar continuait, je ne dormais toujours pas, ni la nuit, ni le jour. Je parlais beaucoup, et j’empêchais ton papa de dormir, ce qui commençait à devenir vraiment pénible pour lui. Tout devenait flou… Je parlais de plus en plus, et je commençais, chose étrange, à « revivre » des épisodes de mes générations antérieures.

Tout défilait très vite dans ma tête, j’avais l’impression de tout comprendre au monde, de vivre une espèce d’expérience de pleine conscience.

Mon état s’aggravait littéralement, je délirais, ton papa avait très peur. Je l’entendais souvent téléphoner en bas, pendant que j’étais dans ma chambre, à essayer de dormir. Un soir, je ne sais pas pourquoi, je me suis mise à te serrer très fort contre moi, en criant, ton papa a eu très peu que je t’étouffe, il a voulu appeler les urgences, je l’en ai dissuadé. Et un matin, après 3 ou 4 jours, je ne sais plus, je me revois sur le canapé du salon, épuisée, trempée de lait, le chat à mes pieds. Ton papa en pleurs à côté de moi, à ne plus savoir quoi faire. Et là, dans un dernier souffle, je lui dis mot pour mot « Je peux partir tranquille, tu as ma progéniture » Il me répond « tu me parles de suicide là ? » Je lui réponds « oui ». « il faut qu’on appelle le 15 ! », « oui. »

Appeler les secours était devenu une nécessité

Pendant cette attente interminable, je délirais, puis je revenais à moi-même. Ton papa était auprès de moi, ainsi qu’une amie du village qui était passée à la maison pour prendre de mes nouvelles. Les secours sont arrivés très vite. Arrivée aux urgences, on m’a transférée très rapidement à la clinique psychiatrique pour que je puisse dormir. J’y ai vécu une semaine très étrange, je n’avais aucune notion du temps. Shootée par les médicaments, j’errais toute la journée, en côtoyant des résidents atteints de graves problèmes psychiatriques. Je n’arrivais pas à faire une nuit complète les premiers temps, malgré les somnifères. Je n’avais plus aucune notion du jour et de la nuit.

J’étais perdue.

Heureusement pour nous deux, ton papa a insisté pour que je puisse te voir tous les jours, pour ne pas couper le lien. Ma vie n’avait pas de sens dans cet endroit, je n’étais pas moi- même. J’avais peur de vous oublier toi et ton papa. Alors lors d’une permission, nous nous étions pris en photo, et je l’avais affichée dans ma chambre. Petit à petit, je me retrouvais, et me souvenais de tout ce qui s’était passé. Il fallait que je sorte très vite pour être à tes côtés ma fille, je ne pouvais pas rester ici plus longtemps, ma place n'était pas ici. J’avais hâte de rentrer à la maison.

Notre famille s'est mobilisée

Mais malheureusement j’ai rechuté de nouveau. Est-ce que j’étais sortie trop vite ? Il fallait trouver une solution, ton papa et tes grands-parents ne voulaient pas que je retourne dans cet enfer, de peur de me perdre à nouveau. Alors, nous sommes allés vivre chez eux pour une durée indéfinie, nous avons même emmené le chat, quel déménagement !
Dans mes souvenirs, nous sommes restés une bonne quinzaine de jours.

Ton papé et ta mamé veillaient sur moi jours et nuit pour que je me reconstruise, malgré mes crises de tétanie.

Ta mamie m’appelait régulièrement pour me rassurer sur mon état, et me dire que ce n’était que passager. Mon état s’améliorait de jour et jour, j’arrivais mieux à m’occuper de toi. Nous sommes rentrés chez nous, j’étais plus sereine. Et les semaines ont passées…
J’étais soutenue par une puéricultrice qui venait à la maison chaque semaine, ainsi que par des TISF. J’allais de mieux en mieux, les doses de médicaments réduisaient. Nous avons passé de belles vacances d’été, et j’ai pu reprendre le travail en septembre, en mi-temps thérapeutique. Quelle joie de remettre les pieds à l’école ! Avec une équipe très accueillante, et une classe d’élèves très mignons ! Tu as fait tes premiers jours à la crèche, tout s’est très bien passé. Je m’occupais de toi le reste de la semaine, et je te voyais grandir, tout allait pour le mieux. Nous revivons, ton papa et toi.

Pour toi, ma fille

A l’heure où je t’écris ma chérie, je ne prends plus que des anti-dépresseurs, mais je considère que je suis quasiment guérie, et que le pire est derrière nous. Tu vas bientôt avoir 1 an, et tu es un magnifique bébé, souriant, éveillé et plein de vie. Nous formons une belle famille, nous sommes heureux. Merci ma chère fille d’avoir cru en moi et de m’avoir soutenue très vite. Tout ce qui est arrivé n’était pas de ta faute, je l’avais bien compris, et je te l’ai dit très tôt. Je me suis accrochée dans cette tempête émotionnelle pour toi, pour ton papa qui m’a énormément soutenu. Le soutien de notre famille et des amis a été central pour que j’aille mieux.

Une note d'espoir dans le brouillard

Ce témoignage est dédié à toutes les mamans en difficulté, malades ou non. La maternité est un chamboulement dans la vie d’une femme et d’un couple, il faut être humble, et admettre qu’on peut avoir des moments de faiblesses dans cette nouvelle vie où le bébé est au centre des attentions. Ne restez pas seules, ne culpabilisez pas, et trouvez des personnes ressources pour parler de vos difficultés.

On ne naît pas mère, on le devient.




Sharone

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