Maman Blues a 10 ans !

Quelques maux de Eraera (Eraera)

Un très long chemin…mais je suis arrivée enfin !!!
J'ai toujours voulu avoir un enfant, être la mère que je n'ai jamais eu. De l'amour, j'en ai toujours eu de la part de mes parents; de la stabilité, du réconfort, jamais.
Il y a une phrase que j'ai lue un jour : un homme dans sa vie devrait avoir un enfant, écrire un livre et planter un arbre. J'aime cette citation.
L'arbre, je l'ai planté, le livre, je l'écrirai peut-être un jour, l'enfant, je l'ai eu en 2008.

Quand j'ai appris que j'étais enceinte, quel bonheur ! J'avais enfin un petit être dans mon ventre qui allait faire partie de ma vie tout au long de mon existence.

Malheureusement la grossesse était très difficile, à risque, avec un contrôle médical toutes les semaines à partir du cinquième mois. Moi qui voulais vivre une grossesse non médicalisée, et mon plus grand rêve…accoucher par voie basse et sans péridurale, avec mon mari à mon côté. Prendre mon enfant dans mes bras et le nourrir au sein toute en le caressant.
Je n'ai eu droit à aucun des mes rêves. Césarienne, bébé prématuré, problèmes médicaux à la naissance, couveuse, et le sentiment de vivre un cauchemar. Je me suis toute suite posé la question : pourquoi je suis tombée enceinte ? Je vais être la pire des mamans. Je ne vais pas arriver à assumer cette énorme responsabilité.
A la maternité je voulais m'enfuir. Où, je ne savais pas. Juste m'enfuir, de préférence bien loin.
 Je suis travailleuse sociale spécialisée en santé mentale, donc même si on a essayé de me convaincre que c'était juste un baby blues... j'étais certaine que j'allais commencer le pénible cauchemar qu'est la dépression du post-partum.

Comme je connaissais bien les symptômes, vu mon métier, j'ai demandé rapidement de l'aide. A mon doux et tendre mari, à mon médecin traitant, à un psychologue et à un psychiatre. J'ai été médicalisée très vite, avec un vrai cocktail de médicaments.
Mais je me sentais très seule, et même si j'aimais tant regarder mon bébé, je ressentais une peur bleue de lui.
Inutile de décrire tous les symptômes que j'ai eus…des pleurs, de la peur, de la honte, de la solitude, des angoisses, de la panique, et l'envie que ma vie se termine pour en finir avec toute cette souffrance. "Pourquoi à moi? J'ai tellement souffert dans mon enfance, pourquoi je ne pouvais pas être heureuse comme les autres mamans ?" Je me posais souvent ces questions.
Mon mari m'a toujours soutenue jour après jour. Mais malgré ça je me sentais vraiment seule. J'allais voir sur le net s'il existait un groupe de paroles à Bruxelles pour les femmes qui vivaient la même chose que moi. Mais je n'ai rien trouvé. Étrange, il existe tellement d'associations dans cette ville, et rien pour ces mamans qui sont dans l'obscurité totale… pensais-je à l'époque.
Je suis tombée sur le site Maman Blues. J'ai écrit et je me suis sentie pour la première fois comprise dans ma souffrance. Je n'étais pas une extraterrestre, il y avait des mamans qui étaient comme moi…chacune avec son vécu.

J'ai échangé des messages dans le forum et ça m'a permis d'accepter une chose que j'avais depuis le début mise de coté : me faire hospitaliser dans une unité mère-enfant.
 Je me suis fait hospitaliser trois fois dans une période d'un an. J'ai été une fois hospitalisée avec mon petit garçon, les deux autres fois toute seule. C'était une décision prise en couple. Lors de mon premier séjour en psychiatrie, mon bébé avait 4 mois; au moment du dernier séjour, suite à une tentative de suicide, il avait environ 1 an. Si ça m'a été bénéfique en ce qui concerne ma dépression, je ne sais pas trop encore, mais au moins ça m'a permis d'être prise en charge et d'accepter que je souffrais, et bien évidement d'être en vie à l'heure actuelle.

En sortant de ma dernière hospitalisation, j'étais suivi par une psychologue et un psychiatre, que m'ont vraiment beaucoup aidée. Surtout à réaliser que toute cette souffrance n'était sûrement pas de ma faute. Que le fait d'avoir fait une dépression du post-partum ne voulait pas dire que je n'avais pas désiré mon enfant, et que oui, je l'aimais plus que tout au monde, même si j'étais incapable de m'en occuper à 100%, de mon prince.

Ensuite, j'ai parcouru un long chemin avec des petits hauts et parfois des énormes bas. Tout ça pendant 4 ans et demi. Petit à petit les bons moments se sont intensifiés et les moments plus douloureux ont commencé à s'espacer.
Quant je tombais dans la déprime, je me disais, ça y est, ça recommence le cauchemar. Je ne vais jamais vraiment m'en sortir. Toujours la peur que la souffrance ne s'arrête jamais. Qu'on soit destinés à souffrir à tout jamais.
Mais je me suis battue et je remercie de tout mon cœur mon mari et mon fils, qui m'ont permis de garder l'espoir et l'envie d'aller de l'avant.
Ça peut paraître étrange, mais 5 ans après que mon bébé soit venu au monde, j'ai réussi à perdre les 14 kilos que j'ai pris avec les médicaments. Ça a été un bonheur pour moi, pas seulement parce que je ne me sentais pas bien dans mon corps, mais parce que tout ces kilos faisaient partie intégrante de ma dépression. Je me suis sentie libérée.

Ma relation avec mon enfant a évolué de plus en plus, j'étais chaque fois plus présente, et même si je l'aimais depuis toujours, chaque jour je tombais de plus en plus amoureuse de ce petit garçon.
Plusieurs choses m'ont aidée à m'en sortir. Mon mari, mon fils, le psy, les médicaments, la perte de poids, le sport, la méditation, l'écriture, mon chemin spirituel, la phytothérapie, et une belle rencontre que j'ai faite avec une vraie amie. Je pense même qu'elle m'a été envoyée par l'univers pour m'aider à faire mon chemin avec plus de légèreté. Un ensemble de choses qui m'ont permis de reprendre le gout à la vie.

Ma dépression a duré plus ou moins 5 ans. Mon ange a 7 ans maintenant et notre relation est un vrai bonheur. Je me sens une maman aimante, présente, tendre, qui est là pour sourire et pleurer avec lui. Toutes les nuits je lui dis que je l'aime… au point qu'il me répond souvent : "je sais maman, tu me le dis tout le temps".

 C'est encore difficile de parler de cet épisode de ma vie, je l'ai vécu comme une espèce de « coma » avec une souffrance que je ne pourrais jamais décrire dans sa totalité. Quand j'évoque ces moments, parfois les larmes coulent sur mon visage. Mais je sais qu'aujourd'hui je suis heureuse.
Je ne suis plus la même personne qu'avant ma dépression. Je suis différente. J'ai changé. Mais je l'accepte. Une histoire aussi douloureuse laisse des traces. Mais je ne suis ni meilleure et pire. Je suis juste différente. Une chose est sûre, j'ai grandi en tant que personne.
Je ne suis pas venue sur ce site depuis presque 5 ans, pas parce que je ne voulais pas partager mon évolution, mon parcours, mais parce que je voulais être un peu loin du mot « dépression du post-partum ».
Je voulais dire que très peu des personnes de mon entourage savent que je suis passée par ce vrai calvaire. Une décision que j'ai prise, de ne rien raconter. Par honte ? Peut-être. Par peur d'être jugée ? Peut-être. De toute façon j'ai toujours épargné mon entourage de mes problèmes, de toute façon je savais qu'ils n'allaient pas me comprendre. J'entends déjà leurs commentaires : comment ça a pu t'arriver à toi, une femme aussi forte et courageuse. Je n'ai pas voulu entendre ce genre de réflexions. Ça a déjà été assez dur.

Aujourd'hui j'aimerais partager mon parcours de combattante. Pouvoir aider les mamans qui rêvent de voir la lumière au bout du tunnel… leur dire que c'est possible, même si c'est dur comme chemin. Je ne vais pas vous mentir. Mais chaque chemin est différent et propre à chaque femme. Je voulais, qui sait, qu'on me lisant vous vous sentiez moins seule et que vous puissiez garder l'espoir d'un jour retrouver la paix intérieure.

Je voulais remercier le site pour tout ce qu'il m'a apporté et pour tout ce qu'il apporte à toutes les mamans en souffrance.

Et un merci d'amour à mon mari d'avoir toujours été là.

Elsa Grangier, chroniqueuse aux Maternelles sur France 5, marraine de Maman Blues

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